Passé de la banque au conseil, puis aux services miniers, Éric Monga a progressivement déplacé son ambition vers l’une des contraintes majeures de l’économie congolaise : l’électricité. Avec Kipay, il cherche à bâtir une capacité nationale de développement énergétique adossée à la demande industrielle. Un pari dont la portée se mesurera à la transformation des projets en courant livré, à leur solidité financière et à leur acceptabilité environnementale.
Éric Monga s’est installé sur un marché où le besoin est évident, mais où la vente commence longtemps avant la première livraison. Développer une centrale suppose de convaincre des clients, des prêteurs, des autorités et des communautés alors que l’actif n’existe pas encore. C’est cette chaîne de confiance que le fondateur de Kipay tente de construire autour de l’hydroélectricité et du solaire en République démocratique du Congo.
Dans le bassin minier du sud du pays, la demande donne à cette ambition une profondeur industrielle. Une mine peut disposer de réserves importantes et rester limitée par son alimentation électrique. Le traitement du minerai, les équipements et les installations métallurgiques réclament une énergie régulière. Monga cherche à intervenir sur ce point de dépendance : produire un service indispensable à la valorisation des ressources, plutôt que s’en tenir aux activités qui accompagnent leur extraction.
Comprendre les mines avant de vouloir les alimenter
Formé en économie à l’Université de Kinshasa, il commence sa carrière dans la banque. En 2001, il fonde Trade Service, une structure d’études, de conseil fiscal et de facilitation. Il passe ainsi de l’institution financière à l’entreprise de services, au contact des démarches administratives, des coûts et des décisions qui conditionnent l’activité de ses clients. Cette première création lui donne une expérience directe de l’entrepreneuriat.
En 2006, il fonde SSM, un laboratoire au service de l’industrie minière. Cette étape rapproche son activité des exigences techniques du secteur. Dans une filière où la qualité des analyses intervient dans les décisions économiques, le service doit produire une information utilisable et fiable. Son parcours se construit donc par proximité croissante avec le fonctionnement des entreprises minières, avant d’aborder leurs besoins énergétiques.
Il accède également à la représentation patronale, en devenant en 2013 président provincial de la Fédération des entreprises du Congo au Katanga. La libéralisation du secteur de l’électricité, engagée par la loi de 2014, ouvre ensuite un champ nouveau aux opérateurs privés. Monga cofonde Kipay avec Alexander Yamandou en 2015. Le changement de métier est considérable : il faut désormais préparer des actifs dont le financement et la construction s’inscrivent dans le temps long.
Le choix prolonge pourtant les étapes précédentes. Le conseil l’a placé au contact des contraintes des entreprises ; les services miniers l’ont rapproché de leurs opérations. L’énergie lui permet de viser une infrastructure dont dépend une partie de leur développement. La logique entrepreneuriale consiste à transformer une difficulté récurrente des clients en activité économique durable.
Kipay présente aujourd’hui un portefeuille associant le projet hydroélectrique de Sombwe, sur la Lufira, et le projet solaire de Fungurume. Les caractéristiques annoncées décrivent des capacités envisagées. Elles doivent être distinguées des installations effectivement mises en service. La valeur économique d’un développeur se forme précisément dans sa capacité à franchir les étapes qui séparent une étude d’une centrale opérationnelle.
La bancabilité se construit avant le barrage
L’accord signé avec Afreximbank en décembre 2024 éclaire cette partie moins visible du métier. Il porte sur une facilité de préparation de projet destinée notamment aux études techniques et de bancabilité, aux frais juridiques, au conseil financier et à la mobilisation des ressources. La banque prévoit aussi de participer à la structuration du financement par emprunt. Cet appui concerne donc la fabrication d’un projet finançable ; il ne constitue pas l’annonce de son achèvement.
Pour Monga, cette séquence met à l’épreuve l’expérience acquise dans la finance et les services aux entreprises. La présence d’acheteurs industriels peut rendre les revenus futurs plus prévisibles. Elle exige toutefois des contrats solides, une appréciation de leur capacité de paiement et une répartition précise des risques. Le besoin d’électricité ne dispense pas de vérifier qui la paiera, dans quelle monnaie et sur quelle durée.
Le raccordement compte autant que la production. Kipay prévoit pour Sombwe une ligne à haute tension vers Fungurume. Une centrale isolée de ses clients ne résout pas le déficit industriel. Le développeur doit donc coordonner les travaux, l’accès au réseau et les conditions de fourniture. L’exécution se joue dans cet assemblage, où le retard d’une composante peut immobiliser la valeur des autres.
Sombwe porte aussi une controverse environnementale documentée. En 2021, Global Witness a contesté son implantation au regard du périmètre protégé de l’Upemba et alerté sur ses effets possibles. Kipay a récusé cette analyse et défendu, dans une réponse publique, la régularité de ses autorisations ainsi que ses engagements environnementaux. Ce désaccord impose une exigence de transparence sur le site, les études d’impact et la protection des populations concernées.
Cette dimension appartient à l’économie du projet. Une ressource renouvelable ne garantit pas, à elle seule, la viabilité environnementale de son exploitation. Les engagements doivent pouvoir être examinés et suivis. Pour un entrepreneur qui sollicite des financements longs, la capacité à documenter ces questions compte dans la confiance des partenaires et dans la continuité du développement.
La trajectoire d’Éric Monga révèle ainsi la difficulté de faire émerger un développeur énergétique congolais. Il faut réunir une connaissance du marché, des compétences techniques et un capital capable de supporter les années de préparation. Son implantation dans les milieux d’affaires peut faciliter le dialogue. Elle ne remplace aucune des validations nécessaires à un investissement industriel de cette nature.
Son pari mérite l’attention parce qu’il touche à la place du capital national dans les infrastructures qui soutiennent l’économie minière. L’enjeu dépasse la propriété d’une société de projet. Il concerne la capacité à organiser durablement la production, le transport et la vente d’énergie en RDC. Le véritable changement d’échelle interviendra lorsque les engagements réunis autour de Kipay se traduiront en électricité disponible, à des conditions soutenables pour ses clients et pour les territoires concernés.
Oswald M





