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Duncan Mogire, du négoce pétrolier à l’entrepreneuriat : le pari congolais d’un dirigeant formé sur le terrain africain

À Kinshasa, Duncan Mogire n’est pas arrivé dans l’énergie par la voie la plus courte. Avant de devenir entrepreneur, le dirigeant kényan a passé près de deux décennies à comprendre ce qui fait réellement tourner un marché pétrolier africain : la capacité à vendre, certes, mais surtout à sécuriser l’approvisionnement, organiser la logistique, gérer le crédit, servir des industriels et composer avec des infrastructures parfois complexes. Depuis 2023, cette expérience accumulée entre le Kenya, la République démocratique du Congo et le Soudan du Sud est devenue le socle de son propre projet entrepreneurial. Il dirige aujourd’hui Jambo Energy and Construction SARL à Kinshasa, tandis que son profil professionnel public confirme cette fonction actuelle.

Ce passage du salariat à l’entrepreneuriat raconte surtout une transformation : celle d’un commercial des hydrocarbures devenu opérateur capable de penser simultanément distribution, stockage, transport et accès aux grands clients industriels.

Une carrière construite dans les réalités du pétrole africain

Le pétrole, chez Duncan Mogire, commence par le marché avant de devenir une affaire d’actifs. Diplômé de l’Université de Nairobi en commerce et marketing, il se forge d’abord une expérience de conseil auprès d’entreprises internationales souhaitant développer leurs activités pétrolières en Afrique. Cette première période lui donne accès aux problématiques d’implantation, de distribution et de développement commercial qui deviendront le fil conducteur de sa carrière.

Chez Heller Petroleum, à Nairobi, son périmètre change d’échelle. Responsable marketing, il intervient aussi bien sur les ventes commerciales que sur le retail. D’après les éléments professionnels communiqués, il participe au développement de clients institutionnels, à la structuration du modèle commercial de l’entreprise et au développement de l’activité aviation.

Mais c’est son passage chez Dalbit Petroleum qui installe véritablement la dimension régionale de son profil. À partir de 2014, il exerce des responsabilités commerciales au Kenya et en RDC avant d’occuper des fonctions nationales de vente et marketing. Son travail ne consiste plus seulement à écouler des volumes. Il faut comprendre les corridors d’approvisionnement, gérer les comptes commerciaux, développer les ventes de diesel et de Jet A-1 et réfléchir à des itinéraires alternatifs pour acheminer les produits vers la RDC.

Cette expérience congolaise sera déterminante.

Dans un entretien publié en juin 2026, Mogire explique être arrivé pour la première fois en RDC avec Dalbit et avoir notamment été chargé de développer les ventes de carburant auprès des entreprises minières du Copperbelt autour de Lubumbashi. La mission lui donne une lecture concrète de l’un des marchés énergétiques les plus stratégiques d’Afrique centrale : celui où la disponibilité du carburant conditionne directement la continuité des opérations minières, industrielles et logistiques.

Son parcours se poursuit ensuite au Soudan du Sud comme Country Manager de Dalbit International, avant une autre étape importante en RDC : la direction générale de Pacific Petroleum DRC entre 2021 et 2023. Il passe ainsi progressivement de la vente à la responsabilité d’une organisation entière.

Jambo Energy : transformer l’expertise en actif entrepreneurial

En 2023 intervient la rupture la plus significative de sa trajectoire. Duncan Mogire quitte le salariat et lance son activité à Kinshasa.

Son point de départ est révélateur de son approche. Plutôt que d’entrer immédiatement sur le marché par de lourdes infrastructures, il identifie un besoin très concret : l’alimentation en diesel d’entreprises, de commerces, de bureaux et de résidences dépendant de groupes électrogènes. Jambo Energy commence par effectuer des livraisons à l’aide de citernes mobiles. L’entrepreneur affirme avoir financé les débuts sur fonds propres avant de s’appuyer progressivement sur ses relations avec fournisseurs et banques pour accompagner la croissance.

Le modèle évolue ensuite vers une offre plus intégrée. Selon les chiffres communiqués par Mogire en juin 2026, l’entreprise employait alors plus de 70 personnes, comptait plus de 20 clients actifs et gérait environ 1,45 million de litres de capacités de stockage installées chez ses clients. Il indique également avoir développé une activité de transport de carburant entre Matadi et Kinshasa, de logistique fluviale sur le fleuve Congo et de fabrication de réservoirs de stockage. Ces données restent celles déclarées par le dirigeant dans cet entretien, mais elles permettent de mesurer le changement de dimension recherché.

Le site actuel de l’entreprise présente par ailleurs ses activités autour de la fourniture en gros de produits pétroliers, de la livraison sur sites et de l’approvisionnement de secteurs tels que les mines, l’industrie, le transport, la construction et la production d’énergie.

C’est ici que le parcours de Mogire devient économiquement intéressant. Il ne cherche plus seulement à vendre du carburant : il tente de contrôler davantage de maillons de la chaîne qui relie le produit au client final. Transport routier, stockage décentralisé, équipements installés chez les clients, logistique fluviale et contrats d’approvisionnement constituent autant de moyens d’augmenter la profondeur de la relation commerciale.

La RDC comme territoire de changement d’échelle

Son ambition dépasse désormais la distribution urbaine. Duncan Mogire explique vouloir renforcer l’approvisionnement en vrac à travers les grands corridors reliant la RDC aux ports de Matadi, Beira et Dar es-Salaam, développer sa flotte de transport et accroître sa présence dans le sud minier du pays. Il évoque également un projet d’acquisition, à l’horizon 2027, d’une barge d’une capacité d’un million de litres pour soutenir l’activité logistique sur le fleuve Congo. Il s’agit, à ce stade, d’objectifs annoncés par le dirigeant et non de réalisations acquises.

Cette prudence est essentielle, car la prochaine étape sera plus exigeante que la précédente. Passer d’un modèle entrepreneurial de distribution à une plateforme énergétique et logistique intégrée exige davantage de capitaux, des capacités de financement plus importantes, une maîtrise réglementaire constante et une discipline opérationnelle renforcée.

Mogire semble en avoir intégré la dimension financière. Parallèlement à ses responsabilités à Kinshasa, il a suivi entre 2024 et 2025 une formation Executive MBA à la Frankfurt School of Finance & Management, prolongement académique d’un parcours jusque-là construit très largement dans l’exécution commerciale et opérationnelle.

À 41 ans en 2026, Duncan Mitunda Mogire appartient ainsi à cette génération de dirigeants africains dont la carrière franchit progressivement les frontières nationales pour se construire autour de marchés régionaux. Né au Kenya, formé à Nairobi, passé par le Soudan du Sud et désormais entrepreneur en RDC, il a fait de la mobilité une compétence économique.

Son véritable test commence pourtant maintenant. Après avoir appris à vendre, manager et distribuer pour d’autres, il doit désormais démontrer sa capacité à construire durablement des actifs, financer la croissance et institutionnaliser l’entreprise qu’il a créée. Dans un marché congolais immense, industriellement stratégique mais logistiquement exigeant, c’est probablement là que se jouera la prochaine dimension de son parcours.

Oswald F

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