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Nelson Cishugi, l’entrepreneur qui fait des compétences numériques un levier de transformation économique au Congo

De ses débuts dans les télécommunications à Kinshasa à la création de Lopango à Brazzaville, Nelson Cishugi a construit une trajectoire singulière, à la croisée de l’entrepreneuriat technologique, de la formation et de l’innovation. Expert certifié, ancien bénéficiaire du Mandela Washington Fellowship et formateur actif dans plusieurs pays africains, il défend une conviction : la transformation numérique du continent ne peut réussir sans une véritable maîtrise locale des technologies.

Lors du Salon de la communication (SACOM) 2026, à Brazzaville, Nelson Cishugi choisit une anecdote révélatrice pour illustrer la révolution technologique en cours. Celle d’un maçon utilisant ChatGPT en lingala pour traduire un devis. Derrière cette scène du quotidien se dessine une réalité économique majeure : l’intelligence artificielle quitte progressivement les cercles spécialisés pour entrer dans les métiers ordinaires. Mais pour l’entrepreneur, l’enjeu dépasse l’adoption des outils. Il concerne la capacité des Africains à les comprendre, à les adapter à leurs réalités et à en tirer une valeur économique durable.

Cette lecture du numérique traverse son parcours professionnel. Associé-gérant de Lopango, entreprise technologique basée à Brazzaville, Nelson Cishugi appartient à cette génération d’entrepreneurs qui ne dissocient pas innovation, développement des compétences et création de valeur. Son ambition consiste moins à importer des solutions technologiques qu’à développer les capacités nécessaires à leur appropriation par les entreprises et les talents africains.

De Kinshasa à Brazzaville, une trajectoire construite par l’apprentissage

L’histoire professionnelle de Nelson Cishugi commence dans les télécommunications, au sein de Vodacom à Kinshasa. Il y fait ses premiers pas dans un centre d’appels avant d’évoluer vers des responsabilités commerciales et marketing. Cette expérience lui permet de découvrir les exigences de la relation client, les mécanismes de commercialisation des services et l’importance croissante du numérique dans les stratégies d’entreprise.

Mais son intérêt pour les technologies créatives l’amène à changer de direction. Il quitte l’opérateur pour approfondir, en grande partie par l’autoformation, ses compétences en conception graphique, en développement web et en production de contenus numériques.

Cette démarche le conduit à obtenir la certification Adobe Certified Expert, à laquelle s’ajoutent des qualifications sur les outils Microsoft et en gestion de projets, notamment PRINCE2.

En 2010, il rejoint Brazzaville et intègre Silicom, une entreprise spécialisée dans l’impression numérique. Il y occupe successivement des fonctions liées à la création, au marketing et à la communication, avant d’accéder au poste de directeur général adjoint.

Cette progression constitue une étape déterminante. Son expertise technique s’enrichit d’une expérience managériale, tandis que sa compréhension des entreprises évolue vers les questions de stratégie, d’organisation et de développement commercial.

En 2013, il quitte Silicom pour s’orienter vers le conseil et l’entrepreneuriat.

Lopango, la technologie pensée à partir des besoins du marché africain

Avec Lopango, Nelson Cishugi cherche à répondre à une problématique concrète : comment permettre aux entreprises de tirer davantage de valeur de leur relation avec les consommateurs grâce aux outils numériques ?

L’entreprise, dont la création est située en 2018, développe initialement un modèle articulant accès à Internet, publicité ciblée et exploitation des données commerciales. Le principe consiste à proposer aux utilisateurs une connexion Wi-Fi financée par des contenus publicitaires, tout en permettant aux entreprises partenaires de mieux comprendre les comportements et les attentes de leur clientèle.

Présentée publiquement en 2020, cette approche repose sur une intuition économique : dans des marchés où les entreprises disposent parfois de peu de données structurées sur leurs clients, l’information peut devenir un instrument d’amélioration de la performance commerciale.

L’intérêt du projet réside également dans sa conception d’un modèle adapté aux contraintes locales, notamment le coût de la connectivité et la nécessité pour les entreprises de disposer d’outils commerciaux accessibles.

Au-delà de cette activité initiale, Lopango s’inscrit dans les domaines des services numériques, de l’accompagnement stratégique et de la montée en compétences. Son évolution illustre les possibilités, mais aussi les exigences, de l’entrepreneuriat technologique en Afrique centrale, où la pertinence d’une solution doit se traduire par des usages réels, un modèle économique soutenable et une adoption durable.

Une expertise africaine renforcée par une expérience internationale

En 2016, Nelson Cishugi est sélectionné pour le Mandela Washington Fellowship, dans le cadre de la Young African Leaders Initiative (YALI). Il suit un programme de formation entrepreneuriale à Austin, aux États-Unis, au sein d’un groupe de jeunes dirigeants africains.

Cette expérience marque un approfondissement de son approche du management. Au-delà des enseignements techniques, il découvre d’autres méthodes de pilotage financier, de gouvernance et de structuration des projets entrepreneuriaux.

Il bénéficie également du programme de la Tony Elumelu Foundation, consacré à l’accompagnement des entrepreneurs africains.

Ces expériences internationales viennent renforcer une compétence déjà développée sur le terrain : la capacité à faire dialoguer les méthodes de management, les technologies et les réalités économiques des marchés africains.

Son activité de formation prend progressivement une dimension régionale. Le parcours présenté à la Rencontre des entrepreneurs francophones fait état de plus de 5 000 personnes formées dans au moins huit pays africains, parmi lesquels la République du Congo, la RDC, le Rwanda, le Burundi, le Gabon et la Côte d’Ivoire.

Ses interventions concernent aussi bien des professionnels que des entrepreneurs, des étudiants et des organisations confrontées aux enjeux de transformation digitale. Son expérience comprend notamment des missions auprès d’entreprises comme MTN, UBA, BCI et MUCODEC, ainsi que d’organismes internationaux.

Former les talents pour transformer durablement l’économie

L’une des caractéristiques du positionnement de Nelson Cishugi réside dans la place qu’il accorde à la transmission des connaissances.

Bien avant la popularisation de l’intelligence artificielle générative, il travaille déjà à rendre les compétences numériques plus accessibles. Avec Mapinga, il développe des initiatives de formation, dont Mapinga Business Académie, un concept présenté en 2020 autour de l’utilisation de WhatsApp comme support d’apprentissage.

Cette démarche répond à une contrainte fréquente dans les économies africaines : permettre l’accès à des formations professionnelles sans imposer des infrastructures coûteuses ou des dispositifs difficilement accessibles.

La formation constitue également pour lui un moyen de rapprocher les jeunes du marché du travail. Cette orientation trouve une illustration concrète dans sa collaboration avec la MTN Skills Academy au Congo. Lopango a notamment accueilli dans son équipe Serdy Ndzodzouo, un apprenant issu de ce programme, démontrant comment une initiative de formation peut déboucher sur une expérience professionnelle.

Dans une économie où la transformation digitale exige autant de nouvelles compétences que de nouveaux investissements, cette articulation entre formation, entrepreneuriat et employabilité représente un enjeu stratégique.

L’intelligence artificielle, un nouveau chapitre de son engagement

En 2026, Nelson Cishugi intervient régulièrement sur les enjeux d’intelligence artificielle, de données et de transformation des métiers.

Lors du SACOM, son discours insiste sur une distinction essentielle : la technologie ne remplace pas automatiquement la connaissance des marchés. Les modèles d’intelligence artificielle offrent des capacités considérables, mais les informations locales, la compréhension des usages et le jugement humain demeurent déterminants.

Cette position trouve un écho particulier dans les économies congolaises. Le développement de l’IA ouvre des perspectives pour les entreprises, qu’il s’agisse d’automatiser certaines opérations, d’améliorer le marketing, de structurer l’information ou d’accroître la productivité. Mais ces bénéfices restent conditionnés à la qualité des données, à la formation des utilisateurs et à la capacité des organisations à intégrer les nouveaux outils dans leurs processus.

Parallèlement, l’entrepreneur poursuit ses interventions sur les questions de management. En mai 2026, il anime notamment une session consacrée à la motivation des collaborateurs auprès des équipes d’UBA Congo. Il participe également aux initiatives de formation et de développement personnel portées par l’organisation patronale Unicongo.

Cette diversification de ses interventions traduit un positionnement qui dépasse la seule maîtrise des logiciels. Elle place l’humain, les méthodes de travail et la capacité d’apprentissage au centre de la performance des organisations.

De Kinshasa à Brazzaville, des métiers créatifs à la gestion d’entreprise, de la formation professionnelle aux usages de l’intelligence artificielle, Nelson Cishugi a progressivement construit son activité autour d’une même question : comment transformer la connaissance technologique en capacité économique ?

Pour Lopango comme pour les organisations qu’il accompagne, le défi est désormais celui du passage à l’échelle : renforcer l’impact des formations, consolider les modèles économiques et démontrer les gains de productivité liés à l’adoption du numérique. Une équation particulièrement importante pour le Congo, dont la diversification économique dépendra aussi de sa capacité à développer des entreprises compétitives et des compétences adaptées aux mutations technologiques.

Mérimé Wilson

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