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Carlos Perez Ted Koua, le financier devenu bâtisseur du très haut débit congolais

Dans l’économie numérique congolaise, certains dirigeants avancent moins par le bruit que par la méthode. Carlos Perez Ted Koua appartient à cette catégorie rare de managers pour qui la transformation d’une entreprise commence par la maîtrise des chiffres, la discipline des opérations et l’obsession du client. Depuis août 2022, à la tête de GVA Congo, filiale de Group Vivendi Africa spécialisée dans l’accès internet très haut débit par fibre optique jusqu’au domicile, il pilote l’une des infrastructures les plus stratégiques du pays : celle qui relie les foyers, les entreprises, les usages numériques et les ambitions de modernisation économique.

Son profil tranche avec l’image classique du dirigeant télécom venu uniquement de la technique. Carlos Perez Ted Koua est d’abord un financier de haut niveau, formé à l’économie, à la banque et à la finance, puis aguerri dans plusieurs environnements africains exigeants. De Citigroup à Unilever, de SGS à BIA Group, de Barry Callebaut à Bboxx, de Sirio International à GVA, il a construit une trajectoire panafricaine où la finance n’est jamais restée une fonction de contrôle, mais un outil de décision, de croissance et de restructuration.

À Brazzaville, cette culture de la précision prend une dimension opérationnelle. Diriger GVA Congo, ce n’est pas seulement vendre de la fibre. C’est organiser une entreprise dans un marché où l’accès fiable à internet devient un déterminant de compétitivité, d’éducation, de services, de productivité et d’inclusion numérique. Dans un pays où les entreprises ont besoin de connexions plus stables, où les ménages adoptent progressivement de nouveaux usages et où l’économie numérique reste encore à structurer, la fibre optique ne relève plus du confort technologique. Elle devient une infrastructure économique.

Les premiers résultats présentés dans son parcours donnent la mesure de son approche. À la fin de sa première année à la direction de GVA Congo, l’entreprise indique avoir réduit ses charges opérationnelles de 7 %, augmenté son chiffre d’affaires de 33 % et fait progresser sa base clients de 88 %. Trois indicateurs qui résument une méthode : contrôler les coûts sans casser la dynamique commerciale, augmenter les revenus sans perdre de vue la qualité d’exécution, élargir la clientèle tout en installant une culture centrée sur l’expérience utilisateur.

Cette capacité à relier performance financière et excellence opérationnelle s’est forgée bien avant son arrivée au Congo. Entre 2020 et 2022, Carlos Perez Ted Koua occupe le poste de CFO de GVA Togo, à Lomé. Il y travaille sur la stratégie financière de long terme, le pilotage de la performance et l’optimisation fiscale. L’une des réalisations les plus significatives mentionnées dans son parcours concerne la mise en place de structures fiscalement efficientes ayant permis d’éviter des coûts inutiles, avec des économies estimées à 457 000 euros en 2021. Ce type de résultat illustre une compétence clé : transformer la fonction financière en levier direct de compétitivité.

Son passage chez Bboxx, comme Cluster CFO couvrant notamment le Mali, le Sénégal et le Ghana, élargit encore son champ d’action. Dans l’univers des solutions solaires domestiques financées à crédit, il intervient à la croisée de la finance, de l’énergie, de l’inclusion et de l’investissement. Il accompagne les équipes sur des projets de croissance, structure les politiques internes, produit le reporting destiné aux investisseurs et au conseil d’administration. Cette expérience est importante : elle l’installe dans des modèles économiques où la technologie, le financement et l’accès des populations à des services essentiels se rejoignent.

Avant cela, chez BIA Group, il occupe les fonctions de Regional Financial Controller pour un hub couvrant six pays, avec une responsabilité de CFO sur deux marchés, le Togo et le Bénin. Dans un groupe actif dans les mines, la construction, le transport et l’énergie, il contribue à l’amélioration de la marge brute, à la construction d’une feuille de route financière orientée croissance et à une meilleure gestion du recouvrement. L’amélioration du DSO de 15 jours, mentionnée dans son parcours, révèle un point souvent décisif dans les marchés africains : la performance ne dépend pas seulement du chiffre d’affaires signé, mais de la capacité à convertir l’activité en trésorerie réelle.

Chez Unilever, où il accompagne les activités francophones africaines couvrant 19 pays, Carlos Perez Ted Koua prend une autre dimension. Il y apporte un soutien financier, commercial et stratégique dans un environnement de grande consommation, avec des enjeux de volumes, de marges, de restructuration et de discipline budgétaire. Il participe à des efforts ayant contribué à une croissance des ventes de 15 %, à une marge brute de 20 %, ainsi qu’à des économies significatives dans le cadre du Zero-Based Budgeting. Il y assure également, pendant un an, les fonctions d’Acting CFO. Cette expérience lui donne une compréhension fine des grandes organisations, de la conduite du changement et des arbitrages difficiles.

Sa trajectoire avait commencé plus tôt dans la finance internationale. Chez Citigroup à Abidjan, entre 2003 et 2007, il travaille sur des budgets annuels de plus de 300 millions d’euros, les prévisions financières et les analyses d’écarts. Chez Sirio International, société de conseil télécom opérant notamment en Côte d’Ivoire, au Bénin et en Guinée, il participe à l’expansion régionale, pilote des processus d’appels d’offres représentant plus de 18 millions d’euros de chiffre d’affaires et contribue à lever jusqu’à 8 millions d’euros pour le financement de projets. Cette étape est particulièrement structurante : elle associe déjà télécommunications, expansion régionale et ingénierie financière.

À ce parcours opérationnel s’ajoute un socle académique solide. Carlos Perez Ted Koua est titulaire d’un Bachelor en économie et gestion et d’un Master en économie du développement de l’Université d’Abidjan. Il complète ensuite sa formation par un MBA en banque et finance au CESAG, institution de référence en Afrique de l’Ouest. En 2024, il suit le Senior Executive Program Africa de Harvard Business School, un programme destiné aux dirigeants africains confrontés aux enjeux de stratégie, de croissance, d’innovation et de transformation des marchés.

Ce qui distingue son parcours, au fond, n’est pas seulement l’accumulation de postes de haut niveau. C’est la cohérence d’une trajectoire construite autour d’un même fil conducteur : faire parler les chiffres pour mieux décider, restructurer pour mieux croître, gérer la complexité africaine sans céder à l’improvisation. Dans ses différentes fonctions, Carlos Perez Ted Koua a travaillé sur la trésorerie, la rentabilité, les relations investisseurs, les restructurations, les marges, le recouvrement, les budgets, les risques et les plans de croissance. À la tête de GVA Congo, cette grammaire financière se traduit désormais en choix industriels et commerciaux.

Son leadership arrive à un moment où le Congo-Brazzaville a besoin d’infrastructures numériques capables de soutenir la montée en puissance des entreprises, des services, de la formation, des contenus et de l’administration numérique. La fibre optique ne résout pas à elle seule les défis de transformation digitale. Mais sans elle, aucune économie numérique solide ne peut véritablement émerger. En ce sens, le rôle de GVA Congo dépasse la simple fourniture d’accès internet. Il participe à la construction d’un socle invisible, mais décisif, pour la productivité du pays.

Carlos Perez Ted Koua incarne ainsi une génération de dirigeants africains passés par les grandes écoles de la finance, les multinationales, les marchés régionaux et les secteurs stratégiques, avant de prendre les commandes d’entreprises directement exposées aux besoins concrets du continent. Son profil rappelle une évidence souvent négligée : dans les économies africaines en transformation, les bâtisseurs d’infrastructures ne sont pas seulement des ingénieurs. Ce sont aussi des financiers, des stratèges, des managers de terrain, capables de convertir une vision de marché en résultats mesurables.

À Brazzaville, son défi est désormais clair : faire de GVA Congo un acteur durable du très haut débit, consolider la confiance des clients, maintenir la discipline financière, élargir l’accès à la fibre et contribuer, par la connectivité, à l’architecture numérique du Congo de demain. Une mission à la croisée de la technologie, de la gestion et du développement économique.

Mérimé Wilson

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