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Albert Roger Boum, de l’école Total aux commandes de Puma Energy Congo

Nommé directeur général de Puma Energy au Congo-Brazzaville, le Camerounais Albert Roger Boum apporte un parcours qui relie l’audit, la distribution pétrolière, le gaz et la logistique maritime. Son arrivée ouvre une nouvelle étape pour un acteur important du marché congolais, engagé dans un processus de cession de ses activités locales.

Le 13 octobre 2026, à Brazzaville, la succession à la tête de Puma Energy prend une dimension institutionnelle. Albert Roger Boum est reçu par Maixent Raoul Ominga, directeur général de la Société nationale des pétroles du Congo, en présence de Stéphane Nuetsha, le dirigeant sortant de Puma Energy, et d’Alain Etsonn, directeur des opérations. Le nouveau patron entre ainsi en contact avec un partenaire central de l’entreprise.

Cette rencontre rappelle une réalité essentielle du métier : la performance d’un distributeur pétrolier ne se construit pas uniquement dans ses stations-service. Elle dépend aussi de sa place dans une chaîne qui associe approvisionnement, raffinage, stockage et transport. Au Congo, la SNPC intervient sur l’ensemble de cette chaîne à travers ses activités et ses filiales. Pour Albert Roger Boum, comprendre les interdépendances entre ces métiers constitue précisément l’un des fils conducteurs de sa carrière.

Une formation technique, une entrée par les comptes

Avant les directions générales, il y a une double formation. Albert Roger Boum étudie à l’École polytechnique de Yaoundé entre 1985 et 1990, puis à l’ESSEC entre 1990 et 1992. Il complète ultérieurement ce parcours par une formation en management général à l’ESSEC Executive Education, en 2010-2011. L’ingénierie et la gestion constituent ainsi les deux composantes de son socle académique.

Son entrée dans la vie professionnelle s’effectue pourtant par l’audit. Entre 1993 et 1996, il travaille chez Ernst & Young à Douala, où il progresse jusqu’à la conduite de missions. Il rejoint ensuite l’audit interne de Total Cameroun, en 1996. À partir de 1998, ses responsabilités s’élargissent aux produits spéciaux : gaz de pétrole liquéfié, lubrifiants, aviation, bitumes et soutage.

Cette transition est importante pour comprendre son profil. Il passe de l’examen des comptes et des procédures à des activités où les décisions commerciales doivent rester compatibles avec les contraintes techniques et logistiques. Sa trajectoire ne se limite donc pas à la vente de carburants : elle se construit au croisement du contrôle, de l’exploitation et du développement commercial.

De la direction d’une filiale à la stratégie du GPL

L’expérience internationale s’affirme en Centrafrique. De 2002 à 2005, Albert Roger Boum y exerce les fonctions de directeur commercial et exploitation de Total. Son périmètre associe le suivi du réseau et des grands comptes à la coordination des approvisionnements, des achats, de la maintenance et de la logistique. Il prend ensuite la direction générale de Total en Gambie, de 2005 à 2009, avec la supervision des opérations commerciales, financières et sociales de la filiale.

En 2009, il rejoint les activités internationales de Totalgaz, avant d’exercer des responsabilités de développement dans la branche GPL du groupe. Il travaille notamment sur l’accompagnement stratégique des filiales, les revues d’activité et le renforcement des compétences. Le changement d’échelle est net : après la gestion d’un marché national, il intervient sur des problématiques communes à plusieurs entités.

Le GPL devient un domaine de spécialisation suffisamment structurant pour nourrir une démarche entrepreneuriale. En 2018, il crée ASYLONE Engineering & Consulting, orientée vers la requalification et la maintenance des bouteilles de gaz, ainsi que PROXIGAZ Cameroun, dont le projet porte sur l’organisation de la distribution, notamment la livraison à domicile.

Ces initiatives déplacent son regard vers deux maillons très concrets du marché : la fiabilité du contenant et l’accès du consommateur au produit. Elles prolongent son expérience industrielle tout en la confrontant à une autre responsabilité, celle de construire une offre et d’en trouver les débouchés.

Gulfcam, l’élargissement à la logistique maritime

Une nouvelle étape intervient le 18 novembre 2021 avec sa nomination à la direction générale de Gulfcam. L’entreprise est issue du rapprochement entre le distributeur pétrolier Gulfin et le caboteur Camship-CLGG. Elle réunit des activités de distribution de produits pétroliers, de transport maritime de conteneurs et d’hydrocarbures, de transit et de consignation.

Pour Albert Roger Boum, ce poste élargit encore le champ de la décision. Il ne s’agit plus seulement de commercialiser un produit énergétique, mais aussi de travailler sur les moyens de son acheminement et sur l’organisation des échanges. Le portefeuille de Gulfcam comprend également le négoce et le soutage maritime, donnant à sa direction une lecture transversale des flux pétroliers et portuaires.

Un projet défendu publiquement en octobre 2025 éclaire cette approche. À l’occasion des célébrations des 150 ans du port de Douala, il présente la relance du cabotage conteneurisé entre Kribi et Douala comme une alternative aux difficultés du transport routier. La démarche exposée est progressive : affréter d’abord des navires, développer le marché, puis envisager l’acquisition d’une flotte.

L’intérêt de cet épisode tient autant au projet qu’à la méthode annoncée. Le point de départ est une contrainte économique identifiable, le déplacement des marchandises entre deux plateformes portuaires. La réponse proposée articule capacité de transport, coût unitaire et montée en charge commerciale. Cette manière de relier infrastructure et clientèle offre une grille de lecture utile de son parcours, sans préjuger des résultats du projet.

Au Congo, une position commerciale à préserver

Chez Puma Energy Congo, Albert Roger Boum prend la tête d’une entreprise qui dispose déjà d’un poids significatif. Dans son rapport d’assistance technique publié en 2025, le Fonds monétaire international situait la part de Puma à environ 30 % du marché des produits raffinés au début de 2024, contre 29 % pour TotalEnergies. Ce repère historique souligne l’importance de l’activité qui lui est confiée.

L’offre présentée par Puma Energy pour la République du Congo associe distribution en stations-service, carburants destinés aux entreprises et lubrifiants. Elle implique donc plusieurs relations commerciales : celle avec l’automobiliste, celle avec le gestionnaire de flotte et celle avec le client industriel. Les attentes diffèrent, mais se rejoignent sur la disponibilité du produit et la fiabilité du service.

Le contexte congolais impose également une lecture attentive de l’organisation du secteur. Le rapport du FMI décrit une forte articulation entre la SNPC, la raffinerie CORAF, la Société commune de logistique et les distributeurs. Il souligne aussi le rôle des prix et des marges réglementés. Dans un tel environnement, la qualité de l’exécution, la maîtrise des coûts et la coordination avec les partenaires prennent une importance particulière.

C’est sur ce terrain que son expérience peut trouver sa pertinence : faire travailler ensemble les fonctions commerciales, opérationnelles et financières, plutôt que traiter chacune comme un périmètre séparé.

Une prise de fonction dans un contexte de cession annoncée

Sa nomination intervient toutefois dans une séquence qui dépasse le seul renouvellement de la direction. Dans ses résultats publiés le 26 août 2026, Puma Energy a annoncé avoir signé, en juin, un accord de cession de ses activités de distribution en République du Congo. Le groupe précisait alors que l’opération restait soumise aux conditions habituelles de clôture, notamment aux autorisations réglementaires.

La Commission de la CEMAC avait, le 28 juillet 2026, publié un avis concernant le projet d’acquisition de Puma International Congo par Rhino Distribution Ltd, société de droit mauricien détenue à 100 % par Rhino Trust. L’opération avait été notifiée à la Commission le 25 juin.

Sans préjuger de l’issue de cette transaction, cette perspective donne une importance supplémentaire à la continuité de l’exploitation. Un changement d’actionnariat annoncé peut modifier les attentes envers la direction, mais il ne suspend ni les besoins des clients ni les obligations de l’entreprise. Maintenir la cohésion des équipes, préserver les relations avec les partenaires et assurer la qualité du service constituent alors des critères essentiels d’appréciation du management.

Le parcours d’Albert Roger Boum lui donne plusieurs points d’appui pour aborder cette étape. Il a connu les procédures d’un grand groupe, la responsabilité d’une filiale, la spécialisation dans le gaz et l’élargissement à la logistique. Mais une nomination ne vaut pas encore bilan. Au Congo, sa contribution se mesurera à des résultats concrets : une exploitation fiable, des clients fidélisés, des risques maîtrisés et des équipes capables de soutenir la performance dans la durée.

Son nouveau mandat pose finalement une question simple : comment transformer une expérience diversifiée en efficacité collective, dans une entreprise dont l’environnement évolue ? C’est dans cette réponse opérationnelle, davantage que dans le seul prestige du poste, que se jouera ce nouveau chapitre.

Mérimé Wilson

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