Actualités

Glencore RDC : ce que dit vraiment le nouvel organigramme

Trois noms, une continuité, un signal. En maintenant Marie-Chantal Kaninda à la présidence de sa filiale congolaise, en confiant la direction générale de Kamoto Copper Company à Yannick Makola et la vice-présidence des finances à Yves Ilunga, le groupe suisse ne procède pas à un simple ajustement de carrières. Il réarme son dispositif congolais au moment précis où trois batailles s’ouvrent en même temps : un contentieux fiscal à plusieurs milliards de dollars, une cession de 40 % de ses actifs à un consortium adossé au gouvernement américain, et un basculement industriel forcé du cobalt vers le cuivre.

Une continuité qui n’est pas une neutralité

Marie-Chantal Kaninda préside le conseil d’administration de Kamoto Copper Company depuis juillet 2022 et dirige Glencore RDC depuis janvier 2023, après avoir rejoint le groupe en septembre 2019 comme vice-présidente chargée des affaires institutionnelles. Elle avait auparavant construit vingt-cinq ans de carrière chez Ashanti Goldfields, AngloGold Ashanti, De Beers et Rio Tinto, et présidé le Conseil mondial du diamant, première Africaine à occuper cette fonction.

Dans une multinationale, reconduire n’est jamais un acte neutre. C’est un choix qui coûte quelque chose, puisqu’il ferme d’autres options. Ici, il se comprend à la lecture de l’agenda congolais du groupe. Le principal facteur de risque de Glencore en République démocratique du Congo n’est plus géologique ni opérationnel, il est institutionnel. Or l’interface institutionnelle du groupe, celle qui s’adresse au gouvernement, à la Gécamines, aux gouverneurs du Lualaba, à la Fédération des entreprises du Congo et à la Chambre des mines, est précisément celle qui est reconduite. Changer de visage au sommet en pleine négociation avec l’État aurait obligé à reconstruire, en quelques mois, un capital relationnel accumulé sur sept ans.

Une direction financière qui en dit long sur la nature du conflit

La nomination la plus révélatrice n’est pas la plus commentée. Yves Ilunga quitte la vice-présidence du développement des affaires pour prendre celle des finances de Glencore RDC. Expert-comptable associé de l’institut sud-africain des chartered accountants, titulaire d’un MBA de la Graduate School of Business du Cap, il a été directeur financier de Dangote Cement au Congo et de Sierra Rutile, après des passages chez Endeavour Mining, AngloGold Ashanti et De Beers. C’est un profil de bilan, pas un profil de croissance.

Ce déplacement intervient alors que l’administration fiscale congolaise reproche aux filiales du groupe d’avoir minoré les prix de cession de leurs exportations de cuivre et de cobalt, réduisant d’autant la base imposable en République démocratique du Congo. La Direction générale des impôts a placé sous scellés les installations administratives de Kamoto Copper Company à Kolwezi le 9 juillet 2026, après l’échec des discussions. Les montants évoqués par les sources locales vont de trois à six milliards de dollars, sans confirmation officielle. Glencore conteste ces prétentions et affirme poursuivre le dialogue. Les scellés ont été levés à la mi-juillet 2026 sur instruction du ministère des Finances, le gouvernement indiquant que les discussions avaient repris, après que le chef de l’État eut mis en garde contre des mesures trop brutales susceptibles d’entamer la confiance des investisseurs miniers.

Dans un tel contexte, la fonction financière d’une filiale cesse d’être une fonction de reporting. Elle devient une fonction de défense : documentation des prix de transfert, traçabilité des flux intragroupe, capacité à opposer à l’administration une méthodologie de valorisation défendable. Confier ce poste à un Congolais formé à l’audit anglo-saxon, plutôt qu’à un expatrié envoyé de Baar, relève d’un calcul lisible. Sur ce terrain, la nationalité du signataire fait partie de l’argumentaire.

Un directeur général issu de l’usine, pas du commerce

Yannick Makola devient directeur général de Kamoto Copper Company, sous réserve de l’approbation du conseil d’administration. L’annonce a été faite le 21 juillet 2026. Il est présenté comme le premier Congolais à diriger l’entreprise depuis sa création, succédant à Mark Davis, également patron de Glencore Copper Africa. Entré chez KCC en février 2020 comme directeur général chargé du traitement métallurgique, il occupait jusqu’ici les fonctions de directeur des opérations, après un parcours chez Sasol, BHP, South32 et MMG.

Le profil épouse exactement le virage industriel imposé par la politique congolaise du cobalt. Après la suspension des exportations décidée en février 2025 pour soutenir des cours tombés au plus bas depuis neuf ans, Kinshasa a instauré en octobre 2025 un régime de quotas appelé à courir au moins jusqu’à fin 2027. Le plafond national tourne autour de 96 600 tonnes par an pour 2026 et 2027, dont près de 87 000 tonnes réparties entre producteurs et environ 9 660 tonnes conservées par l’État au titre d’une réserve stratégique. Glencore s’est vu allouer 22 800 tonnes pour 2026, report de 2025 inclus, contre 31 200 tonnes pour le chinois CMOC.

L’effet sur les comptes est immédiat et il a une géographie. Au premier trimestre 2026, la production propre de cobalt du groupe est tombée à 5 800 tonnes, en recul de 39 % sur un an, tandis que la production de cuivre des actifs africains bondissait de 68 % à 67 900 tonnes, dont 51 900 tonnes pour KCC, en hausse de 72 %. Le cobalt produit au-delà des quotas est stocké dans le pays, et le groupe a différé les dernières étapes de raffinage pour éviter d’en supporter le coût tant que la vente reste bloquée. En clair, la valeur ne se joue plus dans la salle des marchés, elle se joue dans les teneurs, les taux de récupération et la disponibilité des circuits de traitement. Kamoto vise 300 000 tonnes de cuivre par an, contre environ 188 700 tonnes produites en 2025, et a engagé plus de trente millions de dollars dans un circuit High-GAC destiné à traiter des minerais fortement consommateurs d’acide jusqu’ici laissés de côté. Ce sont des problèmes d’ingénieur métallurgiste. Un ancien patron du processing y est chez lui.

L’actionnariat, angle mort du communiqué

Ce que l’organigramme ne dit pas est peut-être plus déterminant que ce qu’il annonce. Le 3 février 2026, Glencore et l’Orion Critical Mineral Consortium ont signé un protocole d’accord non contraignant portant sur l’acquisition de 40 % des intérêts du groupe dans Mutanda Mining et Kamoto Copper Company, sur la base d’une valeur d’entreprise d’environ neuf milliards de dollars. Le consortium, constitué en octobre 2025 autour d’Orion Resource Partners et de l’International Development Finance Corporation américaine, obtiendrait le droit de nommer des administrateurs non exécutifs et d’orienter la commercialisation de sa quote-part de production vers des acheteurs désignés, conformément à l’accord de partenariat stratégique entre Washington et Kinshasa. La gestion opérationnelle resterait dans le périmètre Glencore. L’opération demeure suspendue à la due diligence, à la signature d’une documentation contraignante et aux autorisations réglementaires, et n’était pas bouclée en juillet 2026. Le contentieux fiscal en cours y ajoute un risque d’exécution que personne ne chiffre publiquement.

Il faut y ajouter un épisode londonien souvent oublié à Kinshasa. Les discussions de fusion entre Rio Tinto et Glencore, rendues publiques le 7 janvier 2026, ont été abandonnées le 5 février 2026, le groupe suisse jugeant que les termes proposés sous-évaluaient sa branche cuivre et son portefeuille de croissance. Autrement dit, les actifs congolais ne sont pas seulement des mines. Ils sont la principale démonstration de valeur d’un groupe qui a refusé de se vendre au prix qu’on lui offrait.

La question qui reste posée

La congolisation du sommet est réelle et elle est datée. Elle suit une trajectoire déjà engagée, celle d’un groupe qui revendique près de dix milliards de dollars investis dans le pays depuis 2007, environ dix-huit mille employés dont l’écrasante majorité de nationaux, et qui a réglé en décembre 2022 une transaction de cent quatre-vingts millions de dollars avec l’État congolais pour solder un dossier de corruption. Après un tel passif, la nationalité des dirigeants n’est pas un supplément d’âme, c’est un actif réputationnel.

Reste la seule question qui vaille en matière de gouvernance : le déplacement des titres s’accompagne-t-il d’un déplacement des droits de décision. Le mandat du nouveau directeur général de Kamoto est expressément soumis à l’approbation d’un conseil d’administration où siègent la Gécamines et l’État, et que préside la présidente de Glencore RDC. La politique de prix de transfert, l’arbitrage des investissements, la commercialisation de la production et, demain, les administrateurs non exécutifs du consortium américain, relèvent d’échelons qui ne sont pas congolais. Si ces arbitrages restent intégralement à Baar, la promotion de cadres nationaux vaut surtout comme dispositif de représentation. S’ils se déplacent, même partiellement, vers Kinshasa et Kolwezi, alors quelque chose de structurel se produit dans l’économie minière congolaise.

Trois échéances permettront de trancher sans commentaire : l’issue du différend fiscal, le sort du protocole avec Orion et la composition du conseil de Kamoto qui en résultera, et la trajectoire vers les 300 000 tonnes de cuivre. Les nouveaux dirigeants ne seront pas jugés sur l’annonce de leur nomination. Ils le seront sur ce qu’ils auront eu le droit de décider.

Oswald F

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page