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Tisya Mukuna, le pari de bâtir une marque congolaise de café

Avec La Kinoise, Tisya Mukuna développe une entreprise qui relie plantation, transformation et commercialisation du café en République démocratique du Congo. Une démarche entrepreneuriale prolongée par son engagement auprès des jeunes dirigeants, à la présidence de la Commission nationale des jeunes entrepreneurs de la Fédération des entreprises du Congo.

Faire pousser du café à Kinshasa, le transformer sur place et lui donner une identité commerciale : Tisya Mukuna a construit son projet autour de cette ambition. À Mont-Ngafula, où se trouve la plantation de La Kinoise, l’entrepreneure congolaise a engagé une activité qui associe travail agricole, production et développement de marque. La torréfaction, la mouture et le conditionnement prolongent ainsi la culture du café jusqu’au produit proposé au consommateur.

Cette continuité constitue le cœur de son entreprise. Elle pose aussi une question économique essentielle : quelle part de la valeur d’un produit agricole peut être créée et conservée dans son pays d’origine ?

Le retour et le choix de la terre

Après avoir grandi en France, Tisya Mukuna revient à Kinshasa en 2018. Diplômée de l’IÉSEG en 2015, elle possède une formation commerciale qu’elle choisit d’investir dans un projet agricole et entrepreneurial en RDC. L’école la compte aujourd’hui parmi ses diplômés emblématiques.

Son retour s’accompagne d’une conviction : le café congolais mérite une place plus visible auprès des consommateurs. Dans le récit qu’elle fait de ses débuts, elle évoque le contraste entre la notoriété des grandes origines caféières et la faible visibilité du Congo, ainsi que le scepticisme rencontré autour de son projet de plantation à Kinshasa.

L’entreprise La Boîte, dont elle est cofondatrice et dirigeante, devient le véhicule de cette ambition. La Kinoise en porte l’expression commerciale, avec un nom qui inscrit directement la marque dans son territoire. Son développement oblige à réunir des compétences différentes : produire une matière première, maîtriser sa transformation, trouver des distributeurs et convaincre des clients.

De la plantation au marché

Le modèle de La Boîte repose sur l’intégration des différentes étapes de production. Dans sa présentation pour l’édition 2024 d’Africa’s Business Heroes, l’entreprise décrit une plantation de vingt hectares, une unité de transformation et un réseau de partenaires agricoles. Sa commercialisation s’appuie notamment sur les supermarchés et les restaurants, puis s’élargit aux chariots à café et à d’autres points de vente.

L’intérêt économique de cette organisation est concret. La transformation et la commercialisation ouvrent des possibilités de revenus au-delà de la seule vente des grains. Elles permettent aussi de travailler la qualité du produit, son conditionnement et sa relation avec le consommateur.

Pour Tisya Mukuna, cette maîtrise de la chaîne comporte toutefois des exigences importantes. Elle souligne les difficultés liées à l’électricité, aux routes et à la logistique, auxquelles s’ajoutent les aléas agricoles et les fluctuations de la demande. Plus l’entreprise prend en charge d’étapes, plus elle doit être capable d’absorber les problèmes qui apparaissent à chacune d’elles.

C’est sur ce terrain que se joue la solidité du projet : organiser une activité régulière, maintenir la qualité et rendre le produit disponible. La construction de marque prend alors tout son sens, puisqu’elle doit transformer une première découverte en achat renouvelé.

Une reconnaissance africaine fondée sur un projet concret

En 2024, Tisya Mukuna figure parmi les dix finalistes d’Africa’s Business Heroes, concours panafricain d’entrepreneuriat. Cette sélection donne une visibilité continentale à La Boîte et à son travail autour du café congolais.

La même année, elle reçoit un prix d’impact GoGettaz consacré à la création d’emplois et à l’amélioration des moyens de subsistance en milieu rural. Les organisateurs mettent notamment en avant le soutien aux coopératives, la relance de plantations abandonnées et le programme « Un chariot, un emploi ».

Ces distinctions éclairent les différentes dimensions de son activité. La plantation fournit la base productive ; la transformation développe l’offre ; la distribution rapproche le produit des clients. L’emploi se construit à plusieurs endroits de cette chaîne.

Faire grandir d’autres entrepreneurs

L’engagement de Tisya Mukuna s’étend désormais à l’accompagnement entrepreneurial. Présidente de la Commission nationale des jeunes entrepreneurs de la FEC, elle participe à la structuration d’initiatives destinées à renforcer les compétences des jeunes porteurs de projets.

Le 5 août 2026, la deuxième édition de Mosala Elengi, programme porté par La Kinoise avec l’appui de cette commission, lance son cycle de formation pour cent entrepreneurs sélectionnés parmi plus de 1 500 candidatures. Le parcours annoncé couvre notamment la gestion financière, le management, les chaînes de valeur agricoles, la trésorerie et les nouvelles technologies.

Cette responsabilité prolonge son expérience de dirigeante : construire une entreprise demande des savoir-faire qui doivent pouvoir se transmettre. En août 2025, elle avait également conduit une délégation à Brazzaville dans le cadre de Building Bridges, initiative de rapprochement entre les communautés entrepreneuriales des deux Congo.

Le parcours de Tisya Mukuna prend ainsi une dimension particulière dans l’économie congolaise. Il relie un produit identifiable, une activité de transformation et un engagement collectif. Avec La Kinoise, son ambition se mesure à une tâche concrète : faire parvenir jusqu’au consommateur un café cultivé, transformé et commercialisé par une entreprise congolaise.

Nathalie Shaw

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