Après près de trois décennies passées dans les télécommunications africaines, de Telecel à Vodacom, puis Airtel et aujourd’hui Helios Towers, Maixent Bekangba a progressivement déplacé son centre de gravité : de la conquête commerciale des abonnés vers la maîtrise des infrastructures qui rendent cette connectivité possible. Désormais Directeur général de Helios Towers RDC et Directeur régional Afrique centrale, il se retrouve aux commandes d’un marché où la tour télécom est devenue un actif stratégique pour l’économie numérique.
Début septembre 2026, Helios Towers a franchi en République démocratique du Congo un seuil symbolique : 3 000 sites télécoms, dont 673 situés en zones rurales, permettant selon l’entreprise de soutenir la connectivité mobile de plus de 40 millions de personnes. Pour Maixent Bekangba, qui dirige désormais les opérations du groupe dans le pays, cette étape donne une nouvelle dimension à une carrière construite presque entièrement dans les télécommunications africaines.
L’enjeu dépasse pourtant le nombre de pylônes. La RDC compte plus de 100 millions d’habitants, mais Helios Towers évalue encore la pénétration mobile à environ 34 %. Le groupe anticipe parallèlement une progression annuelle des connexions mobiles de l’ordre de 7 % entre 2025 et 2030. À fin juin 2026, son portefeuille congolais comptait déjà 2 954 sites, 8 364 locataires et un ratio de colocation de 2,83 opérateurs par tour. Quelques semaines plus tard, le cap des 3 000 sites était dépassé.
C’est dans cet environnement, caractérisé simultanément par l’immensité du territoire, la croissance démographique, les besoins énergétiques et la nécessité d’étendre les réseaux hors des grands centres urbains, que le parcours de Bekangba prend aujourd’hui une signification particulière.
Du marketing à la direction générale
Sa carrière commence au milieu des années 1990 chez Telecel, où il travaille dans le marketing. Il rejoint ensuite Vodacom, avant d’entrer en 2006 dans ce qui est alors Celtel, futur Airtel. Commence une longue séquence qui va progressivement le faire passer de la vente et de la distribution au pilotage commercial, puis à la conduite d’opérations complexes.
Chez Airtel, Bekangba occupe notamment les fonctions de directeur des ventes et de la distribution, puis de Chief Commercial Officer au Congo. En 2013, il intervient dans le processus de fusion et d’intégration de Warid Congo au sein d’Airtel Congo, une étape importante de sa trajectoire managériale. Un document du groupe Bharti revient sur son rôle dans cette opération et sur son passage de responsabilités commerciales vers la gestion de projets de transformation.
Cette expérience est révélatrice. Diriger la distribution apprend à conquérir le marché ; gérer une intégration oblige à penser organisation, systèmes, équipes, clients et continuité opérationnelle en même temps. C’est un premier élargissement du champ de responsabilité.
En 2014, il est nommé Directeur général d’Airtel Madagascar. Il conserve cette fonction pendant cinq ans. Il passe alors définitivement du management d’une fonction au pilotage complet d’une filiale télécom. Plusieurs initiatives menées durant cette période montrent un opérateur cherchant à étendre l’usage du numérique, notamment à travers la connectivité mobile et les services financiers.
Madagascar lui offre également une expérience particulière : celle d’un marché insulaire vaste, aux contraintes logistiques importantes et avec de forts enjeux d’accessibilité. Ce passage complète un parcours déjà façonné par plusieurs marchés d’Afrique centrale.
Une parenthèse entrepreneuriale qui élargit le spectre
Après Airtel, Maixent Bekangba quitte temporairement l’univers classique des opérateurs télécoms. Entre 2019 et 2021, il dirige Property Technology Africa, structure orientée vers les technologies appliquées à l’immobilier, aux bâtiments intelligents et aux villes connectées.
Ce détour n’est pas anodin dans la cohérence de son parcours. Il l’expose à une conception beaucoup plus large de l’infrastructure numérique : énergie, connectivité, bâtiments, gouvernance numérique, services publics, e-santé, e-learning ou encore moyens de paiement.
La télécommunication n’y apparaît plus seulement comme un service vendu à un abonné, mais comme l’une des couches essentielles de fonctionnement de la ville et de l’économie.
Cette lecture de l’infrastructure devient centrale lorsqu’il rejoint Helios Towers en juin 2022 pour prendre la direction de la filiale du Congo-Brazzaville. Sa nomination comme Directeur général avait alors été formalisée à compter du 20 juin 2022.
Helios Towers : passer de l’abonné à l’actif stratégique
Le passage chez Helios Towers marque probablement la rupture la plus structurante de sa carrière.
Les opérateurs mobiles construisent des offres, acquièrent des clients et commercialisent voix, données et services financiers. Une towerco comme Helios Towers travaille davantage en amont : elle construit, exploite, alimente et mutualise les infrastructures passives sur lesquelles plusieurs opérateurs peuvent installer leurs équipements.
Bekangba passe ainsi de la gestion de la demande télécom à celle de son socle physique.
En janvier 2025, son périmètre est élargi avec des responsabilités régionales en Afrique centrale. À cette période, Helios Towers le présente encore comme Directeur général au Congo-Brazzaville et Directeur régional Afrique centrale.
Puis, à la fin de 2025, un nouveau changement d’échelle intervient : il prend la direction de Helios Towers RDC, tout en conservant ses responsabilités régionales. Dans l’annonce de sa nomination, il indique continuer à accompagner les équipes du Congo-Brazzaville tout en concentrant désormais son action opérationnelle sur le marché congolais de Kinshasa.
Cette responsabilité le place désormais à l’intersection de deux marchés voisins mais radicalement différents par leur échelle : d’un côté le Congo-Brazzaville, marché relativement concentré et urbanisé ; de l’autre, la RDC, territoire continental aux besoins considérables en infrastructures.
En RDC, la question énergétique devient une question télécom
Le mandat de Bekangba à Kinshasa montre également à quel point le métier des télécommunications a changé.
En mai 2026, Helios Towers RDC et l’Autorité de régulation du secteur de l’électricité ont signé un protocole destiné à faciliter l’accès des infrastructures télécoms à une énergie fiable, réglementée et durable, notamment pour les sites situés hors des réseaux électriques interconnectés. Maixent Bekangba a signé l’accord pour HT DRC INFRACO.
Le sujet est stratégique : dans une partie importante de la RDC, construire une tour ne suffit pas. Il faut pouvoir l’alimenter, la sécuriser, l’entretenir et garantir sa disponibilité dans la durée.
Lors du séminaire FRATEL organisé à Kinshasa en avril 2026, Bekangba mettait ainsi l’accent sur trois conditions nécessaires à l’accélération de la connectivité : l’énergie, la sécurité des infrastructures et le partage des équipements.
Son expérience commerciale passée trouve ici une nouvelle traduction. La priorité n’est plus seulement d’augmenter une base d’abonnés. Elle consiste à créer les conditions physiques, économiques et réglementaires permettant aux opérateurs de déployer leurs réseaux plus rapidement.
Une carrière qui épouse la transformation des télécommunications africaines
Sa formation accompagne cette montée en responsabilité. Maixent Bekangba a étudié le management et l’International Business Management, notamment à l’Université d’Anvers et à l’Université du Maine, aujourd’hui Le Mans Université, et a également suivi une formation en management à la London Business School. Un programme professionnel publié en 2026 le présente comme disposant de plus de 25 ans d’expérience dans les télécommunications, depuis les premières générations de réseaux mobiles jusqu’aux enjeux contemporains de la 5G et des infrastructures partagées.
Mais l’élément le plus intéressant de son parcours reste peut-être sa transformation professionnelle elle-même.
Bekangba a connu le marketing télécom, la distribution, le management commercial, les fusions et intégrations, la direction d’un opérateur, l’entrepreneuriat technologique puis la gestion d’infrastructures critiques. Peu de trajectoires permettent d’observer aussi directement plusieurs couches successives de la chaîne de valeur télécom.
À Kinshasa, son mandat entre désormais dans une phase où cette accumulation d’expériences sera confrontée à l’échelle particulière de la RDC. Helios Towers a lancé son plan IMPACT 2030, qui prévoit notamment d’accroître fortement son portefeuille de colocations et ses investissements dans les marchés où la demande numérique progresse rapidement.
Pour Maixent Bekangba, le défi est donc moins de découvrir le secteur que d’appliquer près de trois décennies d’expérience à l’une de ses équations les plus complexes : transformer la croissance de la demande numérique congolaise en infrastructures fiables, mutualisées et économiquement soutenables.
Le franchissement des 3 000 sites constitue une étape. Son véritable mandat commence là où le chiffre s’arrête : dans la capacité à connecter davantage de territoires, sécuriser l’énergie des infrastructures et faire du partage des réseaux un accélérateur concret de l’inclusion numérique en RDC.





