Il y a, dans le parcours de Judicaëlle Okemba, un changement d’échelle qui dépasse la simple diversification entrepreneuriale. De la cosmétique haut de gamme au conseil financier, de l’inclusion financière à l’organisation de grands rendez-vous économiques, puis jusqu’à l’industrie pétrolière nigériane, la femme d’affaires franco-congolaise a progressivement déplacé son terrain d’action vers des secteurs où se rencontrent capital, infrastructures, institutions et enjeux de souveraineté économique. Depuis septembre 2025, cette trajectoire a pris une nouvelle dimension avec sa nomination à la direction générale de NOTREX Oil & Gas Limited, au Nigeria. L’entreprise la présente aujourd’hui comme Chief Executive Officer & Managing Director.
Ce passage vers l’énergie n’est pourtant pas le point de départ de son histoire entrepreneuriale. Celle-ci commence beaucoup plus tôt, dans un univers radicalement différent : la beauté. Née à Brazzaville et ayant grandi en France, Judicaëlle Okemba se forme notamment dans l’univers de la cosmétique. En 2015, la presse congolaise rappelait son passage par l’Institut supérieur international du parfum, de la cosmétique et de l’aromatique alimentaire, ainsi qu’une expérience chez Sephora sur les Champs-Élysées. Elle développe alors Serenity Spa à Brazzaville et la gamme Serenity Cosmetics, conçue avec un laboratoire français et commercialisée sur plusieurs marchés, notamment à Brazzaville, Kinshasa, Dakar et Paris.
Ce premier chapitre dit déjà beaucoup de sa méthode. Il ne s’agit pas seulement de créer une enseigne, mais de partir d’un besoin de marché, de construire une offre, de travailler la chaîne de production, puis d’envisager rapidement l’internationalisation. Serenity participe en 2015 au Cosmoprof North America de Las Vegas. Pour une entrepreneure venue d’un marché comme le Congo-Brazzaville, l’expérience constitue alors une confrontation directe aux standards internationaux d’une industrie extrêmement concurrentielle.
De la création de marque à la structuration financière
La suite de son parcours révèle un déplacement progressif du produit vers la finance et du commerce vers la structuration de projets. Titulaire d’un MBA en Business & Administration obtenu en 2019, elle fonde Pami Partners en 2022. Le cabinet intervient notamment dans le conseil, le montage de projets et la recherche de financements. En 2024, Judicaëlle Okemba expliquait que la société accompagnait aussi bien des entreprises que des institutions et travaillait notamment sur des opérations liées au secteur de la santé. Le site de Pami Partners la présente toujours comme CEO en 2026.
C’est à travers Pami Partners que son profil prend une dimension plus institutionnelle. Elle devient l’une des principales animatrices de l’Africa Finance, Banking & Digitalisation Summit (AFBDS), dont la première édition est organisée à Brazzaville en janvier 2024 autour de la transformation numérique des banques et de l’intégration financière dans la CEMAC. Deux ans plus tard, African Banker la présente comme commissaire générale de l’AFBDS lors de sa deuxième édition, organisée en marge des Assemblées annuelles de la Banque africaine de développement.
Ce positionnement est révélateur. Okemba n’est plus seulement une entrepreneure exploitant ses propres actifs. Elle se situe désormais à l’intersection des institutions financières, des décideurs publics, des investisseurs et des entreprises technologiques. Dans ses interventions sur l’Afrique centrale, elle insiste notamment sur l’inclusion financière, l’interopérabilité des paiements, l’intelligence artificielle appliquée au crédit et la nécessité d’attirer davantage de capitaux vers les infrastructures financières numériques.
Le virage énergétique
La nomination de Judicaëlle Okemba à la tête de NOTREX Oil & Gas en septembre 2025 constitue donc moins une rupture qu’un nouveau changement d’échelle. Basée à Lagos, la société opère dans un environnement énergétique autrement plus complexe, exposé aux enjeux de financement, de réglementation, de sécurité opérationnelle, de contenu local et de transition énergétique. NOTREX indique intervenir notamment dans l’exploration, le forage et la production, les pipelines, le trading pétrolier et gazier ainsi que les services de démantèlement.
Pour la dirigeante congolaise, le défi est significatif. Il s’agit désormais d’exercer une fonction exécutive dans la première économie pétrolière d’Afrique subsaharienne, sur un marché anglophone et dans une industrie où les barrières techniques, financières et réglementaires restent élevées. En janvier 2026, elle participait à Brazzaville aux activités liées au 39e anniversaire de l’Organisation africaine des producteurs de pétrole, cette fois en sa qualité de CEO de NOTREX Oil & Gas.
Le fil conducteur de son parcours apparaît alors plus clairement. Derrière la diversité apparente des secteurs se trouve une même logique : identifier des marchés, construire des passerelles entre plusieurs écosystèmes et déplacer progressivement son activité vers des métiers à plus forte intensité de capital et de décision.
Son exposition internationale s’est également renforcée. Invitée aux Rencontres Économiques d’Aix-en-Provence en 2024 pour débattre de la révolution numérique africaine, elle y revient en 2025 dans une session consacrée aux choix de développement du continent. La Fondation IKAVI, qu’elle a créée autour des questions de santé, d’éducation et d’autonomisation des jeunes et des femmes, complète ce positionnement par une dimension sociale.
À près de vingt-cinq ans de ses premières initiatives entrepreneuriales, Judicaëlle Okemba se trouve ainsi à un moment particulièrement intéressant de sa trajectoire. Le passage de Serenity à Pami Partners, puis de la finance à NOTREX, raconte moins une succession d’activités qu’une montée progressive vers des environnements économiques plus stratégiques.
La prochaine étape permettra surtout de mesurer sa capacité à transformer cette expérience transsectorielle en résultats dans une industrie où la création de valeur dépend de l’exécution, du financement, de la maîtrise des risques et de la construction de partenariats de long terme. C’est probablement là que se joue désormais la partie la plus ambitieuse de son parcours.





