Il existe des trajectoires qui progressent par changements spectaculaires. Celle de Sandrine Mayindombe Ngassam s’est plutôt construite par accumulation de responsabilités : comprendre les comptes, maîtriser le risque, piloter les fonctions support, conduire des transformations, superviser des opérations, puis diriger. Près de vingt ans après ses premiers pas dans la finance, elle se trouve aujourd’hui à la tête de Baobab RDC, l’une des filiales africaines du groupe spécialisé dans le financement des entrepreneurs et des petites entreprises. Le Groupe Baobab la présente toujours comme Directrice générale de sa filiale congolaise.
Sa singularité tient moins à une spécialisation étroite qu’à la diversité des angles sous lesquels elle a observé l’entreprise financière. Audit, comptabilité, finance, contrôle interne, opérations, systèmes d’information, conduite du changement, gouvernance : son parcours dessine progressivement le profil d’une dirigeante capable de lire une institution financière autant par ses chiffres que par son organisation.
L’école de la rigueur financière
Diplômée de l’Université Paris Dauphine-PSL, où elle suit un master en comptabilité et finance entre 2003 et 2005, Sandrine Mayindombe Ngassam complète sa formation par un master en management international, orienté commerce et affaires internationales, à American University aux États-Unis.
Son entrée dans la vie professionnelle passe par la comptabilité, avant un premier changement d’échelle chez KPMG Audit à Paris. Entre 2006 et 2011, elle intervient dans l’audit des services financiers auprès d’acteurs bancaires et financiers. HSBC Global Markets, Crédit Agricole Centre Ouest, UniCredit ou encore des sociétés de gestion figurent parmi les environnements auxquels elle est confrontée.
Cette période installe une compétence qui restera présente dans la suite de sa carrière : la capacité à questionner la solidité d’une organisation à partir de ses comptes, de ses procédures et de son dispositif de contrôle.
Mais l’audit observe l’entreprise de l’extérieur. La suite de son parcours va la conduire à l’intérieur des mécanismes de décision.
Kinshasa, premier passage vers la direction
En février 2011, Sandrine Mayindombe Ngassam rejoint Advans Banque Congo comme Directrice administrative et financière. Le changement est important. Elle ne vérifie plus seulement les états financiers : elle participe désormais à leur production, au pilotage budgétaire, aux reportings réglementaires, à la fiscalité et à la relation avec les parties prenantes.
Deux ans plus tard, elle devient Directrice générale adjointe.
Son périmètre s’élargit alors aux finances, aux ressources humaines, aux affaires juridiques, aux risques, au contrôle ainsi qu’aux fonctions support. Elle travaille également sur les orientations stratégiques et les relations avec le conseil d’administration, les actionnaires, les autorités administratives et les partenaires financiers.
C’est probablement l’une des étapes les plus structurantes de sa trajectoire. La technicienne de la finance entre dans la gouvernance. Elle découvre surtout, en République démocratique du Congo, les réalités opérationnelles du financement des micro, petites et moyennes entreprises.
De Lagos à Paris, apprendre à transformer les organisations
Après Advans, son parcours prend une dimension plus internationale.
À partir de 2015, elle rejoint I.D. Inspiring Development GmbH, depuis Francfort, en qualité de Senior Banker et Head of Operations. Sa mission principale la conduit notamment à Lagos, au Nigeria, dans le cadre d’un processus de conduite du changement au sein d’une institution financière.
Cette expérience introduit une autre dimension dans son profil : transformer une organisation ne repose pas uniquement sur les équilibres financiers. Il faut agir sur les opérations, les processus, les équipes et l’exécution.
À Paris, chez BNP Paribas, entre 2018 et 2021, elle approfondit encore cette logique. Au sein de la Direction financière Groupe, elle pilote des projets mêlant comptabilité, maîtrise d’ouvrage, systèmes d’information et réglementation. Elle intervient notamment sur des problématiques de comptabilité générale et analytique, de contrôle comptable, de moyens de paiement et d’IFRS 16.
Autrement dit, à mesure que son parcours avance, la finance devient pour elle moins une fonction isolée qu’un système reliant technologie, conformité, opérations et décision.
Madagascar, l’antichambre de la direction générale
En juillet 2021, elle rejoint Baobab Banque Madagascar comme Directrice générale adjointe.
Ce retour sur le continent marque une nouvelle étape. Elle retrouve un univers qu’elle connaît déjà : celui des institutions financières tournées vers les entrepreneurs, les petites entreprises et les populations insuffisamment servies par les circuits bancaires classiques.
Deux ans plus tard, en septembre 2023, le groupe lui confie la direction générale de Baobab RDC.
Le passage de Madagascar à Kinshasa n’est pas anodin. Il réunit les différentes composantes de son parcours : la connaissance de la RDC acquise chez Advans, l’expérience du contrôle issue de KPMG, la maîtrise des transformations organisationnelles développée en Allemagne et au Nigeria, puis l’exposition aux grands systèmes bancaires chez BNP Paribas.
À Baobab RDC, faire grandir sans perdre la maîtrise du risque
La mission est d’autant plus stratégique que Baobab RDC opère sur le segment sensible du financement des microentreprises et des PME.
Le rapport d’impact 2024 du groupe faisait état, pour la filiale congolaise, de 19 793 clients actifs, 306 collaborateurs, 48 millions d’euros de portefeuille de crédits et 14 millions d’euros de dépôts, avec un portefeuille à risque à 30 jours de 3,4 %.
Sous la direction de Sandrine Mayindombe, la société a également consolidé ses capacités de financement. En juin 2024, FPM SA indiquait que son exposition totale auprès de Baobab RDC atteignait 5,9 millions de dollars, avec une maturité de quatre ans, afin de soutenir davantage les micro, petites et moyennes entreprises congolaises.
En avril 2025, lors de la réunion annuelle de l’entreprise, la dirigeante faisait état d’une croissance du portefeuille proche de 24 % sur l’exercice 2024, malgré un environnement présenté comme difficile.
La stratégie ne semble toutefois plus se limiter à l’octroi de crédit. En mai 2026, Baobab RDC a conclu avec Rawsur Life un partenariat intégrant une couverture décès et invalidité aux crédits distribués, ajoutant une dimension de protection à l’offre financière. Dans le même temps, le partenariat annoncé en juin 2026 entre Baobab Group et IFC prévoit un mécanisme de partage des risques pouvant soutenir jusqu’à 100 millions de dollars de financements aux PME dans plusieurs marchés africains, dont la RDC.
Ces évolutions éclairent le véritable enjeu de son mandat : faire changer d’échelle une institution de finance inclusive tout en préservant la qualité du portefeuille, les équilibres financiers et la discipline opérationnelle.
C’est précisément là que son parcours prend sa cohérence. Sandrine Mayindombe Ngassam n’arrive pas à la direction générale par une spécialité commerciale unique. Elle y arrive après avoir successivement travaillé sur ce qui permet à une institution financière de tenir : ses comptes, ses contrôles, ses équipes, ses systèmes, ses opérations et sa gouvernance.
À Kinshasa, la prochaine étape de son parcours se jouera donc moins sur le symbole de la fonction que sur l’exécution : capacité à élargir l’accès au financement, accompagner davantage de PME, diversifier les services et accélérer la digitalisation sans relâcher la maîtrise du risque. Dans une industrie où la croissance ne vaut que lorsqu’elle reste soutenable, c’est probablement le test le plus révélateur d’une direction générale.
Mérimé Wilson





