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Trésor Maneno, du droit bancaire à la fabrique institutionnelle de la finance congolaise

Depuis février 2026, Trésor Maneno occupe l’un des postes les plus sensibles de l’écosystème financier de la République démocratique du Congo. Secrétaire général de l’Association Congolaise des Banques, il se trouve au point de rencontre entre les banques commerciales, la Banque Centrale du Congo, les pouvoirs publics et les partenaires du secteur. Sa mission ne consiste pas à diriger une banque, mais à faire fonctionner l’espace collectif dans lequel les établissements bancaires défendent leurs intérêts, harmonisent leurs positions et contribuent aux réformes qui organisent le marché.

Cette responsabilité prolonge une trajectoire construite à la frontière du droit, du management et de l’entrepreneuriat. Avant d’entrer au cœur de la représentation bancaire, Trésor Maneno a connu la banque de l’intérieur, dirigé les fonctions juridique et sociale d’une entreprise de plus de 400 salariés, développé une activité de conseil et exercé des responsabilités de gouvernance dans le secteur minier. Ce parcours lui donne une lecture transversale de l’entreprise congolaise, de ses risques à ses besoins de financement.

L’école bancaire : apprendre à mesurer le risque

La première assise de son parcours se forme à Standard Bank RDC. Entre octobre 2011 et mai 2014, il y passe du statut de consultant juridique à celui de Legal Officer. Affecté d’abord au département Crédit et Risque, il intervient sur les opérations de financement, les sûretés et l’évaluation juridique des engagements liés aux crédits. Cette immersion l’installe très tôt dans la mécanique centrale de la banque : transformer des ressources financières en crédits tout en maîtrisant les risques qui accompagnent chaque décision.

Son périmètre s’élargit ensuite à la négociation contractuelle, au règlement des différends, à la conformité réglementaire et à l’accompagnement des métiers. Il aborde donc la banque depuis ses opérations, là où une clause imprécise, une sûreté insuffisante ou une mauvaise interprétation réglementaire peut exposer l’établissement.

À l’ACB, le dialogue avec le régulateur et les banques membres exige de comprendre simultanément la norme, les contraintes opérationnelles et les impératifs économiques des établissements. Trésor Maneno connaît cet équilibre parce qu’il l’a pratiqué avant d’avoir à le coordonner.

Du juridique aux ressources humaines : l’apprentissage de l’organisation

Son passage à l’Entreprise Générale d’Alimentation et de Logistique marque un changement d’échelle. Recruté en juin 2014 comme Legal Manager, il conseille la direction sur les contrats, les activités commerciales et logistiques, la conformité et les contentieux. En décembre 2015, il prend la tête des ressources humaines et assume la gestion sociale d’un effectif supérieur à 400 collaborateurs.

Cette transition du droit vers les ressources humaines est un tournant majeur. Elle l’éloigne du rôle exclusif de gardien de la conformité pour le placer au centre de l’organisation réelle : administration du personnel, discipline, relations de travail et arbitrages managériaux. Pendant plus de quatre ans, il dirige ainsi une fonction où la réglementation doit être traduite en décisions applicables.

Cette séquence explique son engagement entrepreneurial ultérieur. En 2017, il cofonde MTC Sarl, spécialisée dans le recrutement, la recherche de cadres, la formation et l’externalisation du personnel. Il y associe le droit du travail à une lecture opérationnelle des besoins des employeurs. MTC le présente aujourd’hui comme associé, membre du conseil de gestion et directeur exécutif chargé des affaires juridiques et administratives.

De conseiller à entrepreneur du droit

Après avoir exercé comme associé au Cabinet N.M Conseil entre 2019 et 2021, Trésor Maneno crée en 2022 le Cabinet Maneno & Associés. Ce passage à l’entrepreneuriat juridique transforme son expertise en plateforme de services destinée aux entreprises, investisseurs et porteurs de projets.

Le cabinet intervient notamment en droit OHADA, droit bancaire et des assurances, droit du travail, fiscalité, immobilier, propriété intellectuelle et ressources naturelles. Cette diversité répond à une réalité congolaise : les projets d’investissement mobilisent simultanément structuration juridique, autorisations administratives, gouvernance, contrats, fiscalité et, parfois, contentieux.

Avocat au Barreau de Kinshasa/Matete depuis 2018, mandataire en mines et carrières, mandataire en propriété industrielle et arbitre inscrit au CENACOM, Trésor Maneno a élargi son champ d’intervention au-delà du conseil juridique classique. Son rôle de président de Gaya Mining Group, exercé depuis avril 2021, l’inscrit également dans la gouvernance d’entreprise et le développement d’actifs miniers, avec des responsabilités liées à l’orientation stratégique, aux droits miniers, aux exigences réglementaires et aux relations avec les investisseurs.

Ces expériences dessinent une évolution nette : du traitement du risque juridique à la conduite d’organisations, puis du conseil aux dirigeants à la participation directe aux mécanismes de gouvernance.

À l’ACB, transformer l’expertise en capacité de concertation

Sa nomination au secrétariat général de l’Association Congolaise des Banques réunit ces différentes dimensions. Créée en 1952, l’ACB représente les établissements bancaires opérant en RDC et assure la liaison avec les autorités publiques, le régulateur et les partenaires nationaux et internationaux. Elle constitue un cadre de concertation sur la réglementation, la stabilité financière, la coopération sectorielle, l’inclusion, la formation et les transformations technologiques.

Le mandat intervient à un moment où la banque congolaise doit gérer plusieurs mutations simultanées. L’ACB recense 15 banques membres et plus de 17 millions de comptes dans un pays d’environ 100 millions d’habitants. Elle fait également état de plus de 320 agences, 12 000 agents bancaires et 700 distributeurs automatiques. Ces indicateurs montrent à la fois l’élargissement du réseau financier et l’ampleur du marché qui demeure à servir.

La progression des paiements numériques, l’essor des canaux mobiles, les exigences de lutte contre le blanchiment, la cybersécurité et le financement de l’économie imposent un dialogue permanent entre intérêts commerciaux et objectifs publics. Le secrétaire général doit convertir des préoccupations différentes en positions communes, organiser les travaux techniques et assurer la continuité entre les orientations du bureau permanent et leur exécution.

La formation de Trésor Maneno accompagne cette montée en responsabilité. Titulaire d’une licence en droit économique et social de l’Université Protestante au Congo, complétée par le certificat d’aptitude à la profession d’avocat, il suit depuis 2025 un Executive MBA en sciences de gestion à HEC Liège. Ce prolongement managérial est cohérent avec une fonction qui ne relève plus seulement de l’interprétation des textes, mais aussi de la stratégie, de l’exécution et de la gouvernance institutionnelle.

Le principal enjeu de son mandat sera donc moins de représenter une expertise individuelle que de rendre efficace une intelligence collective. L’ACB doit aider les banques à parler d’une voix structurée, contribuer à l’amélioration du cadre réglementaire et renforcer la place du système bancaire dans le financement du développement congolais. Trésor Maneno arrive à cette responsabilité avec une connaissance directe des contraintes que rencontrent les institutions financières et les entreprises. Son parcours lui confie désormais une mission d’une autre nature : transformer cette expérience en capacité de médiation, de proposition et d’action pour l’ensemble du secteur.

Mérimé Wilson

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