Christian Kajeneri, l’architecte des paiements numériques à la tête de MoMo Congo

Dans l’économie numérique africaine, les dirigeants les plus décisifs ne sont pas toujours ceux qui parlent le plus fort. Ce sont souvent ceux qui comprennent les flux : flux d’argent, de données, de confiance, de conformité, de clients et d’infrastructures. Christian Kajeneri appartient à cette catégorie. Depuis mars 2025, il occupe les fonctions de Chief Executive Officer & Executive Director de MoMo Congo, avec une mission à forte portée stratégique : conduire l’expansion d’un acteur clé du mobile money dans un marché congolais où la finance digitale n’est plus un service périphérique, mais l’un des leviers de modernisation de l’économie.
Son arrivée à la tête de MoMo Congo ne relève pas du hasard. Elle s’inscrit dans une trajectoire patiemment construite entre technologie, télécommunications, banque, fintech et régulation. Rarement un parcours aura autant traversé les différentes couches qui structurent aujourd’hui l’économie des paiements en Afrique : l’infrastructure technique, la distribution commerciale, les produits digitaux, les canaux bancaires, la stratégie fintech et la supervision des systèmes de paiement.
Avant de prendre les commandes de MoMo Congo, Christian Kajeneri a occupé, de février 2024 à février 2025, le poste de Director, Payment Systems à la National Bank of Rwanda. Cette expérience au sein d’une banque centrale constitue un marqueur important. Elle l’a placé au cœur des sujets les plus sensibles de la finance moderne : sécurité des transactions, stabilité des systèmes de paiement, interopérabilité, conformité, protection des utilisateurs et dialogue entre innovation privée et exigence publique. Dans un secteur où la vitesse technologique peut parfois devancer la maturité réglementaire, ce passage par la supervision monétaire donne à son profil une profondeur particulière.
Mais Christian Kajeneri n’est pas seulement un homme des cadres réglementaires. Il est aussi un praticien du marché. Entre juin 2021 et janvier 2024, il évolue chez Mobile Money Rwanda Ltd comme Senior Manager Fintech Strategy, Products and Services. Cette étape le rapproche du cœur opérationnel du mobile money : conception des produits, amélioration de l’expérience client, développement de services financiers digitaux, compréhension des usages et structuration d’une offre capable de répondre à la fois aux particuliers, aux commerçants et aux entreprises.
Ce double regard, à la fois institutionnel et opérationnel, constitue aujourd’hui l’un de ses principaux atouts. Diriger une entreprise de mobile money ne consiste plus seulement à gérer des dépôts, des retraits et des transferts. Le métier a changé d’échelle. Il touche désormais au paiement marchand, à la collecte, au crédit, à l’épargne, aux services publics, aux interfaces avec les banques, à la donnée, à la cybersécurité et à l’inclusion financière. À l’échelle du groupe MTN, la fintech est devenue un axe stratégique de croissance : au premier trimestre 2024, MTN indiquait une progression de 11 % de ses revenus fintech, dans un groupe qui comptait alors 287,6 millions d’abonnés.
La force de Christian Kajeneri est d’avoir abordé ces enjeux par plusieurs portes. Avant Mobile Money Rwanda, il dirige les paiements et les canaux digitaux chez Equity Bank Limited à Kigali, entre janvier 2020 et juin 2021. Ce passage bancaire est essentiel. Il lui donne une lecture plus large de la relation entre banque traditionnelle et finance mobile. Là où certains opposent les établissements financiers classiques aux opérateurs de mobile money, son parcours montre plutôt une capacité à comprendre les zones de convergence : distribution, conformité, rapidité transactionnelle, acquisition client, digitalisation des services et construction de la confiance.
Cette culture des paiements s’appuie sur une base technique ancienne. Christian Kajeneri est diplômé en électronique et télécommunications de l’Université du Rwanda, après un cursus mené entre 2005 et 2011. Cette formation initiale éclaire la suite de son parcours. Avant la fintech, il y a chez lui une compréhension des réseaux, des systèmes, des infrastructures et de la connectivité. Or, dans le mobile money africain, la technologie n’est jamais abstraite. Elle doit fonctionner dans des environnements réels, parfois contraints, où les usages reposent autant sur le téléphone basique, l’agent de proximité et l’USSD que sur les applications mobiles.
Ses premières expériences professionnelles traduisent cette montée progressive. De 2010 à 2012, il est Information Technology System Administrator au Rwanda Development Board. De 2012 à 2014, il occupe un poste de Senior Account Manager chez Broadband Systems Corporation. Il rejoint ensuite Bharti Airtel, où il évolue entre 2014 et 2018 jusqu’à des responsabilités de Head of Supply Chain Management, après avoir été Planning, Reporting & Compliance Manager. Cette séquence est moins anecdotique qu’elle n’y paraît. Dans les télécommunications et le mobile money, la performance dépend aussi de la rigueur logistique, du suivi opérationnel, de la disponibilité des réseaux commerciaux et de la capacité à piloter des chaînes complexes.
En 2019, son passage chez Ericsson comme Account Manager pour la région MMEA CU MTN East Africa, avec des responsabilités couvrant Lusaka, Mbabane et Kigali, élargit encore son exposition. Il y travaille dans un environnement régional, au contact de grands opérateurs télécoms, dans des marchés où la connectivité devient l’infrastructure de base de nombreux services numériques. Cette expérience internationale prépare la suite : une carrière de plus en plus orientée vers les plateformes, les partenariats et la transformation des usages.
À la tête de MoMo Congo, Christian Kajeneri arrive donc avec un profil rare : ingénieur de formation, manager commercial, spécialiste des paiements, stratège fintech et ancien responsable au sein d’une banque centrale. Cette combinaison est précieuse pour un marché congolais où le mobile money peut jouer un rôle déterminant dans la formalisation progressive des transactions, l’accès des PME aux services financiers, la digitalisation du commerce et l’élargissement de l’inclusion financière.
Le défi est considérable. Le mobile money en Afrique repose sur une promesse simple, mais difficile à exécuter : permettre à des millions de personnes d’effectuer des transactions sans dépendre exclusivement du réseau bancaire classique. Les travaux récents sur le secteur rappellent que ces services permettent les dépôts, retraits et transferts via téléphone mobile et réseaux d’agents, tout en exposant les opérateurs à des enjeux sensibles de connaissance client, de protection des données et de sécurité transactionnelle.
Dans ce contexte, le leadership de Christian Kajeneri devra probablement se jouer sur trois fronts. Le premier est celui de la confiance. Dans la finance digitale, la confiance est l’actif central. Elle se construit par la disponibilité du service, la transparence des frais, la résolution rapide des incidents, la sécurité des transactions et la pédagogie auprès des utilisateurs.
Le deuxième front est celui de l’usage marchand. Le mobile money devient vraiment transformateur lorsqu’il dépasse le transfert entre particuliers pour s’installer dans le quotidien économique : paiement chez les commerçants, règlement de factures, services aux entreprises, encaissement digital, intégration avec les plateformes et solutions de paiement pour les PME. C’est là que MoMo Congo peut devenir un outil de productivité, et non seulement un portefeuille électronique.
Le troisième front est celui de la conformité intelligente. Le parcours de Christian Kajeneri à la National Bank of Rwanda peut ici faire la différence. Dans un secteur soumis à des exigences croissantes, l’innovation durable ne se construit pas contre le régulateur, mais avec lui. Elle suppose une capacité à concilier ambition commerciale, protection des consommateurs, lutte contre la fraude, exigences prudentielles et stabilité du système.
Sa formation managériale renforce cette posture. Christian Kajeneri est titulaire d’un MBA en leadership de l’ALU School of Business, obtenu entre 2017 et 2019. Il a également suivi des programmes de Harvard Business School Online en Negotiation Mastery et Economics for Managers, ainsi qu’un Advanced Certificate Program on Digital Finance à Harvard Law School en 2024. Ces formations disent quelque chose de son positionnement : un dirigeant à l’intersection du leadership, de l’économie, de la négociation et de la finance numérique.
Pour MoMo Congo, son profil ouvre une séquence stratégique. Le marché congolais a besoin de solutions financières simples, sûres, accessibles et adaptées aux réalités locales. Les particuliers attendent de la fluidité. Les commerçants attendent de la fiabilité. Les entreprises attendent des outils d’encaissement et de paiement. Les régulateurs attendent de la discipline. Les investisseurs regardent la profondeur du marché. Christian Kajeneri devra faire tenir ensemble ces attentes parfois contradictoires.
C’est précisément ce qui rend son parcours intéressant. Il n’arrive pas seulement avec une expérience fintech. Il arrive avec une compréhension complète de l’écosystème. Il sait ce que coûte une infrastructure. Il sait ce qu’exige une banque. Il sait ce qu’attend un régulateur. Il sait ce que représente un produit digital lorsqu’il doit être utilisé non pas par quelques milliers d’initiés, mais par des millions de clients aux profils très différents.
À l’heure où la finance africaine se réinvente par le téléphone mobile, Christian Kajeneri incarne une génération de dirigeants capables de parler plusieurs langues à la fois : celle des ingénieurs, celle des banquiers, celle des régulateurs, celle des opérateurs télécoms et celle des consommateurs. C’est cette grammaire multiple qui peut faire de MoMo Congo un acteur plus structurant encore dans l’économie congolaise.
Son défi ne sera pas seulement de faire croître une base d’utilisateurs ou d’augmenter le volume des transactions. Il sera de contribuer à installer une culture durable du paiement digital, dans un pays où la modernisation financière passe par la proximité, la simplicité et la confiance. Pour Christian Kajeneri, la mission est claire : transformer le mobile money en infrastructure économique du quotidien.
Mérimé Wilson



