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Kasongo K. Alfred, du financement des industries extractives à la gouvernance des institutions

Dans les économies fortement dépendantes des ressources naturelles, la finance n’est jamais un simple métier d’intermédiation. Elle se situe au point de rencontre entre le capital, le risque, la réglementation et les choix de développement. Kasongo K. Alfred a construit son parcours au cœur de cette intersection. De la gestion des portefeuilles miniers et pétroliers en République démocratique du Congo à la direction de filiales bancaires en Afrique centrale, puis aux conseils d’administration, au conseil stratégique et à l’accompagnement des institutions publiques, il a progressivement déplacé son centre de gravité : de l’exécution bancaire vers la gouvernance des organisations.

Cette trajectoire révèle un profil réunissant trois dimensions rarement concentrées dans un même parcours : la connaissance opérationnelle de la banque, la maîtrise des enjeux financiers propres aux industries extractives et l’expérience de la décision au plus haut niveau.

L’école des secteurs stratégiques

Formé en gestion des entreprises à l’Université Paris X-Nanterre, puis en management international à l’École supérieure de gestion de Paris, Alfred Kasongo aborde la finance avec une double lecture : celle de l’entreprise et celle des marchés. Sa carrière prend une dimension structurante en 2001 lorsqu’il rejoint Standard Bank Group en RDC comme responsable du portefeuille Mines et Pétrole.

Pendant sept ans, il évolue dans l’un des segments les plus exigeants du système bancaire congolais. Financer une entreprise minière ou pétrolière impose de comprendre des cycles d’investissement longs, des besoins de capitaux importants, la volatilité des cours, les risques opérationnels, la qualité des contreparties et les contraintes réglementaires. À la tête de ce portefeuille, il doit articuler développement commercial et discipline du risque, tout en inscrivant les opérations locales dans la stratégie africaine du groupe.

Cette période constitue le socle de son expertise. Elle lui apporte une compréhension concrète du lien entre ressources naturelles, système financier et transformation économique. En RDC, où les industries extractives occupent une place centrale dans les exportations et les recettes publiques, le banquier spécialisé ne se contente pas d’accorder des financements. Il doit apprécier la solidité des projets, organiser la relation avec de grands clients industriels et veiller à ce que la recherche de croissance ne compromette pas la qualité du portefeuille.

D’un portefeuille stratégique à la direction de filiales

En juin 2008, Alfred Kasongo rejoint Ecobank Transnational Incorporated. Nommé responsable de la banque de grande clientèle en RDC, il prend en charge le portefeuille Wholesale de la filiale. Son rôle couvre la fixation des objectifs commerciaux, l’accompagnement des responsables de segments, le développement des relations avec les clients stratégiques et la coordination avec les fonctions de crédit et de risque.

Cette responsabilité marque un premier changement d’échelle. Après avoir approfondi deux secteurs majeurs, il élargit son champ d’action à l’ensemble de la clientèle institutionnelle et des grandes entreprises. Il passe ainsi d’une expertise sectorielle à une responsabilité transversale, où la qualité de l’allocation du capital compte autant que la capacité à conquérir de nouveaux clients.

En octobre 2009, Ecobank lui confie la direction de sa filiale à São Tomé-et-Príncipe. Il y pilote la stratégie commerciale et opérationnelle de la banque, tout en représentant l’institution auprès des autorités, du régulateur et de la communauté des affaires. Dans un marché insulaire de taille limitée, la direction générale exige une lecture fine de l’économie locale, une proximité avec les parties prenantes et une utilisation rigoureuse des ressources.

Deux ans plus tard, le groupe lui attribue une mission plus complexe encore : conduire le lancement opérationnel d’Ecobank en Guinée équatoriale, puis organiser la croissance de la nouvelle filiale. Lorsqu’elle devient opérationnelle, cette implantation complète la présence d’Ecobank dans l’ensemble des pays de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale. Alfred Kasongo doit constituer l’équipe, mobiliser les ressources, définir la stratégie de développement, installer les relations avec les autorités et bâtir le portefeuille commercial.

Diriger une banque en création ne relève pas de la seule gestion courante. Il faut transformer un agrément en institution fonctionnelle, construire la confiance autour d’une nouvelle marque et concilier les ambitions du groupe avec les réalités du marché.

En 2015, Alfred Kasongo mettait notamment en avant le rôle du secteur financier dans le développement économique, les possibilités offertes par les crédits syndiqués pour les grands projets et l’apport des services bancaires numériques aux entreprises. Cette lecture révèle une conception de la banque comme infrastructure de croissance : un outil destiné à sécuriser les transactions, répartir les risques et rendre possibles des investissements qu’un seul établissement ne pourrait porter.

Son passage à la tête d’Ecobank Guinée équatoriale, de 2012 à 2017, parachève près d’une décennie au sein du groupe panafricain. Il lui apporte une expérience directe de plusieurs environnements réglementaires et de marchés présentant des niveaux de maturité différents. Cette mobilité renforce une compétence centrale dans la finance africaine : la capacité à appliquer les exigences d’un groupe international sans perdre de vue les spécificités institutionnelles et commerciales de chaque pays.

Le passage de l’exécutif à la gouvernance

À partir de 2018, Alfred Kasongo engage une nouvelle phase de sa carrière. Il devient associé-gérant chargé des services bancaires et financiers au sein de Destcon Advisory & Consultancy. Parallèlement, il intervient comme expert-conseil en banque et finance pour des réseaux internationaux de consultation, notamment GLC et Guidepoint, puis comme directeur consultant à l’international chez Cavendish Management Resources à partir de 2021.

Ce repositionnement prolonge logiquement son expérience de dirigeant. Après avoir pris des décisions dans la banque, il conseille désormais ceux qui doivent les prendre. Son champ d’intervention se situe à la jonction de la stratégie, de la finance, du développement des affaires et de la gouvernance. Il ne quitte donc pas l’univers bancaire ; il en déplace le point d’observation, avec une approche plus large des organisations, des investisseurs et des institutions.

Cette évolution s’accompagne de plusieurs mandats d’administrateur. Alfred Kasongo siège au conseil de NEXOIL RDC SA d’août 2019 à juin 2024, puis comme administrateur non exécutif d’Access Bank en RDC de février 2022 à juin 2024.

Ces responsabilités traduisent le passage du pilotage quotidien à la supervision stratégique. Un administrateur non exécutif doit questionner les orientations, examiner les risques, suivre la performance et contribuer à la qualité des décisions sans se substituer à l’équipe dirigeante. Pour un ancien directeur général de banque, cette position mobilise précisément l’expérience acquise dans la gestion, la conformité, l’allocation du capital et la relation avec les régulateurs.

Depuis janvier 2021, il occupe également la vice-présidence de l’Association des administrateurs du Congo. L’organisation travaille à la professionnalisation de la fonction d’administrateur et à la diffusion de meilleures pratiques de gouvernance en RDC.

Dans un environnement où la solidité des conseils d’administration influence directement la confiance des investisseurs, la maîtrise des risques et la pérennité des entreprises, cette mission dépasse le cadre d’une association professionnelle. Elle participe à la consolidation d’une culture de responsabilité au sommet des organisations congolaises.

Une expertise mobilisée au service de l’État

Entre juin 2024 et août 2025, Alfred Kasongo exerce les fonctions de conseiller financier senior auprès du ministère des Mines de la RDC. Ce passage dans la sphère publique donne une nouvelle portée à son expérience. Après avoir financé les acteurs miniers depuis une banque, puis supervisé des entreprises depuis des conseils d’administration, il intervient au sein de l’institution chargée d’encadrer l’un des secteurs déterminants de l’économie nationale.

La cohérence du parcours apparaît ici avec netteté. Le ministère des Mines évolue dans un espace où se croisent investissements privés, fiscalité, souveraineté économique, exigences sociales, transparence et transformation locale des ressources.

Une expertise bancaire et financière y apporte une lecture indispensable des projets, des flux de capitaux et des arbitrages entre attractivité, rentabilité et intérêt public. Son expérience ne garantit pas à elle seule la qualité des politiques conduites, mais elle lui donne les instruments nécessaires pour comprendre les mécanismes financiers qui sous-tendent les décisions minières.

Aujourd’hui, Alfred Kasongo poursuit ses activités de conseil international, de consultation financière et d’accompagnement stratégique, tout en assumant sa responsabilité au sein de l’Association des administrateurs du Congo. Son parcours dessine moins une succession de fonctions qu’une progression continue vers les lieux où se définissent les règles, s’évaluent les risques et s’orientent les capitaux.

Dans une RDC qui cherche à mieux convertir ses ressources naturelles en investissements productifs, à renforcer la gouvernance de ses entreprises et à accroître la profondeur de son système financier, ce type de profil occupe une place particulière.

Alfred Kasongo incarne le passage du banquier qui finance l’économie au professionnel de gouvernance qui contribue à en structurer les décisions. Sa trajectoire rappelle surtout qu’en matière de développement, la mobilisation du capital ne suffit pas : la qualité des institutions qui l’orientent demeure décisive.

Mérimé Wilson

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