Marie-Chantal Kaninda, la stratège des minerais qui comptent

Présidente de Glencore RDC depuis janvier 2023 et Présidente du Conseil d’administration de Kamoto Copper Company, Marie-Chantal Kaninda occupe l’un des postes les plus stratégiques de l’économie mondiale des minerais critiques. Première femme africaine à avoir dirigé le World Diamond Council, elle a fait de sa carrière une démonstration : la souveraineté minière africaine passe aussi par le leadership de ses cadres.
Il est peu de fonctions en Afrique où se croisent aussi directement les enjeux de la transition énergétique mondiale, de la géopolitique des matières premières et du développement national. Présider Glencore en République démocratique du Congo en fait partie. Depuis janvier 2023, cette responsabilité repose sur les épaules de Marie-Chantal Kaninda, économiste de formation et professionnelle des industries extractives depuis plus de vingt-cinq ans.
Un quart de siècle dans les majors minières
Diplômée en économie de l’université de Liège, en Belgique, Marie-Chantal Kaninda a construit son parcours dans les plus grands groupes miniers internationaux. Chez Ashanti Goldfields puis AngloGold Ashanti, elle se forge une première expertise dans l’or. Chez De Beers Group, elle prend en charge l’administration, la communication et les affaires extérieures pour l’Afrique centrale, ainsi que les relations avec les communautés à l’échelle du continent, dans l’industrie diamantaire, dont les enjeux de traçabilité et de réputation comptent parmi les plus sensibles du secteur extractif. Chez Rio Tinto enfin, elle occupe le poste de Directrice des relations extérieures pour l’Afrique.
Ce parcours culmine une première fois avec une distinction historique : elle devient, pendant deux ans, la première femme africaine à présider le World Diamond Council, l’instance qui représente l’industrie diamantaire dans le Processus de Kimberley. Une expérience, acquise notamment en rejoignant l’équipe de la présidence du Processus de Kimberley dès son arrivée en RDC en janvier 2011, qui lui donne une connaissance intime des mécanismes de gouvernance internationale des ressources naturelles.
Aux commandes du dispositif congolais de Glencore
Arrivée chez Glencore RDC comme Vice-Présidente puis Directrice exécutive en charge des affaires corporate, elle gravit les échelons jusqu’au sommet : Présidente du Conseil d’administration de Kamoto Copper Company (KCC) depuis juillet 2022, puis Présidente de Glencore RDC depuis janvier 2023. KCC, coentreprise entre Glencore (75 %) et la Gécamines (25 %), exploite près de Kolwezi l’un des plus grands gisements de cuivre et de cobalt du monde, avec un objectif de production de 300 000 tonnes de cuivre et 30 000 tonnes de cobalt par an.
Les enjeux qu’elle pilote se mesurent en milliards : dès 2021, Glencore a annoncé un programme d’investissement pluriannuel de 8 milliards de dollars dans ses projets congolais, couvrant notamment les mines KOV et Mashimba East ainsi que la raffinerie de Luilu. En 2022, le groupe a relancé la production de cuivre et de cobalt de la mine de Mutanda. Dans un pays qui est à la fois le premier producteur mondial de cobalt et le premier producteur africain de cuivre, ces décisions d’allocation de capital pèsent directement sur la place de la RDC dans les chaînes de valeur de la transition énergétique mondiale.
À cette responsabilité s’ajoute un autre mandat de premier plan : la présidence du Conseil d’administration de Standard Bank RDC, filiale du premier groupe bancaire africain. Le cumul est révélateur : mines et banque, les deux systèmes circulatoires de l’économie congolaise, s’appuient sur la même compétence de gouvernance.
Le plaidoyer pour l’inclusion, une conviction stratégique
Reconnue trois années consécutives parmi les femmes les plus influentes du continent par Forbes Africa, Marie-Chantal Kaninda n’a jamais dissocié sa réussite personnelle d’un combat plus large : l’accès des filles et des femmes à l’éducation, à la formation et aux carrières du secteur minier. Fondatrice de la MCKM Foundation, association à but non lucratif dédiée à l’éducation des filles en RDC, elle exerce également un mentorat actif auprès de jeunes femmes entrepreneures congolaises.
Il serait erroné d’y voir un simple engagement de conscience. Dans une industrie confrontée à une pénurie mondiale de talents et à une exigence croissante de légitimité sociale, l’inclusion est devenue un facteur de performance. Mère de deux filles, elle en a fait un axe constant de sa prise de parole publique, du Mining Indaba du Cap aux grandes conférences internationales sur les minerais critiques, où elle porte la double exigence d’une industrie minière congolaise attractive pour les investisseurs et bénéfique pour les Congolais.
Une figure de la souveraineté par la compétence
Le parcours de Marie-Chantal Kaninda éclaire un débat central pour l’avenir minier africain. La question de la souveraineté sur les ressources ne se résume pas aux participations de l’État ou aux clauses contractuelles : elle se joue aussi dans la capacité des nationaux à occuper les postes de décision au sein des opérateurs mondiaux eux-mêmes. Qu’une Congolaise préside le dispositif national de l’un des plus grands groupes de matières premières de la planète, et siège à la table où se décident des investissements de plusieurs milliards de dollars, constitue en soi un déplacement des lignes.
À l’heure où la RDC négocie sa place dans la recomposition mondiale des chaînes d’approvisionnement en minerais stratégiques, des profils comme le sien, capables de parler à la fois le langage des conseils d’administration internationaux et celui du terrain congolais, sont l’un des actifs les plus précieux du pays.
Mérimé Wilson



