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Congo : Franc Mouzabakani Kiesse, l’ingénieur chargé de transformer l’ambition pétrolière en valeur nationale

Après plus d’une décennie chez TotalEnergies et plusieurs expériences au cœur de l’industrie énergétique, Franc Mouzabakani Kiesse prend la direction générale de l’Amont pétrolier de la République du Congo. Sa mission dépasse la progression des volumes : il devra renforcer le contrôle de l’État, accélérer les projets, contenir les coûts et faire de la production pétrolière un levier plus efficace de création de valeur nationale.

Le changement de fonction est particulièrement révélateur. Jusqu’à récemment, Franc Mouzabakani Kiesse travaillait du côté des opérateurs, là où se conçoivent les projets, se négocient les investissements et s’arbitrent les contraintes techniques des actifs pétroliers. Le voici désormais installé de l’autre côté de la table, au sein de l’administration chargée d’encadrer, de contrôler et d’orienter les activités d’exploration et de production.

Nommé directeur général de l’Amont pétrolier lors du Conseil des ministres du 18 juin 2026, puis officiellement installé le 9 juillet, l’ingénieur en électrotechnique succède à Stev Simplice Onanga, devenu ministre des Hydrocarbures en avril. Cette continuité institutionnelle place les deux hommes au centre d’un même dispositif : au ministre l’orientation politique du secteur, au nouveau directeur général la traduction technique, réglementaire et opérationnelle de cette ambition. Le communiqué officiel du gouvernement confirme sa nomination et sa qualification d’ingénieur en électrotechnique.

Le poste est stratégique. La Direction générale de l’Amont pétrolier constitue le bras technique du ministère pour les activités situées avant le raffinage : exploration, évaluation des découvertes, développement des champs, production et suivi des opérateurs. Dans un pays où les hydrocarbures restent déterminants pour les exportations, les finances publiques et l’équilibre extérieur, contrôler l’amont revient à surveiller l’une des principales sources de pouvoir économique de l’État.

Une trajectoire construite à l’intérieur de l’industrie

Le parcours de Franc Mouzabakani Kiesse donne à sa nomination une cohérence particulière. Avant son entrée dans l’administration, il a travaillé chez CMS Nomeco, Air Liquide et Eni Congo, puis passé onze années au sein de TotalEnergies. Ses responsabilités l’ont conduit de l’environnement industriel et opérationnel à la gestion des coentreprises, aux relations avec les autorités publiques et, plus récemment, à des fonctions d’architecte pétrolier à Paris.

Ce cheminement lui a permis d’aborder plusieurs dimensions d’un projet pétrolier. La première est technique : comprendre les installations, les contraintes de production, les risques industriels et les choix d’ingénierie. La deuxième est économique : apprécier la rentabilité d’un développement, la structure de ses coûts et les conditions permettant de prolonger la vie d’un champ. La troisième est institutionnelle : travailler dans un secteur où chaque investissement s’inscrit dans un cadre contractuel liant l’État, la Société nationale des pétroles du Congo et les opérateurs internationaux.

Cette expérience ne garantit pas, à elle seule, le succès de son mandat. Elle lui donne toutefois une connaissance utile de la manière dont les compagnies construisent leurs décisions d’investissement, défendent leurs budgets et hiérarchisent leurs projets. Pour l’administration congolaise, l’enjeu consiste précisément à utiliser cette compréhension du secteur privé pour renforcer sa capacité de négociation et de contrôle.

Sa nomination marque ainsi un passage de l’expertise à l’autorité. Franc Mouzabakani Kiesse ne sera plus chargé de défendre la performance d’un opérateur ou d’un actif particulier. Il devra protéger l’intérêt général dans un écosystème où l’État veut simultanément attirer les capitaux, accélérer la production et obtenir une part plus importante de la valeur créée.

Le défi des 500 000 barils

L’objectif gouvernemental de porter la production congolaise à 500 000 barils par jour donne la mesure de la mission. En 2024, le Congo produisait en moyenne environ 260 000 barils de brut par jour et disposait de 1,811 milliard de barils de réserves prouvées, selon le Bulletin statistique annuel 2025 de l’OPEP. Atteindre la cible affichée supposerait donc de se rapprocher d’un doublement de la production observée en 2024.

Cette ambition repose sur plusieurs leviers : développer de nouvelles découvertes, raccorder rapidement les réserves proches des infrastructures existantes, relancer les champs matures et réduire les délais administratifs qui séparent une décision d’investissement de la première production.

Le contexte offre de réelles possibilités. En avril 2026, TotalEnergies a annoncé une nouvelle découverte sur la structure Moho G. Associée à la découverte de Moho F, elle représenterait près de 100 millions de barils de ressources récupérables. Leur proximité avec les installations existantes de Moho, qui produisent autour de 90 000 barils équivalent pétrole par jour, pourrait permettre un développement par raccordement, plus rapide et moins coûteux qu’un projet autonome. TotalEnergies détient 63,5 % du permis, aux côtés de Trident Energy et de la SNPC.

L’arrivée de Trident Energy en 2025 a également recomposé le paysage opérationnel. Le groupe contrôle désormais des participations dans Nkossa, Nsoko II, Lianzi et Moho-Bilondo, avec une stratégie tournée vers la revitalisation des actifs matures, la stimulation des puits existants et de nouveaux forages. L’opérateur présente la relance de ces champs comme l’un des piliers de son développement au Congo.

Pour Franc Mouzabakani Kiesse, la difficulté sera de transformer ces annonces en production additionnelle réelle. L’expérience des économies pétrolières montre qu’une découverte ne devient pas automatiquement une recette budgétaire. Entre l’identification d’une ressource et sa mise en exploitation se succèdent études, approbations, engagements financiers, travaux sous-marins, forages et arbitrages commerciaux. La valeur de la nouvelle direction générale se mesurera donc à sa capacité à suivre les calendriers, lever les blocages et maintenir une pression d’exécution sur l’ensemble des parties.

Produire davantage, contrôler mieux

Le second enjeu est plus discret, mais probablement plus important : la maîtrise des coûts pétroliers. Dans les contrats de partage de production, les dépenses engagées par les opérateurs influencent directement la quantité de pétrole disponible pour rémunérer l’investissement avant le partage de la production restante. Des coûts insuffisamment contrôlés peuvent donc réduire la part économique revenant à l’État, même lorsque les volumes progressent.

Franc Mouzabakani Kiesse a placé parmi ses priorités le renforcement du contrôle des activités d’exploration et de production, le suivi des projets et l’audit des coûts de développement présentés par les compagnies. Il entend également accroître les bénéfices retirés par l’État des projets en amont et accompagner la montée en puissance de la SNPC. Ces orientations ont été présentées lors de son installation et rapportées par l’African Energy Chamber.

C’est ici que son passage chez TotalEnergies pourrait devenir un avantage institutionnel. Ayant travaillé sur la conception et l’économie des projets, il connaît les mécanismes de justification des dépenses, les arbitrages entre sécurité, performance et rentabilité, ainsi que le fonctionnement des associations pétrolières. Cette connaissance devra toutefois s’appuyer sur des équipes administratives suffisamment qualifiées, des données fiables et des procédures d’audit robustes. Dans une industrie aussi technique, l’autorité réglementaire ne peut être efficace que si son niveau d’expertise se rapproche de celui des opérateurs qu’elle contrôle.

Faire du contenu local une capacité industrielle

Le troisième chantier concerne le contenu local. Le Congo dispose depuis 2019 d’un dispositif réglementaire encadrant la sous-traitance, la prestation de services, l’emploi, la formation et la promotion des travailleurs congolais dans le secteur pétrolier. Le ministère des Hydrocarbures publie notamment les textes relatifs aux agréments, aux obligations des opérateurs et aux sanctions applicables en cas de non-respect.

Mais le contenu local ne peut se limiter à comptabiliser des contrats attribués ou des emplois créés. Son véritable test réside dans la capacité des entreprises congolaises à accéder progressivement aux segments techniques, à améliorer leurs standards, à investir dans leurs équipements et à conserver durablement une partie de la dépense pétrolière dans l’économie nationale.

Le nouveau directeur général devra donc arbitrer entre deux impératifs. Il lui faudra imposer plus fermement les obligations nationales, tout en évitant qu’un contenu local purement administratif ne devienne une source de coûts, d’intermédiation ou de faible compétitivité. La réussite consistera à transformer la commande pétrolière en compétences, en capital productif et en entreprises capables d’intervenir au-delà du marché congolais.

Cette exigence est d’autant plus forte que le pétrole, malgré son poids, ne peut constituer à lui seul une stratégie de développement. La Banque mondiale rappelle que la baisse de la production liée à des difficultés techniques et la volatilité des prix illustrent la fragilité d’une croissance dépendante des hydrocarbures. Elle appelle parallèlement à une meilleure gestion du capital naturel et à une accélération de la diversification économique. Son rapport économique 2025 souligne que la croissance de 2024 n’a pas encore entraîné de recul significatif de la pauvreté.

Franc Mouzabakani Kiesse arrive ainsi à un moment où le Congo ne peut plus seulement mesurer sa politique pétrolière en barils produits. Son mandat sera évalué sur la capacité de l’administration à convertir chaque nouveau projet en recettes mieux sécurisées, en coûts mieux maîtrisés, en compétences nationales et en actifs durables.

Sa nomination consacre un profil technique, façonné dans l’industrie et désormais placé au service de l’État. Elle ouvre surtout une épreuve d’exécution. Entre les ambitions de production, la discipline réglementaire, les attentes des investisseurs et la défense des intérêts nationaux, le nouveau directeur général devra démontrer qu’une meilleure connaissance des opérateurs peut conduire à une meilleure gouvernance de la ressource. C’est à cette condition que l’essor annoncé de l’amont pétrolier pourra dépasser la performance extractive pour devenir une véritable stratégie économique.

Mérimé Wilson

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