Louison Kiyombo, la fiscalité comme levier de gouvernance et d’investissement en RDC

À la tête de KPMG RDC depuis octobre 2023, Louison Kiyombo Manga dirige bien davantage qu’un cabinet d’audit et de conseil. Dans une économie où la qualité de l’information financière, la prévisibilité fiscale et la solidité des mécanismes de contrôle déterminent largement la confiance des investisseurs, il évolue au cœur des rapports entre entreprises, institutions publiques et capitaux. Sa trajectoire, construite entre audit, comptabilité, gestion financière, fiscalité et gouvernance professionnelle, raconte l’émergence progressive d’une expertise congolaise capable de dialoguer avec les standards internationaux sans perdre de vue les réalités du terrain.
Directeur général, administrateur et associé responsable de la fiscalité et du juridique de KPMG RDC, Louison Kiyombo cumule plus de trois décennies d’expérience. Le cabinet le présente comme un expert-comptable disposant de compétences en audit, finances, gestion d’entreprise et fiscalité. Il dirige aujourd’hui une organisation implantée en République démocratique du Congo depuis 1984, forte de plus de 200 collaborateurs et présente à Kinshasa, Lubumbashi, Kolwezi et Goma.
L’apprentissage de la rigueur dans les entreprises publiques
Son parcours commence en 1991 chez GMTE Audit. Pendant un peu plus d’un an, il intervient comme superviseur d’audit sur plusieurs marchés africains, notamment à Brazzaville, Pointe-Noire et Abidjan. Cette première expérience lui permet de se familiariser avec la vérification des comptes, l’analyse des procédures et l’évaluation des risques dans des environnements économiques différents.
Il rejoint ensuite la Société des chemins de fer de l’Est, où il exerce comme directeur de l’audit entre 1993 et 1996. Ce passage marque une première évolution importante. Louison Kiyombo quitte progressivement la position du contrôleur externe pour entrer au cœur du fonctionnement d’une entreprise. Dans le secteur ferroviaire, la comptabilité ne se limite pas à produire des états financiers : elle doit rendre compte d’opérations complexes, d’actifs lourds, de flux logistiques étendus et de contraintes d’exploitation permanentes.
Il poursuit cette immersion dans les entreprises publiques en devenant trésorier général de la Société nationale des chemins de fer du Zaïre entre 1996 et 1997, puis directeur de la comptabilité de la Société nationale des chemins de fer du Congo de 1998 à 2000. Ces responsabilités lui donnent une connaissance directe des tensions auxquelles sont confrontées les grandes entreprises publiques : maîtrise de la trésorerie, fiabilité des comptes, continuité des opérations, contrôle interne et arbitrage entre impératifs économiques et missions de service public.
Cette période constitue l’un des socles de son profil. Avant de conseiller les entreprises sur leurs risques, Louison Kiyombo a lui-même travaillé dans des fonctions exposées aux réalités de l’exécution financière. Il connaît ainsi la distance qui peut séparer une règle comptable de son application quotidienne, une obligation fiscale de sa traduction opérationnelle ou une procédure de contrôle de son efficacité réelle.
De l’entreprise au conseil
Au début des années 2000, il se tourne vers le conseil. Il dirige Louik Consult à Lubumbashi et Harare entre 2001 et 2004, avant de prendre la direction de Business Support Partners, une structure établie au Cap, en Afrique du Sud. Cette étape élargit son champ d’intervention. Aux compétences comptables et financières s’ajoutent désormais l’accompagnement des entreprises, la compréhension des environnements transfrontaliers et la nécessité d’adapter les solutions aux caractéristiques de chaque marché.
Sa formation accompagne cette progression. Diplômé en sciences commerciales de l’Institut supérieur de commerce, il complète son parcours par un MBA en administration des affaires ainsi que par une spécialisation en fiscalité. KPMG mentionne également parmi ses qualifications un LLM en droit commercial international. Cette combinaison entre comptabilité, management, fiscalité et droit éclaire la suite de sa carrière : Louison Kiyombo ne considère pas l’impôt comme une matière isolée, mais comme une composante de la stratégie, de la gouvernance et de la sécurisation des investissements.
La construction d’une implantation nationale chez KPMG
Louison Kiyombo rejoint KPMG RDC en 2008 comme associé. Deux ans plus tard, il prend la direction du bureau de Lubumbashi. Le choix de cette implantation est stratégique. Capitale économique du Haut-Katanga et centre majeur de la Copperbelt, Lubumbashi concentre des entreprises minières, des sous-traitants, des investisseurs internationaux et des opérations dont les montages fiscaux, juridiques et financiers exigent une expertise spécialisée.
Dans cet environnement, il participe à des missions auprès d’acteurs miniers, parfois en collaboration avec des bureaux du réseau KPMG en Afrique du Sud, au Royaume-Uni et dans d’autres juridictions. Son rôle ne consiste donc pas seulement à appliquer des normes internationales. Il doit également traduire les règles congolaises à l’intention d’investisseurs étrangers, tout en aidant les entreprises locales à répondre à des exigences croissantes de conformité et de transparence.
Son influence s’étend progressivement au-delà de Lubumbashi. Il contribue à implanter et à développer le département Tax de KPMG à travers la RDC, participe à l’expansion de la pratique fiscale dans l’espace francophone subsaharien et coordonne l’ouverture du bureau de Goma, dont il prend la responsabilité. Il effectue également des missions de revue qualité au sein de cabinets du réseau.
Cette montée en responsabilité révèle une compétence essentielle : la capacité à construire une organisation nationale dans un pays aux réalités économiques profondément différenciées. À Kinshasa, les enjeux se situent notamment autour des sièges sociaux, des institutions, des banques et des grands groupes. Dans le Katanga, la fiscalité minière, la sous-traitance et les investissements industriels occupent une place déterminante. À Goma, l’activité économique s’inscrit dans un environnement marqué par les organisations humanitaires, le commerce régional et une forte complexité opérationnelle.
Sa nomination à la direction générale de KPMG RDC en octobre 2023 apparaît ainsi comme l’aboutissement d’une progression construite de l’intérieur. Elle place à la tête du cabinet un professionnel ayant successivement exercé dans l’audit, l’entreprise, le conseil, la fiscalité, le développement territorial et la gouvernance.
Professionnaliser la production de l’information financière
L’action de Louison Kiyombo dépasse le périmètre de KPMG. De 2007 à 2017, il préside l’organisation professionnelle engagée dans la structuration de l’Ordre national des experts-comptables en RDC. La loi n° 15/002 du 12 février 2015 donne finalement une existence légale à l’ONEC et établit les règles d’organisation et d’exercice de la profession.
Cette évolution représente un enjeu majeur pour l’économie congolaise. La professionnalisation de l’expertise comptable contribue à améliorer la qualité des états financiers, la crédibilité des audits, la protection des investisseurs et la gouvernance des entreprises. Dans un marché où l’accès au crédit et aux capitaux dépend largement de la fiabilité des informations produites, l’expert-comptable participe directement à la construction de la confiance économique.
Louison Kiyombo a également soutenu la création d’un institut destiné à renforcer les compétences des administrateurs d’entreprise. Cette démarche prolonge la même logique : une organisation ne devient pas plus performante uniquement par la qualité de sa comptabilité, mais aussi par le fonctionnement de ses conseils d’administration, la clarté des responsabilités et la capacité des dirigeants à exercer un contrôle stratégique.
Porter la fiscalité dans le débat économique
À la direction de KPMG RDC, Louison Kiyombo doit désormais concilier la gestion du cabinet, le développement des talents, la qualité des missions et la prise de parole sur les réformes qui influencent le climat des affaires. La fiscalité constitue, à cet égard, un terrain déterminant.
En mai 2026, il a ouvert à Kinshasa la troisième édition de DRC Tax Masolo, consacrée aux incitations fiscales et à leur contribution au développement. Le forum a posé une question centrale pour la RDC : comment préserver l’attractivité du pays tout en garantissant à l’État les ressources nécessaires au financement des infrastructures et des politiques publiques ? Les échanges ont notamment porté sur le régime fiscal général, les industries extractives, les zones économiques spéciales et l’agriculture.
Cette initiative résume bien la position qu’occupe aujourd’hui Louison Kiyombo. Il se situe à l’intersection de plusieurs exigences : sécuriser les entreprises sans affaiblir les intérêts de l’État, encourager l’investissement sans banaliser les exonérations, accompagner les opérateurs tout en défendant la conformité, et intégrer les standards internationaux sans ignorer les spécificités congolaises.
Son principal défi à la tête de KPMG RDC sera de transformer cette expérience accumulée en capacité institutionnelle durable. Dans un environnement où la réglementation évolue, où les investisseurs réclament davantage de visibilité et où les entreprises congolaises doivent améliorer leur gouvernance, la valeur d’un cabinet ne dépend plus seulement de son expertise technique. Elle se mesure aussi à sa capacité à former une nouvelle génération de professionnels, à éclairer les décisions économiques et à contribuer à la consolidation de la confiance.
Le parcours de Louison Kiyombo montre ainsi comment un spécialiste des comptes peut progressivement devenir un acteur du débat sur la transformation économique. De l’audit ferroviaire à la direction d’un cabinet international, il a construit sa trajectoire autour d’une même matière première : la qualité de l’information sur laquelle reposent les décisions, les investissements et la gouvernance.
Mérimé Wilson



