Fondatrice et CEO de Kobo Hub, Sidonie Latere organise l’accompagnement des entrepreneurs autour d’une exigence : transformer les compétences en activités économiquement solides. Avec l’Institut régional de la mode en Afrique, elle donne à cette démarche une infrastructure consacrée à la formation, à la production et au développement des entreprises créatives.
À Kinshasa, un ancien entrepôt industriel accueille désormais des salles de formation, des ateliers de confection, un laboratoire de fabrication et des espaces d’exposition. L’Institut régional de la mode en Afrique, l’IRMA, réunit dans un même lieu plusieurs ressources indispensables au développement d’une activité créative. Cette reconversion architecturale traduit concrètement le projet entrepreneurial de Sidonie Latere : rapprocher le talent des moyens de produire et de commercialiser son travail.
Porté par Kobo Hub et inauguré le 25 septembre 2025, l’institut marque une nouvelle étape dans le parcours de sa fondatrice. Après la communication, la création d’entreprise et l’accélération de projets, Sidonie Latere investit le développement d’une filière. La mode devient le terrain d’application d’une méthode qui associe compétences professionnelles, équipements et accompagnement entrepreneurial.
L’enjeu dépasse la visibilité des créateurs. Une marque doit organiser ses approvisionnements, tenir ses engagements et dégager une marge suffisante pour poursuivre son activité. C’est sur ces conditions de fonctionnement que Sidonie Latere a construit le positionnement de Kobo Hub.
L’expérience entrepreneuriale comme point de départ
Formée en arts visuels et publicité à Saint-Luc, en Belgique, Sidonie Latere revient en République démocratique du Congo en 2013. Elle travaille dans la communication, puis crée sa propre agence. Son parcours comprend également des responsabilités dans des agences de marketing et de publicité, notamment Exp Agency et Welike Agency, ainsi que la création de Chicken Makala en 2017.
Ces expériences la confrontent aux exigences de l’exploitation. Il faut trouver des clients, constituer une équipe et financer les dépenses avant d’encaisser les revenus. La qualité d’une idée prend sa valeur économique dans cette capacité à exécuter une prestation ou à vendre un produit de manière régulière.
Les difficultés rencontrées dans plusieurs de ses propres projets orientent sa réflexion vers l’environnement dans lequel les entrepreneurs travaillent. L’accès aux compétences, aux infrastructures et aux relations professionnelles devient le cœur de son intervention. En créant Kobo Hub en 2018, elle construit la structure d’accompagnement qui avait manqué à ses premières initiatives.
Le changement de responsabilité est important. Diriger sa propre activité impose de résoudre les problèmes d’une entreprise. Accompagner d’autres fondateurs exige de comprendre des modèles économiques différents, d’identifier leurs difficultés et d’organiser les compétences nécessaires pour les traiter. Sidonie Latere fait de ce travail un métier à part entière.
Organiser l’entreprise avant de rechercher le capital
Dès 2022, Kobo Hub déploie un accompagnement de six mois fondé sur un diagnostic préalable. La gestion, les finances, les questions juridiques et le développement commercial entrent dans le périmètre d’intervention. La recherche d’investisseurs s’adresse ensuite aux projets ayant démontré une progression, une stabilité et l’engagement de leur fondateur.
Cette méthode place le fonctionnement de l’entreprise au centre de la préparation au financement. Un besoin de trésorerie ne s’analyse pas de la même manière selon qu’il provient d’une hausse des commandes, d’un délai de paiement ou d’un prix de vente insuffisant. Le diagnostic permet de déterminer ce que le financement doit résoudre et les conditions dans lesquelles il sera utile.
Pour les entrepreneurs accompagnés, le travail porte donc sur des décisions concrètes. Il faut définir une clientèle, comprendre ses attentes et calculer le coût du service proposé. Il faut aussi organiser les responsabilités dans l’équipe et disposer d’informations financières qui permettent de suivre l’activité.
Kobo Hub élargit progressivement cette intervention à travers plusieurs plateformes, dont Kobo Art, Kobo Academy et Kobo Space. La formation entrepreneuriale, les espaces de travail et l’accompagnement sectoriel constituent les différentes composantes de cet ensemble. La spécialisation dans les industries créatives prolonge ainsi une démarche plus large de construction d’entreprises.
Avec l’IRMA, la mode dispose d’un outil de professionnalisation
L’IRMA donne à cette spécialisation une base matérielle. Porté par Kobo Hub avec un financement de l’ambassade de France en RDC, l’institut associe espaces de travail, ateliers et ressources consacrées au patrimoine textile. Lors de sa présentation en septembre 2025, une première formation réunissait déjà des créateurs venus du Cameroun, de République centrafricaine, de République du Congo et de RDC. La dimension régionale est inscrite dans le projet dès son ouverture.
L’offre de l’institut réunit formation aux métiers de la mode, incubation de créateurs, recherche et coopération internationale. Elle couvre les compétences techniques autant que les dimensions entrepreneuriales de l’activité. Le créateur est accompagné dans le développement de sa marque et de son positionnement commercial.
Cette organisation répond aux exigences d’une filière où la réputation créative doit s’appuyer sur une capacité de production. Une collection destinée à la vente impose des quantités, un calendrier et une qualité constante. Elle exige de prévoir les besoins en matière, de coordonner la confection et de maîtriser les finitions. La commercialisation engage ensuite la distribution, les conditions de paiement et le suivi des clients.
L’accès à des équipements partagés intervient directement dans cette équation. Il permet de travailler avec des outils professionnels sans supporter seul l’ensemble de l’investissement initial. La proximité entre formation et production facilite également l’application des compétences sur des réalisations concrètes.
Le choix du marché demeure décisif. Une marque vendue en boutique et un atelier répondant à des commandes professionnelles ne mobilisent pas la même organisation. Les volumes, les délais et les besoins de financement diffèrent. En réunissant l’accompagnement entrepreneurial et les ressources techniques, l’IRMA offre un cadre pour préparer ces choix et leurs conséquences opérationnelles.
De la création individuelle à une organisation collective
Le parcours de Sidonie Latere suit un élargissement continu de son champ d’action. Elle commence par créer et diriger des activités, développe ensuite un dispositif d’accompagnement, puis participe à l’implantation d’un institut spécialisé. À chaque étape, elle ajoute des ressources collectives à l’expérience individuelle de l’entrepreneur.
La coopération institutionnelle occupe une place importante dans cette construction. Elle permet de réunir des financements, des compétences et des possibilités d’échange autour d’un outil installé à Kinshasa. Avec l’IRMA, ces partenariats prennent la forme d’espaces de travail et de programmes utilisables par les professionnels de la filière.
Sidonie Latere place ainsi la créativité congolaise dans une perspective d’entreprise. La formation prépare l’exercice d’un métier ; les équipements soutiennent la production ; l’accompagnement aide à organiser la relation avec le marché. Son projet donne à ces fonctions une continuité dans un même environnement. Pour les créateurs, cette continuité ouvre une étape essentielle : disposer des moyens de convertir leur savoir-faire en commandes exécutées, en revenus réguliers et en activités durables.
Mérimé Wilson





