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Thierry Naweji, l’architecte discret du corridor économique entre la RDC et l’Afrique du Sud

À la croisée des intérêts miniers congolais, des capacités industrielles sud-africaines et des besoins énergétiques de la République démocratique du Congo, Thierry Naweji occupe depuis plus d’une décennie une position singulière. L’entrepreneur congolais ne s’est pas construit une notoriété autour d’une marque grand public ou d’une entreprise omniprésente dans les médias. Son influence s’exerce dans un espace plus stratégique : celui de la mise en relation des capitaux, des compétences techniques, des institutions et des opportunités d’investissement entre la RDC et l’Afrique australe.

Président exécutif et cofondateur de la Chambre de commerce SA–RDC, Thierry Naweji travaille à transformer la proximité géographique et politique entre les deux pays en partenariats économiques concrets. Son parcours l’a également conduit vers l’énergie hydroélectrique, avec Scion Energy DRC, et vers les débats structurants sur l’avenir des minerais critiques congolais.

Son profil est celui d’un bâtisseur d’interfaces économiques, à l’intersection de l’entrepreneuriat, de l’ingénierie, de la diplomatie commerciale et du développement de projets.

Construire un pont entre deux économies complémentaires

La présence publique de Thierry Naweji à la tête de la Chambre de commerce SA–RDC remonte au moins à 2013. Cette année-là, il participe en qualité de président de l’organisation à un forum réunissant des dirigeants d’entreprise, des diplomates et des responsables gouvernementaux congolais autour des possibilités d’investissement en République démocratique du Congo.

Cette continuité traduit un positionnement de long terme. La Chambre ne se limite pas à promouvoir les relations protocolaires entre Kinshasa et Pretoria. Elle entend faciliter les échanges commerciaux, fournir aux entreprises des informations sur les marchés, identifier des partenaires et favoriser l’émergence de projets communs.

Le rôle de Thierry Naweji consiste ainsi à intervenir dans l’un des domaines les plus complexes du commerce africain : la transformation des intentions d’investissement en relations opérationnelles. Entre les différences réglementaires, les contraintes logistiques, la connaissance imparfaite des marchés et la nécessité de construire des réseaux de confiance, les entreprises étrangères ont besoin d’intermédiaires capables de comprendre les deux environnements.

Son implantation en Afrique du Sud, associée à sa connaissance de l’économie congolaise, lui permet d’évoluer au sein de ces deux réalités. D’un côté, l’Afrique du Sud dispose de banques, de sociétés d’ingénierie, d’entreprises minières et de groupes industriels capables d’accompagner le développement de grands projets. De l’autre, la RDC possède d’importantes ressources minières, énergétiques et agricoles, mais demeure confrontée à des déficits d’infrastructures, de financement et d’électricité.

C’est dans cet espace de complémentarité que Thierry Naweji a installé son action.

De la diplomatie commerciale au développement de projets

La trajectoire de Thierry Naweji ne se limite pas à la représentation des intérêts d’affaires. Son parcours en génie électrique l’a rapproché de l’un des défis les plus déterminants pour l’économie congolaise : l’approvisionnement énergétique des industries.

En 2020, Scion Energy DRC est créée pour développer des projets hydroélectriques de petite et moyenne capacité en République démocratique du Congo. Thierry Naweji participe à l’identification des possibilités de développement avant d’être nommé directeur général de la structure.

Le modèle défendu par l’entreprise consiste à produire une énergie de base destinée notamment aux clients industriels et miniers, tout en intégrant les retombées économiques attendues pour les communautés établies autour des projets.

Ce positionnement répond à une réalité fondamentale. La RDC peut disposer de gisements miniers stratégiques, attirer des investisseurs et développer des unités de transformation, mais aucune industrialisation durable n’est possible sans une alimentation électrique stable. Dans les provinces minières, l’énergie n’est pas seulement un service public : elle constitue un facteur de production, de compétitivité et de sécurisation des investissements.

En reliant hydroélectricité et industrie minière, Thierry Naweji se place donc au cœur d’une chaîne de valeur décisive. Son approche dépasse la simple fourniture d’équipements. Elle s’inscrit dans une logique de développement de projets, de mobilisation de partenaires et de rapprochement entre producteurs d’énergie et consommateurs industriels.

L’enjeu réside désormais dans la matérialisation de cette ambition. Le passage de l’identification d’un potentiel hydroélectrique à la mise en service d’une centrale exige des études techniques, des autorisations, des accords fonciers, des contrats d’achat d’électricité et des financements de long terme. La capacité à franchir ces différentes étapes déterminera la portée industrielle de Scion Energy DRC.

Les minerais critiques au centre de son discours économique

Ces dernières années, Thierry Naweji a renforcé sa présence dans les rencontres consacrées au cuivre, au cobalt, aux métaux pour batteries et à la transition énergétique. Il intervient dans ces espaces en qualité de président exécutif de la Chambre de commerce SA–RDC, avec un message constant : la coopération entre la RDC et l’Afrique du Sud peut devenir un levier de développement industriel régional.

La RDC occupe une position stratégique dans l’économie mondiale grâce à ses ressources en cuivre et en cobalt. L’Afrique du Sud possède, pour sa part, une industrie minière ancienne, des compétences techniques, des fournisseurs d’équipements, des institutions financières et une expérience développée dans la gestion des grands projets extractifs.

Pour Thierry Naweji, ces capacités doivent être mises en commun. Les entreprises sud-africaines peuvent renforcer leur présence dans le Copperbelt congolais, tandis que la RDC peut tirer parti de l’expertise industrielle et financière disponible en Afrique du Sud.

Cette coopération ne peut cependant produire tout son potentiel sans infrastructures régionales. Thierry Naweji défend notamment la modernisation des corridors ferroviaires afin de faciliter la circulation des minerais, des équipements et des produits transformés. Cette orientation inscrit son action dans une vision plus large que la simple relation bilatérale : celle d’une intégration économique de l’Afrique australe organisée autour de chaînes de valeur industrielles.

Sa participation aux forums consacrés aux métaux pour batteries et aux énergies renouvelables destinées aux mines confirme cette orientation. Il se positionne au point de rencontre entre les ressources du sous-sol, l’énergie nécessaire à leur exploitation et les infrastructures permettant leur commercialisation.

Un entrepreneur de réseaux et de structures

Les registres d’entreprises sud-africains associent également Thierry Naweji, sous le nom de Naweji Ikumba Kankwala, à plusieurs structures privées, notamment ITEC Solutions, DRC Chamber Investment, Baylos Investment Group et Katanga Business Street.

Ces différents mandats dessinent un écosystème entrepreneurial orienté vers l’investissement, le développement d’affaires et les relations économiques régionales. Ils révèlent aussi une stratégie fondée sur la création de véhicules capables d’accueillir des opérations dans plusieurs secteurs.

Le modèle entrepreneurial de Thierry Naweji repose ainsi moins sur l’exposition médiatique que sur la capacité à construire des plateformes. La Chambre rassemble les acteurs. Les structures d’investissement peuvent porter les opportunités. Scion Energy DRC apporte une orientation sectorielle dans l’hydroélectricité. Les forums économiques offrent enfin des espaces de dialogue avec les gouvernements, les investisseurs et les groupes industriels.

Cette architecture explique la nature particulière de son influence. Thierry Naweji ne se situe pas exclusivement dans l’exploitation d’un actif ou la direction d’une entreprise industrielle. Il agit comme organisateur d’écosystèmes, facilitateur de partenariats et promoteur de projets à la frontière des secteurs public et privé.

Le défi de la transformation économique

Après plus d’une décennie consacrée au rapprochement des milieux d’affaires congolais et sud-africains, Thierry Naweji se trouve face à un enjeu central : convertir la qualité de ses réseaux en résultats économiques mesurables.

La pertinence de son positionnement ne fait guère de doute. La RDC a besoin de capitaux, d’électricité, d’infrastructures et de partenaires techniques pour transformer son potentiel minier en développement industriel. L’Afrique du Sud cherche de nouveaux relais de croissance sur le continent et possède de nombreuses compétences pouvant répondre à ces besoins.

La prochaine étape consistera à faire émerger des projets documentés, financés et exécutés : centrales hydroélectriques, partenariats industriels, infrastructures logistiques et investissements créateurs de valeur locale. C’est sur ce terrain que se mesurera la capacité de Thierry Naweji à passer de la facilitation économique à la construction d’actifs durables.

Son parcours raconte déjà une conviction : les ressources congolaises ne produiront leur pleine valeur qu’en étant reliées à l’énergie, au capital, à l’expertise et aux marchés régionaux. En plaçant la coopération entre la RDC et l’Afrique du Sud au centre de cette équation, Thierry Naweji travaille à bâtir un corridor économique dont l’importance pourrait s’accroître avec la montée mondiale des minerais critiques.

Mérimé Wilson

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