Avocate de carrière, ancienne responsable de la régulation des marchés publics, Annick Patricia Mongo conduit depuis 2014 l’Agence pour la promotion des investissements du Congo. Son parcours relie la sécurité juridique à l’attractivité économique. Le partenariat engagé en septembre 2026 avec la Chambre consulaire de Pointe-Noire remet au premier plan l’enjeu de son mandat : transformer la promotion du pays en projets réalisables, puis en activités durables.
Le 15 septembre 2026, Annick Patricia Mongo a signé avec la Chambre consulaire de Pointe-Noire une convention destinée à mieux coordonner la promotion des investissements. L’accord prévoit des échanges d’informations, des missions économiques et des actions communes auprès des entreprises. Pour la directrice générale de l’API, il touche à une difficulté centrale de l’attractivité : un investisseur doit pouvoir retrouver, d’un interlocuteur à l’autre, une information cohérente et un accompagnement qui se prolonge.
La portée du rapprochement se situe dans cette continuité. Les forums donnent de la visibilité aux opportunités. Les entreprises prennent ensuite leurs décisions sur des coûts, des droits, des délais et des débouchés. Le rôle de l’agence consiste à faciliter ce passage, en rapprochant les porteurs de projets des administrations et des partenaires concernés. La confiance se construit dans la qualité de cette relation, bien au-delà du premier contact.
Une juriste confrontée aux conditions réelles des affaires
Le parcours de Mongo s’est d’abord construit dans le droit. Après une licence à l’Université Marien-Ngouabi de Brazzaville, elle poursuit sa formation à Tours, où elle obtient une maîtrise puis un diplôme d’études approfondies de droit privé en 1987. Elle rejoint le barreau de Brazzaville en 1988 et ouvre son cabinet en 1993. Cette séquence l’installe durablement dans la pratique professionnelle avant ses responsabilités administratives.
Son activité de conseil la met au contact d’entreprises nationales et étrangères, dans des secteurs tels que les télécommunications, le bois, les mines et le pétrole. Ces domaines se distinguent par leurs marchés, mais partagent une forte exposition aux questions contractuelles et réglementaires. Comprendre une implantation exige d’examiner les obligations de l’entreprise, ses engagements avec les partenaires et les règles qui encadrent son activité.
Cette expérience donne un sens précis à son passage vers les institutions économiques. L’investisseur ne recherche pas seulement une opportunité commerciale. Il doit pouvoir apprécier la sécurité de son engagement. Une concession, un contrat ou une autorisation organise des droits dont la stabilité compte dans la décision de mobiliser du capital. La pratique du droit offre ainsi une lecture concrète de ce qui peut accélérer un projet ou le bloquer.
De 2009 à 2011, Annick Patricia Mongo dirige l’Autorité de régulation des marchés publics. Elle passe alors de la défense et du conseil des parties à une fonction de régulation. Le champ de responsabilité s’élargit : il concerne l’organisation des procédures et la crédibilité des règles appliquées aux opérateurs. Cette expérience la place au contact d’une autre dimension de la confiance, celle que les entreprises accordent à l’administration lorsqu’elles s’engagent dans une procédure.
Elle prend la tête de l’Agence pour la promotion des investissements en avril 2014. L’établissement, créé par la loi de 2012, a pour missions la promotion et la facilitation de l’investissement privé ainsi que la contribution à l’amélioration de l’environnement des affaires. Le mandat réunit donc une fonction de représentation du pays et une fonction d’accompagnement. Sa réussite exige que ces deux activités avancent ensemble.
En 2021, elle est également nommée conseillère spéciale du Premier ministre chargée du climat des affaires et de la promotion des investissements. Cette étape prolonge le déplacement de son parcours vers la coordination publique. Les difficultés rencontrées par un investisseur peuvent relever de plusieurs administrations. Leur résolution demande une capacité à faire circuler les dossiers et à identifier les décisions attendues, sans confondre facilitation et dispense de respecter les règles.
Faire de la promotion une chaîne de réalisation
Les initiatives de 2026 donnent une traduction concrète à ce travail. En août, l’API a engagé avec l’ambassade du Congo en France une démarche destinée à renforcer la qualité des informations transmises aux investisseurs potentiels. En septembre, le partenariat avec la Chambre consulaire de Pointe-Noire a rapproché l’agence d’une institution directement liée au tissu économique. Ces actions cherchent à mieux organiser les points d’entrée vers le marché congolais.
Le rapprochement avec Pointe-Noire est particulièrement significatif. L’attractivité ne se construit pas uniquement depuis les services centraux. Elle doit intégrer la connaissance des entreprises, des implantations et des contraintes locales. Les chambres consulaires disposent à cet égard d’un accès utile aux réalités du terrain. L’agence peut, de son côté, inscrire les démarches individuelles dans une stratégie plus large de prospection et d’accompagnement.
La convention de septembre prévoit aussi un intérêt commun pour la médiation et l’arbitrage, notamment autour du Centre de médiation et d’arbitrage du Congo. Ce volet rejoint directement le socle professionnel de Mongo. La possibilité de résoudre un différend dans un cadre lisible peut peser dans une décision d’investissement. Elle réduit une incertitude que les seules présentations commerciales ne permettent pas de traiter.
Le défi de la dirigeante reste celui de la conversion. Une mission économique peut déboucher sur des contacts prometteurs sans produire immédiatement une activité nouvelle. Le suivi doit permettre d’identifier les projets qui avancent, les étapes en attente et les obstacles récurrents. Cette connaissance peut ensuite nourrir le dialogue sur le climat des affaires et aider à hiérarchiser les améliorations nécessaires.
Cette responsabilité comporte une limite institutionnelle importante : l’API ne décide pas seule de l’environnement dans lequel l’investisseur opérera. La disponibilité des infrastructures et l’application des règles dépendent d’autres acteurs. Sa valeur se situe dans sa capacité à rendre le parcours plus intelligible, à faciliter la coordination et à faire remonter les difficultés dont la répétition signale un problème plus général.
La trajectoire d’Annick Patricia Mongo relie ainsi trois expériences qui éclairent son mandat : conseiller les entreprises, réguler des procédures et accompagner l’investissement. À l’heure où le Congo cherche à diversifier son économie, cette combinaison présente un intérêt concret. Son action prendra toute sa portée dans la continuité entre l’opportunité présentée et l’entreprise installée : un projet juridiquement solide, correctement accompagné et capable de poursuivre son activité une fois passée la phase de lancement.
Mérimé Wilson





