Marcus Nzolameso, l’architecte de capital qui veut relier les actifs africains aux grandes poches de liquidité mondiale

Dans la finance africaine, le prochain cycle ne se jouera pas seulement sur la découverte de ressources, l’émergence de start-up ou la multiplication des grands projets. Il se jouera surtout sur une question plus structurelle : qui saura transformer les opportunités africaines en actifs lisibles, gouvernés, financés et acceptables pour les investisseurs institutionnels internationaux ? C’est précisément sur cette ligne de crête que Marcus Bienvenu Mavakala Nzolameso entend inscrire son nom.
Fondateur de Dominion Private Equity Partners, dirigeant de Dominion Group SA et CEO de Peach Capital, Marcus Nzolameso évolue depuis plus de deux décennies dans l’univers du financement, de l’intermédiation, du crédit commercial, de l’investissement et de la structuration de capital. Son parcours, commencé dans la banque américaine avant de s’élargir vers le conseil financier, le private equity, le venture capital et les opérations de croissance, raconte une trajectoire singulière : celle d’un financier formé à la discipline des marchés occidentaux, mais progressivement tourné vers une ambition panafricaine plus large.
Son projet le plus récent, Dominion Private Equity Partners, se présente comme une plateforme panafricaine de private equity, venture capital et fusions-acquisitions. L’ambition affichée est élevée : aligner les actifs africains les plus stratégiques avec les capitaux mondiaux, en particulier dans les mines, l’énergie, le pétrole et gaz, les infrastructures, l’agriculture et la technologie. Dans un continent où les besoins de financement restent considérables, mais où de nombreux projets demeurent sous-capitalisés, mal structurés ou insuffisamment préparés aux standards internationaux, Marcus Nzolameso défend une conviction simple : l’Afrique ne manque pas seulement d’opportunités, elle manque encore trop souvent d’architectures financières capables de rendre ces opportunités investissables.
Cette nuance est essentielle. Car le capital international ne se mobilise pas uniquement sur la base d’un potentiel géologique, démographique ou commercial. Il exige des véhicules crédibles, une gouvernance claire, des audits indépendants, des dispositifs de conformité, des mécanismes de sortie et une capacité à réduire les asymétries d’information. Dominion Private Equity Partners se positionne justement sur ce terrain : non pas comme un simple apporteur de fonds, mais comme un concepteur de structures de financement, un assembleur de transactions et un pont entre les détenteurs d’actifs africains et les investisseurs capables d’engager des capitaux longs.
Cette approche s’inscrit dans un contexte mondial particulier. Après plusieurs années de ralentissement des sorties et de tension sur les valorisations, l’industrie du private equity cherche à redéployer d’importantes réserves de capital non investi, tout en devenant plus exigeante sur la qualité des deals, la gouvernance et les perspectives de liquidité. Le marché mondial reste donc abondant en capitaux, mais plus sélectif. Pour l’Afrique, cette sélectivité peut être une contrainte ; elle peut aussi devenir une opportunité si les projets sont mieux structurés, mieux documentés et mieux défendus auprès des investisseurs.
Marcus Nzolameso semble avoir construit son parcours autour de cette idée. Avant Dominion, il dirige Peach Capital, plateforme de financement commercial et de conseil destinée aux petites entreprises, aux start-up et aux sociétés en croissance. Depuis 2016, l’entreprise revendique une mission claire : aider les entrepreneurs à accéder aux capitaux dont ils ont besoin pour se développer, en les connectant à des banques régionales, des prêteurs spécialisés, des solutions de crédit d’entreprise, des lignes de financement, des prêts SBA, du financement d’équipement ou encore des mécanismes alternatifs de trésorerie. Derrière cette activité, il y a une expérience concrète du terrain entrepreneurial : comprendre pourquoi les entreprises échouent à lever, pourquoi les banques refusent certains dossiers, comment bâtir un crédit corporate solide et comment transformer une demande de financement en dossier bancable.
Cette proximité avec les PME américaines constitue l’un des socles de son profil. Marcus Nzolameso n’arrive pas au private equity par abstraction théorique. Il vient d’un monde où le financement se gagne dossier par dossier, où la confiance se construit par la preuve, où la structuration juridique, la lisibilité comptable et la crédibilité du dirigeant peuvent décider de l’avenir d’une entreprise. C’est cette grammaire du financement qu’il cherche désormais à transposer à une échelle plus large : celle des actifs africains, des grands projets industriels et des capitaux institutionnels.
Son itinéraire commence plus tôt encore, dans le système financier américain. Entre 2003 et 2005, il exerce comme banquier chez Chase, avec une exposition aux prêts, aux fonds communs de placement, à l’assurance-vie, aux annuités, aux comptes de retraite et à la banque d’affaires. Il dirige ensuite Global International Investments Group, dans la région de Los Angeles, entre 2005 et 2013, puis BizBanq.com de 2013 à 2016. Cette progression traduit une constante : Marcus Nzolameso a toujours travaillé au croisement du financement, de l’investissement et de l’accès au capital.
À partir de 2025, son parcours prend une tournure plus ouvertement africaine. À Johannesburg, il prend la direction de Dominion Group SA, présenté comme un groupe actif dans plusieurs secteurs, notamment l’énergie, les mines et la fintech. Dans la même période, il devient Chairperson du FOCAMEC, le Forum Congolese American on Mining and Diversification of Economy, une initiative qui entend visiblement articuler les enjeux miniers congolais, les réseaux américains et la diversification économique. Là encore, le message est cohérent : il ne s’agit pas seulement de financer des opérations isolées, mais de penser l’écosystème de capital autour des ressources, de la transformation et de l’industrialisation.
Le Congo, dans ses deux réalités nationales, sait mieux que beaucoup d’autres pays africains ce que signifie disposer d’actifs considérables sans toujours maîtriser les circuits de valorisation, de transformation et de financement. Mines, énergie, hydrocarbures, agriculture, infrastructures, services numériques : les potentialités existent. Mais elles ne deviennent des leviers de puissance économique que lorsqu’elles sont organisées, sécurisées, financées et inscrites dans des chaînes de valeur solides. C’est à ce niveau que le discours de Marcus Nzolameso trouve sa portée : faire de la finance non pas un simple instrument de captation, mais un outil d’architecture économique.
Son positionnement comporte cependant une exigence majeure : la preuve. Les ambitions annoncées par Dominion Private Equity Partners — mobiliser 1 milliard de dollars à court terme et viser une montée vers 100 milliards de dollars d’ici 2030 — sont considérables. Elles doivent donc être lues comme des objectifs stratégiques, non comme des réalisations acquises. Dans un secteur où la crédibilité se mesure aux transactions clôturées, aux capitaux effectivement engagés, aux partenaires institutionnels confirmés, aux audits, aux exits et à la performance nette pour les investisseurs, le véritable test sera celui de l’exécution.
C’est précisément là que le profil de Marcus Nzolameso devient intéressant pour un média économique comme CONGOCEO. Il incarne une génération de financiers africains et diasporiques qui ne veulent plus se limiter au rôle d’intermédiaires périphériques dans les flux de capitaux mondiaux. Leur ambition est plus grande : maîtriser la structuration, parler le langage des family offices, des fonds souverains, des institutions financières, des banques d’investissement et des détenteurs d’actifs locaux, puis créer des véhicules capables de retenir davantage de valeur sur le continent.
Sa formation actuelle ou annoncée dans l’univers du private equity et du venture capital à Columbia Business School Executive Education, sur la période 2025-2026 selon les éléments biographiques communiqués, s’inscrit dans cette logique de montée en sophistication. Elle traduit une volonté de renforcer les outils d’évaluation, de structuration de term sheets, de gestion de portefeuille, de narration financière et de négociation propres à l’investissement institutionnel. Dans ce métier, l’intuition ne suffit pas. Il faut des méthodes, des cadres, des standards, une capacité à lire les risques et à construire la confiance.
Marcus Nzolameso avance donc avec une proposition claire : convertir le potentiel africain en actifs de qualité institutionnelle. C’est une promesse exigeante, car elle oblige à concilier rendement et impact, ambition et conformité, vision panafricaine et discipline d’exécution. Mais c’est aussi l’un des enjeux les plus décisifs du moment. L’Afrique dispose d’actifs. Le monde dispose de liquidités. Entre les deux, il faut des architectes capables de bâtir les ponts, les structures et les garanties.
Marcus Nzolameso veut être de ceux-là. Son défi, désormais, sera de transformer cette conviction en transactions visibles, en capitaux mobilisés, en entreprises financées et en valeur durablement créée sur le continent. Car dans le private equity comme dans l’histoire économique, les grandes ambitions ne deviennent crédibles qu’au moment où elles commencent à produire des résultats vérifiables.
Mérimé Wilson



