Flash

Immaculée Naweza, du capital humain au leadership d’entreprise

Country Manager de Boart Longyear en République démocratique du Congo et administratrice indépendante de BGFIBank RDC, Immaculée Naweza Lurhakumbira a gravi un à un tous les échelons de la fonction ressources humaines avant de prendre la direction d’une filiale de services miniers. Son parcours illustre une voie d’accès au sommet encore trop rare, et pourtant décisive : celle du capital humain.

Dans l’imaginaire des affaires, les directions générales se conquièrent par la finance, le commercial ou l’ingénierie. Le parcours d’Immaculée Naweza Lurhakumbira propose un contre-récit : c’est par la maîtrise du capital humain, dans l’un des secteurs les plus techniques et les plus exigeants qui soient, les services de forage minier, qu’elle a accédé aux fonctions de Country Manager de Boart Longyear en République démocratique du Congo.

Une ascension construite échelon par échelon

Peu de trajectoires de dirigeants sont aussi lisibles dans leur progression. Chez Boart Longyear, groupe international de services de forage et d’équipements pour l’exploration minière opérant dans une centaine de pays, Immaculée Naweza a occupé successivement les fonctions de coordinatrice de recrutement, de conseillère ressources humaines, de conseillère senior, puis de Manager des ressources humaines pour la RDC, avant d’être promue Country Manager. À chaque étape, le périmètre s’élargit : planification des effectifs, recrutement, gestion des talents, systèmes d’information RH, gestion de la performance, conduite du changement.

Avant de rejoindre le groupe, elle avait déjà accumulé une expérience significative dans des environnements exigeants : conseillère senior en ressources humaines chez Anvil Mining, producteur de cuivre alors actif en RDC, et Manager des ressources humaines et de l’administration à l’International Rescue Committee, organisation humanitaire internationale. Deux mondes très différents, l’industrie extractive et l’humanitaire, mais une même contrainte : opérer avec rigueur dans des contextes logistiques et sociaux complexes.

Le forage, cœur invisible de la machine minière

Pour mesurer la portée de sa fonction actuelle, il faut comprendre ce qu’est le forage dans la chaîne de valeur minière. Avant toute mine, il y a l’exploration ; et avant toute décision d’investissement, il y a les carottes de forage qui révèlent la teneur et la géométrie des gisements. Les sociétés de services comme Boart Longyear sont les yeux des compagnies minières : de la qualité, de la sécurité et de la fiabilité de leurs opérations dépendent des décisions d’investissement qui se chiffrent en centaines de millions de dollars.

En RDC, premier producteur mondial de cobalt et premier producteur africain de cuivre, ce marché des services de forage est aussi stratégique que concurrentiel. Le pays connaît un cycle d’exploration intense, porté par la demande mondiale en minerais de la transition énergétique. Diriger la filiale congolaise d’un acteur mondial du secteur, c’est piloter simultanément la relation avec des clients miniers internationaux exigeants, la gestion d’équipes techniques déployées sur des sites isolés, et la conformité à un cadre réglementaire en évolution constante.

C’est précisément là que son ADN de professionnelle des ressources humaines devient un avantage compétitif. Dans les services de forage, l’actif principal n’est ni la machine ni le contrat : c’est l’équipe. La rareté des foreurs qualifiés, la sécurité des opérations, la fidélisation des techniciens dans un marché où les débauchages sont permanents, tout ramène à la qualité de la gestion humaine. Immaculée Naweza dirige une entreprise dont elle a d’abord maîtrisé la ressource la plus critique.

La gouvernance bancaire, l’autre versant

Son profil a également convaincu au-delà de son secteur. Immaculée Naweza siège comme administratrice indépendante au conseil de BGFIBank RDC, filiale congolaise du premier groupe bancaire d’Afrique centrale, implantée à Kinshasa sur le boulevard du 30 Juin. La fonction d’administrateur indépendant, pilier des standards modernes de gouvernance, exige précisément ce qu’elle a construit tout au long de sa carrière : l’indépendance de jugement, la connaissance des réalités opérationnelles du pays et la capacité à challenger l’exécutif sans complaisance.

Ce mandat dit quelque chose de l’évolution de la gouvernance d’entreprise en RDC : les conseils d’administration des institutions financières recherchent des profils opérationnels issus de l’économie réelle, capables d’apporter une lecture concrète des risques et des opportunités du marché congolais. Le pont qu’elle incarne entre le secteur minier, premier moteur de l’économie nationale, et le secteur bancaire, son système de financement, est exactement le type de passerelle dont la place financière congolaise a besoin.

Un signal pour la relève

Engagée sur les questions d’inclusion, elle a publiquement fait sienne la formule « when everyone is included, everyone wins » : quand chacun est inclus, tout le monde gagne. Dans une industrie minière encore très masculine, sa présence au sommet d’une filiale de services de forage constitue en soi un signal puissant pour les jeunes professionnelles congolaises.

Mais le message le plus universel de son parcours est peut-être ailleurs. Il tient dans la démonstration qu’il n’existe pas de fonction subalterne dans l’entreprise, seulement des expertises plus ou moins bien valorisées. En faisant de la gestion des hommes et des femmes un tremplin vers la direction générale, Immaculée Naweza rappelle une évidence que les organisations les plus performantes ont déjà intégrée : dans les métiers de services, le capital humain n’est pas une fonction support, c’est le cœur du réacteur.

Mérimé Wilson

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page