Après plus de trois décennies consacrées aux télécommunications, à la régulation et aux services financiers mobiles, Barthé N’TSHABALI poursuit son parcours à une autre échelle. Désormais responsable senior des politiques publiques pour l’Afrique centrale au sein de la GSMA, ce dirigeant congolais met son expérience des opérateurs et des institutions au service d’un enjeu stratégique : faire de la connectivité un véritable moteur de croissance économique et d’inclusion.
En juin 2026, à Brazzaville, le Digital Africa Summit organisé dans le cadre du salon OSIANE offre une illustration de la nouvelle dimension prise par sa carrière. Barthé N’TSHABALI y présente les conclusions d’une étude de la GSMA consacrée à la transformation numérique de l’économie congolaise. Derrière les projections économiques, une question essentielle : comment convertir les investissements dans les infrastructures de télécommunications en gains de productivité, en emplois et en nouveaux marchés ?
Cette interrogation résume assez bien la trajectoire d’un homme qui a connu plusieurs générations de transformations technologiques. Ingénieur informaticien de formation, ancien dirigeant chez Millicom/Tigo et Airtel en République démocratique du Congo, administrateur de FINCA RDC et acteur de la représentation patronale, Barthé N’TSHABALI possède une particularité : avoir exercé des responsabilités à la croisée de la technologie, des affaires réglementaires, des services financiers et du dialogue institutionnel.
Son évolution vers la GSMA apparaît ainsi comme le prolongement d’une carrière construite au contact des réalités opérationnelles du marché congolais.
De l’informatique à la stratégie des télécommunications
Le parcours de Barthé N’TSHABALI prend ses fondations dans l’informatique. Diplômé de l’Institut supérieur de statistique de Kinshasa, il complète sa formation par des études de management à Bruxelles, à l’Institut supérieur de commerce Saint-Louis, ainsi que par des formations spécialisées en télécommunications et technologies de l’information auprès de la School of Management de Boston University.
Cette combinaison de compétences techniques et managériales accompagne son ascension dans l’industrie des télécommunications, notamment au sein de Millicom/Tigo RDC.
Il y occupe successivement des responsabilités de direction des systèmes d’information, des affaires réglementaires et des affaires corporatives. Trois domaines complémentaires qui lui donnent une compréhension étendue du fonctionnement d’un opérateur : la robustesse des infrastructures technologiques, la conformité aux exigences réglementaires et la gestion des relations avec les pouvoirs publics.
Son passage chez Tigo correspond également à une période décisive pour les services financiers mobiles en RDC.
En 2014, une étude de la GSMA consacrée à l’émergence du mobile money dans le pays mentionne Barthé N’TSHABALI parmi les professionnels de Millicom/Tigo ayant contribué à la revue du document. L’étude analyse notamment l’élaboration du cadre réglementaire permettant aux opérateurs de proposer des services de monnaie électronique.
Cette expérience éclaire l’une des compétences qui caractériseront la suite de son parcours : comprendre que l’innovation financière ne dépend pas uniquement de la technologie, mais également des règles qui en autorisent le déploiement.
Airtel, les responsabilités exécutives et l’expérience de la régulation
Après Millicom/Tigo, Barthé N’TSHABALI poursuit sa carrière chez Airtel RDC, où il exerce notamment les fonctions de directeur des affaires réglementaires et de directeur général d’Airtel Money.
Ces responsabilités le placent au cœur de deux transformations majeures du marché congolais : l’expansion des communications mobiles et la progression des paiements électroniques.
Diriger une activité de mobile money exige de concilier développement commercial, sécurité des transactions, gestion des risques, partenariats financiers et conformité réglementaire. Dans un marché aussi vaste et complexe que celui de la RDC, ces dimensions prennent une importance particulière.
En parallèle de ses responsabilités d’entreprise, Barthé N’TSHABALI s’investit dans la représentation professionnelle du secteur.
Il exerce notamment la présidence de la Commission nationale des télécommunications de la Fédération des entreprises du Congo (FEC). En avril 2016, il intervient publiquement sur les obstacles au développement du marché mobile congolais, soulignant les contraintes liées aux infrastructures énergétiques et routières, à la fibre optique, à la sécurité ainsi qu’à la fiscalité.
Son analyse met alors en évidence une réalité économique toujours pertinente : l’élargissement de la connectivité ne peut reposer exclusivement sur les investissements des opérateurs. Il suppose aussi un environnement suffisamment stable pour encourager l’engagement de capitaux à long terme.
À travers ces différentes fonctions, son champ d’intervention dépasse progressivement les seules opérations commerciales pour intégrer les arbitrages qui conditionnent la croissance de l’ensemble du secteur.
FINCA RDC, une expérience élargie à la gouvernance financière
L’entrée de Barthé N’TSHABALI au conseil d’administration de FINCA RDC ajoute une dimension financière et institutionnelle à son parcours.
L’institution, engagée dans l’accès aux services financiers pour les populations et les petites activités économiques, évolue sur un marché où les solutions numériques jouent un rôle croissant dans la distribution bancaire.
Son rapport annuel 2024 identifie Barthé N’TSHABALI parmi ses administrateurs. Cette responsabilité l’inscrit dans les problématiques de gouvernance, de maîtrise des risques, de développement des services financiers et d’inclusion.
Pour un professionnel issu des télécommunications et du mobile money, cette expérience établit une continuité entre deux univers longtemps traités séparément : celui des opérateurs mobiles et celui des institutions financières.
Leur rapprochement constitue désormais l’un des principaux ressorts de la transformation des économies africaines, particulièrement dans les territoires où la présence bancaire traditionnelle demeure limitée.
La GSMA, une nouvelle échelle d’influence
Son évolution vers la GSMA marque un changement de perspective. Barthé N’TSHABALI ne représente plus seulement les intérêts d’un opérateur sur un marché national. En qualité de Senior Policy Manager pour l’Afrique centrale, il participe aux réflexions sur les politiques publiques susceptibles d’améliorer le fonctionnement de l’écosystème numérique régional.
Cette responsabilité prend une résonance particulière dans les deux Congo.
En République du Congo, une étude de la GSMA rendue publique le 22 juin 2026 estime que des réformes ciblées pourraient générer 870 milliards de FCFA de valeur économique additionnelle et favoriser la création de plus de 144 000 emplois d’ici 2030. Ces gains potentiels restent conditionnés à la mise en œuvre effective des mesures proposées.
Le rapport identifie plusieurs leviers prioritaires, notamment l’amélioration de l’environnement d’investissement, la fiscalité sectorielle, l’accessibilité financière des smartphones et l’adaptation du cadre réglementaire.
Pour Barthé N’TSHABALI, qui a présenté ces travaux à Brazzaville, le sujet rejoint des problématiques rencontrées tout au long de sa carrière : comment réduire les obstacles qui empêchent les infrastructures numériques de produire leur plein effet économique ?
Quelques semaines plus tard, le 24 juin 2026, il figure également parmi les participants d’une table ronde de haut niveau organisée au MWC Shanghai autour du coût des smartphones en Afrique. Le débat associe régulateurs, responsables publics, opérateurs et représentants de l’industrie technologique.
Cette présence internationale témoigne de l’évolution de son périmètre professionnel. Les enjeux dépassent désormais les frontières nationales pour intégrer le financement des terminaux, l’harmonisation réglementaire et l’accessibilité des services numériques à l’échelle continentale.
Le défi est considérable. L’amélioration de la couverture mobile ne garantit pas, à elle seule, une progression équivalente des usages. Le prix des équipements, le niveau de revenu, les compétences numériques et le coût des services continuent de limiter l’accès effectif d’une partie de la population à l’économie digitale.
C’est précisément sur cet écart entre disponibilité technologique et adoption économique que se joue une partie de l’avenir numérique de l’Afrique centrale.
Avec son expérience des systèmes d’information, du management des opérateurs, de la régulation, des services financiers mobiles et de la gouvernance institutionnelle, Barthé N’TSHABALI dispose aujourd’hui d’une connaissance transversale de ces enjeux.
Son nouveau positionnement à la GSMA ouvre une autre phase de son parcours, dont la portée se mesurera moins à la visibilité des forums internationaux qu’à la capacité des politiques défendues à favoriser de nouveaux investissements, à élargir l’accès aux services numériques et à soutenir durablement l’activité économique.
Oswald F





