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Bourgelie Ampion, l’avocate qui transforme le droit en infrastructure de l’investissement

Formée en France et aux États-Unis, passée par le Barreau de Paris et la place juridique de Hong Kong, Bourgelie Ampion a choisi de replacer son expertise internationale au cœur de l’économie congolaise. Fondatrice de Lexa International Consulting et trésorière d’UNICONGO, elle s’est imposée dans un espace stratégique où se rencontrent droit des affaires, capitaux étrangers, grands projets publics et gouvernance économique.

À Brazzaville, lorsque les dirigeants parlent d’attractivité, de partenariats public-privé ou de diversification économique, une question précède toutes les autres : comment sécuriser l’investissement ? Derrière chaque infrastructure, chaque implantation étrangère, chaque financement et chaque contrat stratégique se trouve en effet une architecture juridique dont dépend la solidité du projet.

C’est dans cet univers, rarement exposé mais décisif, que Bourgelie Ampion a construit sa trajectoire.

L’avocate congolaise n’est pas simplement une spécialiste des textes. Elle évolue à la frontière de plusieurs mondes : les entreprises et l’administration, les investisseurs et l’État, l’Afrique francophone et l’Asie, le droit continental et les pratiques internationales. Son parcours, entre Tours, Washington, Paris, Hong Kong et Brazzaville, lui a donné une lecture transversale des rapports entre droit, capital et développement.

Dans un environnement où l’incertitude réglementaire peut retarder un investissement, renchérir son coût ou provoquer son abandon, elle a choisi de faire du droit un instrument de confiance économique.

De Tours à Washington, une formation ouverte sur le monde

Le premier socle du parcours de Bourgelie Ampion est académique. Elle obtient un Master en droit des affaires à l’Université de Tours, en France, avant de poursuivre sa formation aux États-Unis. À Washington, elle décroche un Master of Laws, ou LLM, à la Howard University School of Law.

Cette double formation lui permet de se familiariser avec deux cultures juridiques majeures. D’un côté, le droit continental, qui structure notamment les systèmes français et OHADA. De l’autre, l’environnement anglo-saxon, fortement présent dans les transactions internationales, les financements complexes et la rédaction des contrats transfrontaliers.

Ce passage par Howard University n’est pas un simple ajout académique. Il élargit sa manière d’aborder les affaires. Dans les opérations internationales, la maîtrise de la règle ne suffit pas. Il faut comprendre les intérêts économiques, les mécanismes de financement, les rapports de force contractuels et les différences culturelles qui influencent une négociation.

Bourgelie Ampion complète cette formation par une pratique professionnelle au Barreau de Paris. Entre novembre 2008 et juin 2012, une base professionnelle situe son passage comme avocate chez Thomas, Mayer & Associés. Elle y acquiert une première expérience du conseil juridique et des problématiques commerciales avant d’engager un tournant plus entrepreneurial.

Hong Kong, le choix stratégique de l’Asie

En 2012, Bourgelie Ampion fonde Lexa International Consulting à Hong Kong. Le choix de ce territoire traduit déjà une ambition particulière. Elle ne veut pas seulement exercer le droit depuis une grande place internationale ; elle entend se positionner au cœur des échanges entre l’Asie, l’Europe et l’Afrique.

À Hong Kong, elle est enregistrée comme avocate étrangère auprès de la Law Society. Cette expérience lui permet de se familiariser avec une place financière où se croisent capitaux internationaux, groupes industriels, sociétés de commerce et investisseurs tournés vers les marchés émergents.

Elle développe alors une expertise dans les opérations impliquant plusieurs juridictions et plusieurs cultures d’affaires, notamment dans le cadre des relations entre la Chine et l’Afrique, mais également entre la Chine et l’Europe.

Ce positionnement est encore relativement rare chez les professionnels africains du droit au début des années 2010. Les investissements chinois progressent rapidement sur le continent, particulièrement dans les infrastructures, l’énergie, les mines et les télécommunications. Pourtant, les entreprises asiatiques et leurs partenaires africains ne disposent pas toujours des mêmes références juridiques, des mêmes méthodes de négociation ou de la même perception du risque.

Bourgelie Ampion se place précisément dans cet intervalle. Son rôle consiste à traduire les attentes, à anticiper les incompatibilités, à structurer les contrats et à réduire l’incertitude entourant les investissements.

Elle devient moins une simple intermédiaire qu’une interface juridique entre des acteurs qui veulent travailler ensemble, mais qui n’évoluent ni dans le même système ni dans la même culture économique.

Le retour à Brazzaville

En 2015, Lexa International Consulting s’implante à Brazzaville. Ce retour marque une étape décisive. Après Paris, Washington et Hong Kong, Bourgelie Ampion choisit de construire une plateforme de conseil directement ancrée dans l’économie congolaise.

La logique est claire : rapprocher les standards internationaux des réalités locales.

Le Congo-Brazzaville possède d’importants besoins de financement dans les infrastructures, l’énergie, le numérique, les transports, l’industrie et les services. Mais la disponibilité des capitaux ne suffit pas. Pour attirer durablement les investisseurs, un pays doit également être capable de sécuriser les contrats, clarifier les obligations, organiser les relations avec l’administration et réduire les risques réglementaires.

Lexa International Consulting se développe autour de cette problématique. Le cabinet accompagne les entreprises depuis leur création jusqu’à leur éventuelle restructuration ou dissolution. Il intervient dans le droit des sociétés, la fiscalité, la négociation de contrats, le droit bancaire, le droit du travail, le droit minier et pétrolier, les sûretés, le recouvrement de créances, les procédures collectives et le contentieux des affaires.

La structure revendique également une compétence dans le droit des nouvelles technologies, la régulation des communications électroniques, les moyens de paiement numériques et la cybercriminalité. Elle affiche aujourd’hui des implantations ou points de présence à Brazzaville, Yaoundé et Hong Kong.

Cette organisation reflète le projet initial de sa fondatrice : bâtir une structure capable de comprendre l’environnement OHADA tout en dialoguant avec des investisseurs internationaux.

Le droit au service des grands projets

Le positionnement de Bourgelie Ampion prend toute sa dimension dans les projets d’infrastructures et les partenariats public-privé.

Un grand projet ne repose jamais uniquement sur sa faisabilité technique. Il faut définir les responsabilités de chaque partenaire, organiser le financement, répartir les risques, prévoir les garanties, encadrer l’exploitation et anticiper les différends. Une faiblesse dans l’une de ces dimensions peut mettre en danger l’ensemble de l’opération.

L’avocate intervient ainsi auprès d’acteurs publics et privés dans la structuration juridique, financière et contractuelle de projets liés aux infrastructures, à l’énergie, au numérique et aux services. Son cabinet conseille également les investisseurs dans l’obtention de permis, d’agréments et de certifications nécessaires à l’exercice de leurs activités.

En avril 2022, lors du salon international OSIANE à Brazzaville, elle intervient sur les mécanismes innovants de financement et les partenariats public-privé appliqués aux infrastructures de télécommunications durables.

Cette prise de parole résume une part importante de son positionnement. Elle considère le cadre juridique non comme une formalité venant après la décision d’investir, mais comme l’un des éléments qui rendent l’investissement possible.

Son expertise l’a également conduite à exercer comme conseillère juridique auprès du ministère chargé de l’Aménagement du territoire, des Infrastructures et de l’Entretien routier. Cette expérience l’a placée au contact direct des arbitrages institutionnels, de la commande publique et des contraintes entourant la réalisation de grands projets.

L’expérience de la gouvernance chez Congo Telecom

À partir de 2020, Bourgelie Ampion est présentée dans plusieurs biographies professionnelles comme présidente du conseil d’administration de Congo Telecom.

Cette responsabilité intervient à un moment particulièrement sensible pour l’opérateur historique. Congo Telecom doit alors engager son redressement, moderniser ses infrastructures, restaurer sa compétitivité et accompagner l’accélération des usages numériques provoquée par la crise sanitaire.

Pour Bourgelie Ampion, cette fonction représente une extension naturelle de son expertise. Elle ne se situe plus seulement dans le conseil extérieur, mais dans la gouvernance d’une entreprise publique placée au cœur de la souveraineté numérique du Congo.

Les télécommunications concentrent en effet plusieurs sujets qu’elle connaît bien : les infrastructures stratégiques, la régulation, les contrats technologiques, les investissements lourds, les partenariats internationaux et la transformation du service public.

Les informations publiques disponibles permettent d’établir qu’elle a exercé cette présidence à partir de 2020. Elles ne permettent toutefois pas de confirmer avec une certitude suffisante la durée exacte de son mandat ni son statut actuel. Cette séquence reste néanmoins importante dans son parcours, car elle témoigne de la confiance institutionnelle accordée à son expertise et de sa capacité à intervenir dans des environnements où les enjeux juridiques rejoignent directement les impératifs industriels.

Au cœur du patronat congolais

Aujourd’hui, l’une des responsabilités les plus significatives de Bourgelie Ampion se trouve au sein d’UNICONGO, l’Union patronale et interprofessionnelle du Congo.

Elle occupe la fonction de trésorière du bureau du conseil d’administration. Ce poste la place au sein de l’organe chargé de mettre en œuvre les orientations de la principale organisation patronale du pays.

Cette responsabilité dépasse largement la tenue des comptes. La trésorerie d’une organisation patronale implique une exigence de gouvernance, de contrôle et de confiance. Elle permet également de participer aux réflexions sur les préoccupations des entreprises, la fiscalité, la réglementation, le financement, le climat des affaires et les relations avec les pouvoirs publics.

À travers UNICONGO, Bourgelie Ampion se trouve désormais au point de rencontre entre son métier d’avocate et une mission plus large de représentation du secteur privé.

En juin 2025, lors de la Rencontre des entrepreneurs francophones organisée à Brazzaville, elle intervient dans un panel consacré à la sécurisation, à l’harmonisation et à la formation comme leviers de construction d’un espace économique francophone plus fluide et compétitif.

Le sujet correspond pleinement à son parcours. Une économie ne devient pas attractive uniquement parce qu’elle dispose de ressources naturelles ou de projets. Elle le devient lorsqu’elle possède des règles compréhensibles, des institutions prévisibles et des professionnels capables d’accompagner l’investisseur dans leur application.

Une expertise qui s’étend à la finance

Le travail de Bourgelie Ampion touche également aux problématiques bancaires et financières.

En octobre 2024, elle intervient lors d’un colloque de l’Association professionnelle des établissements de crédit du Congo consacré au financement de l’agriculture et au recouvrement des dettes. Elle y présente les enjeux et les difficultés du recouvrement de créances.

Sa démarche privilégie une approche pragmatique. Dans de nombreux marchés africains, la lenteur des procédures, leurs coûts et la complexité administrative peuvent réduire l’efficacité du recouvrement judiciaire. L’enjeu consiste alors à construire des mécanismes internes, contractuels et amiables permettant aux établissements financiers de mieux prévenir les impayés et gérer leurs débiteurs.

Cette question est centrale pour le financement de l’économie. Une banque qui ne parvient pas à recouvrer correctement ses créances réduit naturellement son exposition au risque. Les PME, les agriculteurs et les entrepreneurs deviennent alors les premières victimes de la contraction du crédit.

En travaillant sur le recouvrement, les garanties et la sécurisation contractuelle, Bourgelie Ampion intervient donc sur l’un des mécanismes invisibles qui conditionnent la circulation du capital.

La discrétion comme méthode

Contrairement à certains dirigeants dont la trajectoire se construit dans l’exposition médiatique, Bourgelie Ampion a développé une présence plus institutionnelle. Elle intervient dans les colloques professionnels, les instances patronales et les espaces de gouvernance, mais communique peu sur les dossiers précis qu’elle traite.

Cette retenue correspond en partie aux exigences de son métier. Le conseil juridique repose sur la confidentialité, la protection des intérêts du client et la maîtrise de l’information. Elle rend néanmoins son impact difficile à quantifier publiquement.

Les sources ouvertes ne permettent pas d’identifier précisément la valeur des opérations accompagnées par Lexa International, son chiffre d’affaires, la liste de ses clients ou le volume de projets conseillés. La portée de son travail se mesure donc davantage à travers la nature de ses responsabilités, son positionnement international et sa présence dans les espaces où se discutent les conditions de l’investissement.

Ce manque de données publiques appelle une lecture équilibrée. Bourgelie Ampion bénéficie d’une expertise et d’un parcours singuliers, mais l’évaluation complète de son influence économique nécessiterait davantage d’informations sur les projets effectivement réalisés et les résultats obtenus.

Une nouvelle figure du conseil africain

Le parcours de Bourgelie Ampion révèle l’évolution du métier d’avocat d’affaires en Afrique centrale.

Le conseil juridique n’est plus seulement appelé à régler les conflits ou à rédiger les statuts d’une entreprise. Il doit comprendre la stratégie, le financement, la technologie, la fiscalité, la régulation et les relations avec l’État. Il devient un partenaire de l’investissement et, dans certains cas, un acteur de la transformation économique.

En créant son cabinet à Hong Kong avant de l’implanter à Brazzaville, Bourgelie Ampion a inversé une logique longtemps dominante. Elle n’a pas construit une structure congolaise cherchant progressivement à s’internationaliser. Elle a d’abord acquis une exposition internationale, puis utilisé cette expérience pour développer une plateforme enracinée au Congo.

Cette trajectoire lui donne une place particulière parmi les professionnelles congolaises du droit et du conseil.

Elle incarne une génération qui ne considère plus le retour en Afrique comme un retrait des grands circuits économiques mondiaux, mais comme la possibilité de les connecter aux besoins du continent.

Dans son parcours, le droit n’est ni un décor ni une fonction secondaire. Il est une infrastructure aussi essentielle que la route, la fibre optique ou l’énergie : une infrastructure de confiance sans laquelle les capitaux hésitent, les contrats se fragilisent et les projets peinent à durer.

Bourgelie Ampion a bâti sa carrière autour de cette conviction. Son prochain défi sera de transformer ce capital d’expertise, de réseau et de gouvernance en une empreinte encore plus visible sur la structuration des investissements en République du Congo et en Afrique centrale.

Mérimé Wilson

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