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Dr. Chantal Yelu Mulop, l’architecte congolaise d’un leadership social devenu enjeu d’État

À Kinshasa, son nom est associé à des dossiers qui dépassent largement le champ classique de l’action sociale. Violences faites aux femmes, traite des personnes, jeunesse, masculinité positive, lutte contre l’impunité, diplomatie des droits humains, mobilisation des partenaires internationaux : Dr. Chantal Yelu Mulop évolue dans cette zone délicate où les drames humains deviennent des questions de gouvernance, de sécurité, de stabilité et, à terme, de développement économique.

Depuis 2019, elle fait partie des figures installées au cœur de l’architecture présidentielle congolaise sur les questions de jeunesse et de violences faites aux femmes. D’abord présentée comme conseillère spéciale du Chef de l’État, puis coordonnatrice du Service spécialisé du Chef de l’État chargé de la jeunesse, de la lutte contre les violences faites aux femmes et de la traite des personnes, elle incarne une fonction rare : transformer des causes longtemps reléguées à la périphérie du débat public en sujets de pilotage institutionnel. Les sources officielles et publiques confirment son rôle dans la coordination de dispositifs nationaux liés aux violences basées sur le genre, à la traite des personnes et au plaidoyer auprès de partenaires internationaux.

Ce qui distingue Chantal Yelu Mulop n’est pas seulement la densité de son carnet institutionnel. C’est sa manière de relier des univers que l’on traite souvent séparément : la protection des femmes, la formation des jeunes, la justice, la santé publique, la diplomatie multilatérale, l’entrepreneuriat social et la réforme des normes culturelles. Son parcours montre une conviction constante : aucun pays ne peut prétendre bâtir une économie solide si une partie importante de sa population vit sous la menace de la violence, de l’exclusion, de l’exploitation ou du silence.

Avant son retour au premier plan institutionnel en RDC, Chantal Yelu Mulop a construit une partie importante de son expérience au Canada, dans les secteurs de la santé, des services communautaires, de la gouvernance associative et de la mobilisation citoyenne. Ce socle n’est pas secondaire. Il explique une partie de son approche : les politiques publiques ne valent que si elles descendent jusqu’aux personnes concernées, jusqu’aux lignes d’écoute, aux centres de prise en charge, aux associations locales, aux provinces affectées, aux jeunes sans relais et aux femmes qui n’ont souvent ni voix ni protection.

En RDC, cette logique prend une dimension stratégique. Dans un pays confronté à des crises sécuritaires persistantes, notamment dans l’Est, les violences sexuelles liées aux conflits ne sont pas seulement une tragédie sociale. Elles constituent une atteinte à la cohésion nationale, à la stabilité des communautés, à la confiance dans l’État et à la capacité du pays à protéger son capital humain. C’est dans ce contexte que le travail de Chantal Yelu Mulop prend son sens : organiser, coordonner, alerter, documenter, plaider, mobiliser.

L’un des marqueurs les plus visibles de cette action reste la Ligne verte 122, dispositif de signalement et d’orientation des victimes de violences basées sur le genre. L’ACP a récemment rapporté que ce numéro vert est présenté comme opérationnel dans les 26 provinces de la RDC et destiné à orienter les victimes vers une prise en charge médicale, psychologique et judiciaire. Ce type d’outil change la nature de la réponse publique : il ne s’agit plus seulement de condamner les violences dans les discours, mais de mettre en place une porte d’entrée identifiable, accessible et structurée pour les survivantes.

Sur la traite des personnes, Chantal Yelu Mulop occupe également une place centrale dans le récit institutionnel congolais. La Présidence congolaise a relayé ses interventions sur les avancées de la RDC face à différentes formes de traite, notamment le trafic d’êtres humains, le trafic d’organes et la mendicité forcée. Le sujet est hautement sensible, car il mêle pauvreté, vulnérabilité des enfants, mobilité transfrontalière, exploitation économique et criminalité organisée. Dans son rapport 2024 sur la traite des personnes, le Département d’État américain indiquait que la RDC demeurait classée en Tier 2, tout en relevant des efforts accrus du gouvernement, notamment en matière de condamnations, de formation des acteurs judiciaires et de sensibilisation publique.

Ce point mérite une lecture économique. La lutte contre la traite n’est pas seulement un agenda moral. Elle touche à la qualité de l’État de droit, à la protection de la main-d’œuvre, à la crédibilité internationale du pays, à la sécurisation des chaînes de valeur et à la capacité de la RDC à attirer des partenaires exigeants. Dans une économie congolaise appelée à mieux valoriser ses ressources minières, agricoles, énergétiques et humaines, l’exploitation des plus vulnérables reste un coût systémique. La combattre, c’est aussi améliorer les fondations institutionnelles du développement.

Chantal Yelu Mulop a également été associée au plaidoyer continental sur la masculinité positive, un concept longtemps perçu comme symbolique, mais qui s’est progressivement imposé comme un levier politique de prévention des violences faites aux femmes. En juillet 2024, la Fédération des Entreprises du Congo a rapporté avoir reçu Chantal Yelu Mulop, alors coordonnatrice du Service spécialisé, pour échanger sur l’implication du secteur privé dans cette dynamique. Ce déplacement vers le monde patronal est significatif : il installe la lutte contre les violences et les normes discriminatoires non plus seulement dans les ministères sociaux, mais aussi dans l’entreprise, la gouvernance, les politiques RH et la responsabilité sociétale.

Son engagement a aussi trouvé une visibilité internationale. En 2022, l’African Renaissance and Diaspora Network a annoncé sa nomination comme ambassadrice de bonne volonté de la campagne Red Card, initiative liée à la lutte contre les discriminations et les violences faites aux femmes et aux filles. Cette reconnaissance illustre l’un des traits de son parcours : la capacité à faire circuler les causes congolaises dans les enceintes africaines, onusiennes et diasporiques, tout en ramenant vers la RDC des réseaux, des formats de plaidoyer et des partenariats.

L’autre versant de son action concerne la jeunesse. Avec le Think Tank Minzoto, présenté dans les éléments de parcours fournis comme une initiative destinée à créer un espace d’écoute et de remontée des préoccupations des jeunes vers la Présidence, Chantal Yelu Mulop a tenté de poser une question centrale : comment faire de la jeunesse congolaise un acteur de proposition plutôt qu’une simple catégorie statistique ? Dans un pays où la démographie est à la fois une promesse et une pression, l’enjeu est considérable. La jeunesse congolaise n’a pas seulement besoin de slogans ; elle a besoin de canaux, de formation, de financement, de mentorat, de débouchés et de reconnaissance institutionnelle.

C’est également dans cette logique que s’inscrivent les initiatives liées à l’entrepreneuriat des jeunes et des femmes, notamment les passerelles mentionnées avec des acteurs canadiens comme le Groupe 3737, centre d’innovation et d’entrepreneuriat basé à Montréal. Les éléments transmis indiquent un positionnement autour de l’incubation, de la formation, de l’idéation et de l’accélération de projets portés par des jeunes et des femmes en RDC. Là encore, le fil conducteur reste le même : passer du plaidoyer à l’infrastructure, de l’appel à l’action au dispositif.

Le profil de Chantal Yelu Mulop n’est pas celui d’une technocrate discrète cantonnée à un bureau. C’est celui d’une actrice institutionnelle de terrain, souvent exposée, parfois controversée comme toute personnalité engagée dans des dossiers politiques et sociaux sensibles, mais dont la trajectoire traduit une constance : installer les femmes et les jeunes au cœur de la décision publique. Elle évolue dans un environnement où les résultats sont difficiles à mesurer, où les résistances sociales demeurent fortes, où les urgences sécuritaires absorbent l’attention nationale, et où la coordination entre institutions, partenaires et provinces reste un défi permanent.

Sa force tient précisément à cette capacité à tenir plusieurs lignes à la fois. La ligne humanitaire, parce que les survivantes ont besoin d’écoute, de soins et de protection. La ligne judiciaire, parce que la lutte contre l’impunité reste la condition de toute crédibilité. La ligne diplomatique, parce que les violences liées aux conflits et la traite des personnes sont désormais des sujets de réputation internationale. La ligne économique, enfin, parce que la promotion des femmes et des jeunes n’est pas un supplément d’âme : c’est une condition de croissance inclusive.

Dans une RDC qui veut consolider son rôle régional, attirer des investissements, structurer ses filières et convertir son potentiel en développement réel, la question du capital humain devient centrale. Or, protéger les femmes, accompagner les jeunes, lutter contre la traite, créer des mécanismes de signalement, promouvoir la masculinité positive et renforcer la place des survivantes dans les politiques publiques revient à défendre ce capital humain. C’est là que le parcours de Chantal Yelu Mulop prend sa portée économique.

Son action rappelle une évidence souvent négligée : le développement ne commence pas seulement dans les mines, les banques, les ports ou les zones industrielles. Il commence aussi dans la capacité d’un État à protéger les corps, les droits, les ambitions et la dignité de ses citoyens. À cette intersection entre justice sociale, gouvernance, diplomatie et économie du développement, Dr. Chantal Yelu Mulop s’est imposée comme l’une des voix congolaises les plus identifiables d’un leadership d’impact.

Mérimé Wilson

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