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Diaspora

Jean-Claude Maswana, penser la transformation économique depuis le Japon

Professeur à l’université Ritsumeikan, au Japon, Jean-Claude Maswana étudie les conditions qui permettent aux échanges, à la finance et aux technologies de nourrir le développement. De ses travaux sur le commerce Chine-Afrique à ses recherches actuelles sur l’intelligence artificielle, son parcours pose une question décisive pour la RDC : comment construire les capacités de produire ?

Exporter davantage peut enrichir les statistiques sans transformer suffisamment les entreprises. Importer une technologie peut moderniser un équipement sans créer la maîtrise nécessaire pour l’entretenir, l’adapter et en tirer de nouveaux produits. Jean-Claude Maswana a construit son travail d’économiste autour de ces écarts entre la circulation des ressources et l’accumulation des compétences. Congolais établi au Japon, professeur à l’université Ritsumeikan, il appartient à cette diaspora dont la contribution prend la forme d’une expertise : identifier les mécanismes qui rendent une économie plus productive, puis soumettre ces mécanismes à l’épreuve des faits.

Sa formation et sa carrière se sont développées dans plusieurs institutions japonaises. Il a achevé en mars 2003 un doctorat en économie du développement à l’université de Nagoya. Son parcours comprend ensuite l’université de Kyoto, l’Institut de recherche de la JICA, l’université de Tokyo et celle de Tsukuba, avant Ritsumeikan. Ce cheminement associe l’enseignement supérieur et une institution de coopération internationale. Il situe son activité à l’articulation de la recherche, de la formation et des questions que pose la conception des politiques de développement.

Un travail présenté en 2011, alors qu’il était chercheur à la JICA, donne une lecture précise de sa démarche. Maswana examinait les effets de l’expansion des échanges entre la Chine et l’Afrique sur la structure du commerce africain. Son analyse concluait que la progression rapide de ces échanges avait, dans l’ensemble, laissé largement intacte la composition sectorielle des échanges de l’Afrique avec le monde. Ce résultat concernait le périmètre étudié à l’époque. Il révélait déjà le problème qui traverse ses recherches : une relation commerciale peut s’intensifier sans entraîner automatiquement une montée en gamme productive.

Pour un dirigeant d’entreprise, cette distinction est fondamentale. Un marché d’exportation supplémentaire crée une possibilité de revenu. Il reste à déterminer si cette possibilité permet de former des équipes, d’améliorer les procédés, de développer des fournisseurs ou de concevoir une offre plus élaborée. La question devient alors organisationnelle autant que commerciale. Les recettes financent-elles seulement la prochaine livraison, ou permettent-elles de consolider une compétence qui restera dans l’entreprise ? Cette lecture rend le travail de Maswana particulièrement utile à une économie qui cherche à élargir ses activités productives.

L’expérience japonaise offre un cadre d’observation à cette interrogation, sans constituer un modèle que l’on pourrait transposer mécaniquement. Les trajectoires industrielles dépendent des institutions, des marchés, des compétences et des contraintes de chaque pays. L’intérêt d’une carrière de recherche entre l’Afrique et l’Asie tient à la possibilité de comparer ces conditions. Elle oblige à examiner les étapes intermédiaires : apprentissage technique, coordination des acteurs, accès au financement et capacité des entreprises à assimiler ce qu’elles achètent ou ce qu’elles reçoivent d’un partenaire.

En 2018, Maswana a consacré un ouvrage à un autre verrou du développement congolais. Développement économique et sécurité en République démocratique du Congo analyse l’interdépendance entre l’activité économique, les institutions et les violences. L’auteur y interroge les mécanismes d’une économie de guerre ainsi que la distance entre les performances affichées et les conditions de vie. Cette recherche élargit son champ d’analyse : la production dépend aussi de la sécurité des échanges et des incitations qui orientent les comportements. Le choix de ce sujet inscrit la RDC dans une réflexion sur les fondements mêmes de l’investissement.

L’implication pour l’entreprise est considérable. Un équipement ne produit durablement que si les équipes peuvent travailler, si les approvisionnements circulent et si les engagements conservent une certaine prévisibilité. Lorsqu’une organisation doit consacrer une part excessive de ses ressources à se protéger contre l’arbitraire ou les ruptures, elle réduit ce qu’elle peut investir dans sa progression. Cette lecture économique aide à comprendre pourquoi une stratégie de développement doit traiter ensemble la capacité des entreprises et la qualité de leur environnement. Elle évite de confier à la seule abondance des ressources une promesse de prospérité.

Ses axes de recherche actuels prolongent cette interrogation vers l’intelligence artificielle. Sa présentation à Ritsumeikan mentionne la diffusion de l’IA, la productivité des entreprises et l’adaptation de la main-d’œuvre. Elle annonce notamment des recherches comparatives en Indonésie et aux Philippines. Il s’agit d’un programme de travail, dont les résultats restent à établir. Ce déplacement vers les technologies nouvelles conserve néanmoins une cohérence : étudier les conditions dans lesquelles une entreprise peut s’approprier une innovation, plutôt que déduire sa performance de la seule disponibilité d’un outil.

Pour les entreprises congolaises, cette perspective fournit une grille d’analyse immédiate. Acheter un logiciel ne suffit pas à améliorer un processus dont les données sont dispersées, les responsabilités mal définies ou les objectifs contradictoires. L’adoption technologique demande de pouvoir choisir un usage, former les équipes, organiser le contrôle et mesurer les gains obtenus. Le raisonnement vaut pour une solution d’intelligence artificielle comme pour un équipement industriel. La dépense devient un investissement productif lorsqu’elle accroît une capacité que l’organisation sait utiliser et entretenir.

Le parcours de Maswana invite ainsi à élargir la manière d’envisager la diaspora économique. Celle-ci possède aussi des compétences permettant de lire un contrat, d’évaluer une stratégie industrielle ou de concevoir une formation. La valeur de cette expertise dépend toutefois de sa rencontre avec des besoins précis. Pour la mobiliser, universités, entreprises et institutions doivent pouvoir formuler des problèmes, partager des données et organiser un travail commun. La circulation des idées devient alors une relation de production de connaissances, avec ses exigences de méthode et de continuité.

Jean-Claude Maswana apporte à cette conversation une constance intellectuelle : regarder ce qui se construit derrière les flux. Les marchandises passent, les financements arrivent, les technologies évoluent. La question décisive reste celle des compétences et des organisations qui subsistent, progressent et permettent d’agir avec davantage d’autonomie. Pour la RDC, son parcours ouvre une réflexion exigeante sur la puissance économique : la faculté de transformer une opportunité extérieure en savoir-faire durable, et ce savoir-faire en activité capable de créer de la valeur sur place.

Mérimé Wilson

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