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Richard Beya Ilunga, le juriste chargé de transformer les actifs pétroliers de l’État en levier de souveraineté

À la tête de l’Entreprise nationale de gestion des infrastructures pétrolières, Richard Beya Ilunga conduit l’une des transitions les plus stratégiques du secteur énergétique congolais. Sa mission : convertir un patrimoine récupéré par l’État en un outil performant de sécurisation des approvisionnements, de modernisation logistique et de compétitivité économique.

Dans le secteur pétrolier, le pouvoir ne se mesure pas seulement en barils produits. Il réside également dans la maîtrise des pipelines, des terminaux, des dépôts et des mécanismes de fixation des prix. C’est précisément sur ce terrain, moins visible mais déterminant, que s’inscrit aujourd’hui Richard Beya Ilunga.

Nommé directeur général de l’Entreprise nationale de gestion des infrastructures pétrolières, ENGIP-RDC SA, par ordonnance présidentielle rendue publique le 28 février 2026, ce juriste spécialiste du secteur pétrolier hérite d’une responsabilité qui dépasse largement l’administration d’une nouvelle société publique. Il lui revient de participer à la reprise en main, par la République démocratique du Congo, d’infrastructures essentielles à son approvisionnement énergétique.

Du droit à la gouvernance pétrolière

Le profil de Richard Beya Ilunga se distingue par une articulation rare entre expertise juridique, connaissance des mécanismes de formation des prix et expérience de la gouvernance d’entreprise.

Chercheur en droit et auteur de plusieurs publications consacrées notamment au droit OHADA, à la fiscalité et aux Objectifs de développement durable, il a également siégé au Conseil d’administration de FINA LOG SA entre 2023 et 2025. Cette expérience l’a placé au cœur d’une entreprise stratégique dont la concession, arrivée à échéance le 31 décembre 2025, a permis le retour à l’État congolais d’importants actifs pétroliers.

Richard Beya Ilunga a par ailleurs participé au Comité de suivi des prix des produits pétroliers du ministère de l’Économie nationale ainsi qu’à la Commission chargée de la détermination du prix moyen frontière au ministère des Hydrocarbures. Deux fonctions techniques qui lui ont offert une lecture directe de la chaîne pétrolière congolaise, depuis l’importation jusqu’au prix payé par le consommateur.

Prendre le contrôle d’un héritage stratégique

Créée le 15 janvier 2026, l’ENGIP-RDC SA est née de la volonté de l’État de sécuriser et de valoriser les infrastructures récupérées à la fin de la concession de FINA LOG. Ce patrimoine comprend notamment deux pipelines de 332 kilomètres, des terminaux pétroliers à Matadi, Ango-Ango et Kinshasa, ainsi que plusieurs dépôts et stations de pompage.

Pour Richard Beya Ilunga, l’enjeu consiste à transformer ce transfert patrimonial en véritable capacité opérationnelle. Il ne suffit pas que l’État possède les infrastructures : encore faut-il garantir leur continuité d’exploitation, financer leur maintenance, renforcer leur sécurité et préparer leur modernisation.

Les premiers mois de son mandat traduisent cette recherche d’équilibre. Le 7 avril 2026, l’ENGIP-RDC SA a conclu quatre contrats d’exploitation avec SEP-Congo portant notamment sur l’utilisation des pipelines, des équipements industriels et de plusieurs bâtiments. Cette architecture contractuelle doit permettre de préserver la continuité logistique sur l’axe stratégique Matadi-Kinshasa, tout en renforçant la position de l’État dans la gestion de ses actifs.

Construire une vision nationale

En juin 2026, Richard Beya Ilunga a remis à la ministre d’État chargée des Hydrocarbures une cartographie des capacités nationales de stockage des produits pétroliers. L’initiative révèle une méthode fondée sur la connaissance des actifs, la planification des investissements et l’interconnexion progressive des infrastructures.

Cette démarche est essentielle dans un pays où les distances, le déficit d’équipements et la dépendance aux importations de produits raffinés rendent l’approvisionnement particulièrement vulnérable. Une logistique pétrolière plus performante pourrait contribuer à réduire les surcoûts, sécuriser les provinces et soutenir des secteurs aussi déterminants que les mines, l’industrie, l’agriculture, les transports et la production électrique.

Mais le véritable test sera celui de l’exécution. L’ENGIP-RDC devra démontrer sa capacité à mobiliser des capitaux, imposer une gouvernance transparente, moderniser les installations et produire des résultats mesurables sur les coûts et la disponibilité des produits pétroliers.

Richard Beya Ilunga se trouve ainsi à un point de bascule. Son parcours de juriste lui a donné la maîtrise des normes et des contrats. Sa nouvelle fonction l’oblige désormais à transformer cette expertise en performance industrielle. Dans cette transition se joue une partie de sa crédibilité, mais aussi une fraction importante de la souveraineté énergétique congolaise.

Mérimé Wilson

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