Yves Kabongo, de la finance canadienne à la structuration des minerais stratégiques congolais

Dans l’industrie minière congolaise, la création de valeur ne se limite plus à l’extraction. Elle dépend aussi de la capacité à sécuriser les approvisionnements, garantir la traçabilité des minerais, structurer les opérations et relier les producteurs locaux aux acheteurs internationaux. C’est précisément à cette intersection que se situe le parcours d’Yves Kabongo, entrepreneur congolais et fondateur de NOVCORP.
Sa trajectoire commence pourtant loin des sites miniers de la République démocratique du Congo. Au Canada, il fait ses premières armes dans les services financiers et les technologies de paiement. Analyste bilingue chez Global Payments puis Moneris Solutions, il intervient sur les transactions électroniques, les dépôts, les autorisations de cartes et l’assistance aux commerçants. Il rejoint ensuite Mackenzie Investments, où il travaille sur les fonds communs de placement et les régimes collectifs d’épargne et de retraite.
Cette première partie de carrière lui apporte une compréhension concrète des flux financiers, des procédures de contrôle et de la relation client. Une culture de la rigueur renforcée par sa formation en mathématiques appliquées au commerce à l’Université York de Toronto.
À partir de 2012, Yves Kabongo se rapproche progressivement du secteur extractif. Chez Goldworx International Corp, il travaille sur l’identification d’opportunités, la modélisation financière, la recherche analytique, les politiques internes et les questions juridiques liées à la gouvernance. Ses fonctions d’Accounting Officer chez PC Gold et Macusani Yellowcake lui permettent parallèlement de se familiariser avec la comptabilité et le reporting d’entreprises minières opérant dans l’environnement canadien.
Le véritable tournant intervient avec Belair African Metals, société spécialisée dans le négoce de minerais 3T — étain, tantale et tungstène — provenant de RDC. Yves Kabongo en est l’un des cofondateurs et y exerce des responsabilités dans les affaires corporatives et congolaises. Après la cession de l’entreprise à Cobalt Blockchain, il prend la direction des opérations de cette dernière en RDC. Il acquiert ainsi une expérience rare, à la frontière entre gouvernance internationale, connaissance du terrain congolais et commercialisation de minerais.
Entre février 2021 et mars 2025, il siège également au conseil d’administration de Tantalex Lithium Resources. Lors de sa nomination, il reçoit en outre une mission de conseil sur les relations avec les autorités congolaises. Cette expérience consolide son positionnement comme interface entre les investisseurs internationaux, les entreprises minières et l’écosystème institutionnel de la RDC.
Mais c’est avec NOVCORP, cofondée en 2019, qu’Yves Kabongo porte sa propre vision industrielle. L’entreprise se concentre sur l’achat, le traitement et l’exportation des minerais 3T issus de coopératives et de sites qualifiés. Lancée opérationnellement en 2020 dans le Maniema, elle a ensuite étendu ses activités à Manono et Lubumbashi. Dans sa documentation publique, NOVCORP indique disposer de plusieurs unités de traitement et avoir commercialisé plus de 20 millions de dollars de produits auprès de ses principaux acheteurs.
L’enjeu dépasse toutefois le simple négoce. Dans un secteur où la traçabilité, la conformité et l’origine des minerais déterminent de plus en plus l’accès aux marchés mondiaux, Yves Kabongo cherche à installer une entreprise congolaise au cœur des chaînes responsables d’approvisionnement.
Son parcours raconte ainsi une transformation maîtrisée : celle d’un professionnel formé aux mécanismes financiers canadiens devenu entrepreneur des minerais stratégiques en RDC. Son principal défi sera désormais de convertir cette connaissance du commerce et du terrain en véritable capacité industrielle. Car l’avenir minier congolais se jouera moins dans la seule abondance du sous-sol que dans l’aptitude des entrepreneurs nationaux à structurer, transformer et commercialiser durablement cette richesse.
Mérimé Wilson



