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Arlette Alfa Mboyo, de la maîtrise des opérations à la présidence de BANK OF AFRICA-RDC

Dans l’univers bancaire, la présidence d’un conseil d’administration engage une forme particulière de pouvoir : celle qui fixe les orientations, surveille les risques, interroge les décisions stratégiques et veille à l’équilibre entre croissance, rentabilité et conformité. Depuis septembre 2025, Arlette Alfa Mboyo exerce cette responsabilité à la tête du conseil d’administration de BANK OF AFRICA-RDC. Une fonction qui prolonge une trajectoire construite au cœur de la finance, de la banque commerciale, du commerce international, du développement du secteur privé et du conseil réglementaire.

Son parcours raconte une progression cohérente : de la production des chiffres à leur interprétation, de la relation client au pilotage d’équipes, de l’exécution bancaire à l’entrepreneuriat, puis de l’expertise opérationnelle à la gouvernance. Cette diversité constitue aujourd’hui le principal marqueur de son profil. Arlette Alfa Mboyo ne découvre pas la banque depuis la salle du conseil. Elle en connaît les mécanismes, les exigences commerciales, les contraintes réglementaires et les arbitrages de terrain.

Une formation financière éprouvée à l’international

La première architecture de son parcours se dessine en Irlande. À Maynooth University, elle obtient un bachelor en finance entre 2004 et 2007. Elle poursuit sa spécialisation au Dublin Institute of Technology, où elle décroche en 2009 un master en finance d’entreprise, banque, finance et droit des valeurs mobilières.

Cette formation lui apporte une compréhension structurée du capital, des instruments financiers et des mécanismes de décision qui gouvernent les institutions bancaires. Elle ne reste cependant pas cantonnée à la théorie. Dès juillet 2007, elle rejoint International Fund Services Ireland, une société du groupe State Street, comme comptable de fonds.

Cette première expérience l’installe dans un environnement où la qualité de l’information financière, la précision des traitements et le respect des procédures constituent des exigences fondamentales. La comptabilité de fonds impose une discipline particulière : chaque opération doit être documentée, chaque position réconciliée et chaque écart expliqué. Cette culture de la rigueur formera le socle technique de la suite de sa carrière.

Le retour en RDC et l’apprentissage des opérations

Revenue en République démocratique du Congo, Arlette Alfa Mboyo entre dans une économie dont les besoins financiers sont immenses, mais où les entreprises doivent composer avec la complexité des procédures, la réglementation de change, les circuits d’importation et la disponibilité du financement.

Entre 2009 et 2011, elle exerce d’abord comme responsable des opérations chez ALPHA SARL, avant de rejoindre SOFIBANK en qualité de responsable du commerce extérieur. Cette étape marque un déplacement important dans son parcours. Elle passe de l’administration financière à la gestion concrète des flux internationaux, un domaine stratégique dans une économie fortement dépendante des importations et portée par les exportations minières.

Le commerce extérieur bancaire ne consiste pas uniquement à traiter des documents. Il exige de comprendre les contrats, les moyens de paiement, les délais, les risques de contrepartie, les obligations de rapatriement ainsi que les réglementations douanières et de change. Arlette Alfa Mboyo acquiert ainsi une lecture transversale des opérations qui relient les banques, les entreprises, les fournisseurs internationaux et les administrations publiques.

Ecobank, l’école du management bancaire

Son passage chez Ecobank RDC, entre août 2011 et mai 2015, lui permet de franchir plusieurs paliers de responsabilité. Elle commence comme chargée de clientèle Retail, rejoint ensuite le segment des petites et moyennes entreprises, puis dirige successivement des agences bancaires.

Cette progression révèle une capacité à évoluer de la gestion de portefeuilles vers le management d’unités commerciales. La relation avec les particuliers lui apporte une compréhension des attentes de proximité. Le portefeuille PME la confronte aux problématiques de financement, de trésorerie et de développement des entreprises. La direction d’agence élargit enfin son champ de responsabilité au pilotage commercial, aux opérations, au contrôle, à la qualité de service et à l’encadrement des équipes.

Dans un marché bancaire où la conquête de nouveaux clients doit rester compatible avec la maîtrise du risque, la direction d’agence constitue un poste d’observation décisif. Elle place le manager à la jonction entre les objectifs du siège et les réalités du marché. Arlette Alfa Mboyo y consolide une compréhension pratique de la banque : celle des clients, des équipes et des contraintes d’exécution.

Elle rejoint ensuite Standard Bank Group comme banquière transactionnelle et responsable de produits. Cette fonction la rapproche des solutions de paiement, de la gestion des flux et des besoins opérationnels des entreprises. Elle complète ainsi son expérience commerciale par une exposition plus spécialisée à la conception et au pilotage de services bancaires.

De la banque au développement des marchés

En octobre 2016, Arlette Alfa Mboyo rejoint Adam Smith International dans le cadre du programme ÉLAN RDC. Elle occupe pendant plus de deux ans le poste de responsable technique provinciale pour la région Ouest, couvrant Kinshasa et le Kongo-Central.

Ce changement d’environnement constitue l’un des tournants les plus significatifs de son parcours. Elle ne travaille plus seulement sur la performance d’une institution financière, mais sur le fonctionnement des marchés et sur les conditions permettant au secteur privé de produire davantage d’opportunités économiques. ÉLAN RDC intervient alors dans plusieurs secteurs, dont l’agriculture, la finance, les énergies renouvelables et le transport, avec l’objectif de soutenir une croissance plus inclusive.

En 2019, elle poursuit cette expérience comme consultante spécialisée dans l’égalité de genre et l’inclusion sociale. Ce mandat ajoute une dimension essentielle à sa lecture de l’économie congolaise : l’efficacité d’un marché ne se mesure pas uniquement au volume des transactions, mais également à sa capacité à intégrer les femmes, les populations à faibles revenus et les acteurs traditionnellement éloignés des circuits économiques formels.

Cette séquence professionnelle lui permet de relier banque, développement du secteur privé et inclusion. Elle enrichit également son approche de la gouvernance, appelée à concilier performance financière, impact économique et responsabilité sociale.

Akili Consulting, le passage à l’entrepreneuriat

En janvier 2019, Arlette Alfa Mboyo devient associée gérante d’Akili Consulting. Elle transforme alors son expérience du commerce extérieur, de la banque et de la réglementation en une offre de conseil destinée aux opérateurs économiques.

Le cabinet accompagne les entreprises dans la gestion des risques opérationnels et réglementaires liés aux importations, aux exportations, aux opérations de change, aux procédures douanières et à la législation minière. Il intervient auprès de secteurs particulièrement exposés à ces problématiques, notamment les mines, le pétrole et le gaz, les services financiers ainsi que le commerce international.

Cette activité entrepreneuriale traduit un passage de l’expertise exercée au sein d’une organisation à la construction d’un outil de conseil. En 2020, lors du Mining Indaba en Afrique du Sud, Arlette Alfa Mboyo présentait déjà l’accompagnement du cabinet comme un moyen de permettre aux entreprises de rester concentrées sur leur cœur de métier, tandis qu’Akili Consulting assurait le suivi des exigences réglementaires entourant leurs opérations d’import-export.

Dans l’économie congolaise, cette expertise répond à un enjeu central. Les entreprises opérant dans les mines, les hydrocarbures ou le commerce international évoluent dans un environnement où une mauvaise maîtrise des procédures peut entraîner des retards, des contentieux ou des pénalités. La conformité devient alors moins une contrainte administrative qu’un instrument de sécurisation des activités et de protection de la rentabilité.

Une présidence construite dans le temps

Arlette Alfa Mboyo rejoint le conseil d’administration de BANK OF AFRICA-RDC en juin 2022 comme administratrice non exécutive. Sa nomination à la tête du conseil en septembre 2025 consacre donc une évolution interne plutôt qu’une arrivée extérieure. Elle dispose déjà d’une connaissance de la banque, de son environnement de gouvernance et de ses enjeux stratégiques.

Cette distinction est importante. En tant que présidente du conseil, elle ne se substitue pas à la direction générale. Sa responsabilité consiste à organiser la qualité de la gouvernance, à favoriser des délibérations exigeantes, à superviser l’exécution des orientations et à maintenir l’attention du conseil sur les risques, la solidité financière, la conformité et la création de valeur durable.

Son expérience lui offre plusieurs angles de lecture complémentaires. L’ancienne directrice d’agence connaît les exigences du réseau et de la clientèle. La banquière transactionnelle comprend les besoins des entreprises. La spécialiste du commerce extérieur maîtrise les risques liés aux flux transfrontaliers. La consultante saisit les contraintes du secteur privé. L’entrepreneure mesure enfin ce que les entreprises attendent concrètement de leur banque.

Sa présidence intervient dans un contexte où les établissements financiers congolais doivent simultanément consolider leur gouvernance, renforcer leurs dispositifs de conformité, accélérer leur transformation numérique et élargir leur capacité à financer l’économie réelle. La question n’est plus seulement de collecter des dépôts et d’accorder des crédits. Les banques doivent construire des modèles capables de répondre aux besoins des particuliers, des PME, des grandes entreprises et des acteurs du commerce régional tout en maintenant une discipline rigoureuse du risque.

À cette trajectoire professionnelle s’ajoute, depuis 2014, son engagement comme cofondatrice et présidente de l’ONG Blessed to Bless. Cette continuité témoigne d’une volonté de maintenir un lien entre responsabilité économique et engagement social, sans confondre les deux registres.

À la présidence de BANK OF AFRICA-RDC, Arlette Alfa Mboyo entre désormais dans une phase où son parcours sera évalué à l’aune de la qualité des arbitrages collectifs. Dans un secteur confronté aux impératifs de conformité, de transformation numérique, de financement des entreprises et d’élargissement de l’accès aux services financiers, sa mission consiste à contribuer à une gouvernance capable de protéger l’institution tout en accompagnant son développement.

Son ascension ne repose pas sur une rupture spectaculaire. Elle procède d’une accumulation méthodique d’expériences : compter, contrôler, vendre, manager, conseiller, entreprendre et gouverner. C’est précisément cette continuité qui donne du relief à son arrivée à la tête du conseil d’administration de BANK OF AFRICA-RDC.

Mérimé Wilson

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