Directeur général de Vodacom Congo depuis août 2021, Khalil Al Americani a appris les télécommunications en construisant les réseaux, puis en développant leurs marchés. Cette double expérience éclaire sa responsabilité actuelle : donner une utilité économique à la couverture mobile, élargir l’accès aux services et trouver les modèles d’investissement capables de desservir un pays immense.
En janvier 2025, Vodacom et Orange annoncent un projet commun de stations mobiles solaires dans les zones rurales de la République démocratique du Congo. L’accord prévoit un premier engagement de 1 000 sites, avec la possibilité d’en ajouter autant, pour une ambition totale pouvant atteindre 2 000 stations sur six ans. Deux concurrents choisissent ainsi de rapprocher une partie de leurs moyens pour étendre le marché qu’ils se disputent. Le projet résume l’une des décisions les plus importantes du métier de Khalil Al Americani : déterminer ce qu’un opérateur doit construire seul et ce qu’il gagne à organiser avec d’autres.
À la tête de Vodacom Congo depuis août 2021, le dirigeant évolue dans un pays où l’expansion commerciale dépend encore de décisions très matérielles. Il faut acheminer des équipements, alimenter les installations et maintenir les liaisons. La demande existe, mais la rendre accessible à un prix soutenable exige une organisation qui relie la technique aux revenus. Cette articulation constitue le fil conducteur de son parcours.
L’ingénieur apprend le marché
Ingénieur en génie civil de formation, Khalil Al Americani commence par la conduite de projets de construction de réseaux. Il passe ensuite à leur planification, à la transformation des organisations, puis aux fonctions commerciales. Il travaille notamment chez Celtel et Zain, au cours d’une carrière qui le conduit dans plusieurs marchés africains et au Moyen-Orient. Son expérience se construit au contact de contextes où les besoins de communication progressent plus vite que les infrastructures disponibles.
Le passage vers le commerce élargit sa lecture de l’investissement. Un site mobile représente une capacité technique ; son utilisation dépend du pouvoir d’achat des clients, des terminaux accessibles et des services proposés. L’opérateur doit comprendre pourquoi une personne utilise le réseau, ce qui l’empêche de le faire davantage et comment la qualité de l’expérience influence ses dépenses. La direction commerciale devient le lieu où les choix techniques rencontrent les usages réels.
De 2015 à août 2021, Khalil Al Americani est directeur commercial de Vodacom Congo. Six années qui précèdent son accession à la direction générale et lui donnent une connaissance du marché congolais depuis l’intérieur de l’entreprise. Il n’arrive donc pas à sa tête avec la seule expérience d’autres pays. Il a travaillé sur la relation avec les clients, les canaux de distribution et la commercialisation des services dans le territoire qu’il doit désormais diriger.
Sa formation de dirigeant comprend également l’Advanced Management Programme de la London Business School et un passage par la Wits Business School. Ces apprentissages accompagnent une trajectoire dont le centre de gravité s’est déplacé : après les projets et les revenus, il lui revient d’arbitrer les ressources de l’ensemble de l’opérateur. La direction générale demande de rendre cohérents les investissements, les prix, les compétences et les engagements de service.
La coopération devient un choix industriel
L’annonce de janvier 2025 donne une expression concrète à cette responsabilité. Le partage envisagé avec Orange porte sur des équipements actifs et passifs, alimentés à l’énergie solaire et destinés aux zones rurales. Le dispositif distingue l’infrastructure commune des services que chaque opérateur commercialise. Lors de l’annonce, sa finalisation reste soumise aux autorisations administratives, réglementaires et de concurrence. Les capacités annoncées décrivent un programme de déploiement, dont les réalisations doivent être suivies dans le temps.
La logique économique est forte. Dans une zone de faible densité, les recettes attendues doivent couvrir un investissement réparti entre moins de clients. Mutualiser certaines dépenses peut rendre un déploiement plus soutenable. La concurrence se déplace alors vers la qualité commerciale, la distribution et les usages, tandis qu’une partie du coût de présence est partagée. La réussite demande des règles claires de maintenance, d’accès et de responsabilité.
Cette orientation prolonge une expérience déjà constituée. Dans son bilan environnemental et social pour l’exercice clos le 31 mars 2025, Vodacom Congo fait état de 1 011 sites ruraux. Le chiffre ne se confond pas avec les stations du projet commun annoncé avec Orange. Il indique l’existence d’un travail antérieur sur la desserte de territoires difficiles à atteindre, que le nouveau partenariat vise à élargir.
Pour Khalil Al Americani, l’énergie appartient pleinement à la stratégie télécom. Une antenne disponible de manière irrégulière fragilise les services qui en dépendent. Les choix d’alimentation et de maintenance interviennent donc dans la fidélité des clients autant que dans les coûts d’exploitation. Le solaire présente ici un intérêt opérationnel précis : adapter l’infrastructure à des localités où la continuité électrique demeure une contrainte.
Faire circuler davantage que la voix
Le dirigeant préside également le conseil d’administration de VodaCash, l’entité qui porte M-Pesa en RDC. Ce second mandat révèle le changement de nature d’un opérateur mobile. Le réseau soutient des communications, mais aussi des opérations financières qui réclament d’autres compétences et d’autres contrôles. La confiance se joue alors dans l’exactitude des transactions, la protection des clients et la capacité à traiter les réclamations.
L’inclusion financière repose sur une chaîne de service. Un portefeuille mobile doit pouvoir être alimenté, utilisé et, lorsque le client le souhaite, converti en espèces. La qualité du réseau d’agents et la disponibilité de leur trésorerie deviennent aussi importantes que l’interface numérique. Pour la direction, la progression des services financiers exige donc de rapprocher la technologie du fonctionnement quotidien des échanges.
Vodacom développe également des initiatives dans la formation et les services sectoriels. Son bilan 2025 présente le Digital Lab, avec Kadea et la GIZ, ainsi que la plateforme agricole Moloni, lancée avec Enabel. Ces programmes montrent les terrains sur lesquels l’entreprise cherche à élargir l’usage de ses infrastructures. Leur portée économique dépend de leur adoption et de leur utilité durable pour les bénéficiaires, au-delà du lancement.
En octobre 2026, le Vodacom Impact Forum réunit responsables publics et acteurs privés autour de la transformation numérique. Khalil Al Americani y défend une approche par le dialogue et les partenariats. Cette dimension institutionnelle est devenue une partie du métier : les investissements de longue durée demandent des règles compréhensibles et une coordination entre opérateurs, autorités et fournisseurs d’infrastructures.
Son parcours permet ainsi de lire une évolution plus large du leadership télécom. L’ingénieur apprend à bâtir, le responsable commercial à faire adopter, puis le directeur général à organiser les conditions de la croissance. En RDC, cette responsabilité se mesurera à la continuité des services et à leur place dans l’activité des entreprises comme dans celle des ménages. Le réseau acquiert toute sa valeur lorsque ses clients peuvent construire autour de lui des habitudes, des revenus et des engagements fiables.
Oswald M





