Le mouvement dépasse la simple nomination. En faisant venir Djibril KA à Brazzaville comme Directeur Général Adjoint du Crédit du Congo, Attijariwafa bank déplace vers l’une de ses filiales d’Afrique centrale un banquier formé pendant près de deux décennies aux métiers qui se trouvent au cœur de la relation entre une banque et l’économie réelle : grandes entreprises, développement commercial, stratégie, cash management, commerce international et pilotage de l’exploitation. Annoncée le 17 septembre 2026, sa prise de fonctions ouvre surtout une nouvelle séquence dans une carrière longtemps construite au Sénégal.
À Brazzaville, le dirigeant sénégalais rejoint l’équipe conduite par Hicham Fadili, Directeur Général du Crédit du Congo, et succède à Moulay Hassan Arezdi au poste de DGA. Pour Djibril KA, ce changement de géographie est significatif : il passe d’un environnement bancaire ouest-africain qu’il connaît intimement à un marché CEMAC dont les structures de financement, les équilibres concurrentiels et le tissu entrepreneurial imposent d’autres lectures.
Une carrière construite au plus près de l’entreprise
Avant d’accéder aux fonctions de direction, Djibril KA s’est d’abord construit dans la banque commerciale. Son parcours passe notamment par CBAO, la Banque Sénégalo-Tunisienne et Ecobank Sénégal, avant son entrée au Crédit du Sénégal en 2007. Il y débute comme adjoint au Directeur des Grandes Entreprises. Une documentation académique consacrée à l’organisation du Crédit du Sénégal le recensait déjà parmi les responsables de l’activité entreprises, confirmant l’ancienneté de son ancrage dans ce métier.
Cette spécialisation compte. Dans les banques africaines, le Corporate ne consiste pas seulement à distribuer du crédit. Il oblige à comprendre les cycles de trésorerie, les investissements, les chaînes d’approvisionnement, les opérations internationales, les risques sectoriels et la capacité d’une entreprise à absorber de la dette. Djibril KA a progressivement élargi ce socle.
Après la gestion de portefeuilles Corporate, son parcours au Crédit du Sénégal le conduit vers le pilotage du plan stratégique, puis vers des fonctions directement rattachées à la Direction générale. En 2015, il devient chargé de mission auprès de celle-ci. L’année suivante, il prend la direction de la zone industrielle. En mars 2020 intervient un autre changement d’échelle : il accède à la Direction de l’Exploitation.
À ce niveau, le métier n’est plus seulement celui du banquier qui connaît ses clients. Il devient celui du dirigeant qui doit faire fonctionner ensemble plusieurs composantes de la banque. Son périmètre couvrait notamment les activités Corporate et Retail, le Trade Finance, le Cash Management ainsi que des fonctions de middle et de back-office. C’est probablement là que se situe la dimension la plus intéressante de son profil : le passage progressif de la relation commerciale au pilotage d’un dispositif bancaire beaucoup plus transversal.
De Dakar à Brazzaville, Attijariwafa bank joue la circulation de ses cadres
Le passage de Djibril KA du Crédit du Sénégal au Crédit du Congo illustre également une mécanique stratégique des grands groupes bancaires africains : faire circuler les dirigeants entre marchés afin de diffuser les méthodes, les réseaux et les capacités d’exécution.
Il rejoint au Congo une banque détenue à 91 % par Attijariwafa bank et à 9 % par l’État congolais. Le groupe marocain indiquait une part de marché de 9,1 % sur les crédits à fin juin 2025 pour sa filiale congolaise.
Mais un autre indicateur permet de mesurer le terrain sur lequel arrive Djibril KA. Selon les données de la BEAC reprises par l’Agence congolaise d’information, le Crédit du Congo représentait 21,76 % du volume des nouveaux crédits distribués au quatrième trimestre 2025, juste derrière la BSCA à 22,12 %. Les banques congolaises avaient accordé 250,4 milliards de FCFA de nouveaux concours sur le trimestre.
Le sujet est d’autant plus pertinent pour un spécialiste du Corporate que les entreprises occupent une place centrale dans la demande de financement au Congo. L’expérience accumulée par Djibril KA sur les clientèles d’entreprises, les flux, le Trade Finance et le Cash Management devient alors directement lisible à l’aune de son nouveau mandat.
Arriver dans une banque déjà performante change la nature du défi
Djibril KA n’arrive pas dans une institution qu’il faudrait reconstruire. Il rejoint au contraire une filiale déjà rentable. Selon les données financières du groupe citées par EcoMatin, le Crédit du Congo a dégagé 21,83 milliards de FCFA de résultat net en 2025, après un résultat net de 19,679 milliards en 2024 documenté dans les informations financières d’Attijariwafa bank.
C’est précisément ce qui rend sa nomination intéressante.
Dans une banque en croissance, la responsabilité du management ne consiste plus uniquement à développer les volumes. Elle consiste également à préserver la qualité du portefeuille, améliorer la profondeur de la relation client, renforcer les revenus liés aux flux et aux services, soutenir les entreprises sans détériorer le profil de risque et faire progresser l’efficacité opérationnelle.
Or la trajectoire de Djibril KA présente une continuité entre ces différents sujets. Le Corporate lui apporte la lecture de l’entreprise. Le pilotage stratégique lui donne une perspective d’allocation des ressources. L’exploitation l’a confronté à la transformation des orientations commerciales en exécution quotidienne. Sa nomination comme DGA rassemble désormais ces différents apprentissages au niveau de la gouvernance opérationnelle.
Un banquier de l’exploitation face au test congolais
La nouvelle étape de Djibril KA sera donc moins celle de la découverte de la banque que celle de l’adaptation à un nouvel écosystème.
Après près de dix-neuf ans dans l’univers du Crédit du Sénégal et d’Attijariwafa bank, il connaît la culture du groupe, ses métiers et ses mécanismes. Brazzaville lui apporte l’autre variable : un marché nouveau, avec ses entreprises, ses acteurs publics, ses contraintes de financement et ses équilibres concurrentiels.
Sa nomination raconte ainsi quelque chose de plus large que le parcours d’un cadre bancaire sénégalais. Elle illustre la constitution progressive, au sein des groupes financiers panafricains, d’une génération de dirigeants dont la carrière ne se limite plus à un marché national. Les compétences acquises à Dakar peuvent désormais être mobilisées à Brazzaville, Abidjan, Douala ou Libreville selon les priorités du groupe.
Pour Djibril KA, le passage au Crédit du Congo constitue à ce titre un véritable changement d’échelle. Après avoir longtemps dirigé des activités, il entre désormais dans un cercle où l’enjeu sera d’aider à orienter l’ensemble de la banque. Et c’est sur sa capacité à transformer cette connaissance profonde de l’exploitation en création de valeur durable sur le marché congolais que se lira la prochaine étape de son parcours.
Marie O





