Gatien Edgar Dzébas : l’expérience des grands groupes au service de la transformation des organisations africaines

Il a piloté les affaires générales de TotalEnergies pour l’Afrique depuis Paris La Défense, occupé deux fois le secrétariat général de la filiale congolaise et présidé la fédération pétrolière du patronat congolais. En décembre 2025, il a quitté le groupe. En mars 2026, il a ouvert son propre cabinet à Pointe-Noire. Portrait d’un négociateur qui a décidé de vendre ce que les majors lui ont appris.
Il existe deux façons de quitter une multinationale après vingt-deux ans. La première consiste à monnayer un carnet d’adresses. La seconde consiste à transformer une compétence en offre de marché. Gatien Edgar Dzébas a choisi la seconde, et la différence se lit dès l’énoncé liminaire de YAL & Partners, le cabinet qu’il a fondé en mars 2026 à Pointe-Noire : construire aujourd’hui les organisations africaines compétitives de demain. La formule pourrait n’être qu’une promesse de plus sur un marché du conseil saturé de promesses. Le parcours de son auteur lui donne une densité tout autre.
Un statisticien entré par la porte de l’analyse
Le point de départ n’est pas le pétrole. Il est méthodologique. Gatien Dzébas est ingénieur statisticien, formé à l’Institut sous-régional de statistique et d’économie appliquée de Yaoundé, avant de compléter ce socle par un master en économie et stratégies d’entreprise à l’université Pierre Mendès France de Grenoble. Cette combinaison, rare chez les dirigeants issus des fonctions support, explique beaucoup de la suite : une lecture des organisations par les données avant de l’être par l’intuition.
Ses premiers travaux, entre 1995 et 1998, portent la marque de cette formation. Etude prévisionnelle des dépôts et abandons de brevets et marques pour l’OAPI, enquête sur la connaissance du VIH en milieu scolaire au Gabon pour l’OCEAC, comparaison Cameroun-Centrafrique des stratégies familiales de financement de l’éducation pour l’UNICEF et étude du marché des lubrifiants au Cameroun pour Mobil Oil. Le jeune consultant apprend à produire de la décision à partir du chiffre, pour des commanditaires qui n’ont pas le droit de se tromper.
De 1998 à 2000, au cabinet EME Conseil à Douala, il passe à l’échelle supérieure. Diagnostic du système de gestion des immobilisations de la raffinerie SONARA, audit stratégique et opérationnel du Conseil national des chargeurs du Cameroun sur financement de la Banque mondiale, audit stratégique de l’organisation patronale GICAM, étude pour un nouveau système de cautionnement dans la filière forestière camerounaise, restructuration de l’ARC et de la BIDC au Congo, en partenariat avec Ernst & Young. À moins de trente ans, il travaille déjà là où se croisent l’État, le bailleur international et l’entreprise. C’est exactement le triangle dans lequel son cabinet se positionne aujourd’hui, vingt-huit ans plus tard.
L’école des grands comptes
Le passage à l’industrie se fait par les hydrocarbures, d’abord chez First Oil Cameroon à Douala en septembre 2000, puis comme chef de mission à First Oil Congo à Pointe-Noire de mai 2001 à juillet 2003, sur la distribution de lubrifiants et le négoce pétrolier. En août 2003, il entre chez Total E&P Congo comme cadre de la gestion prévisionnelle du personnel avant de prendre le service GPP.
La progression qui suit est celle d’un homme que le groupe déplace là où les dossiers sont sensibles. En octobre 2007 il rejoint les services centraux de Total à Paris La Défense comme adjoint au chef du département gestion de la mobilité internationale, où il administre 1 700 salariés en expatriation, les détachements chez les partenaires étrangers et les évacuations de familles en situation de crise. La gestion de crise, dans ce métier, n’est pas un module de formation. C’est une nuit de téléphone.
Retour à Pointe-Noire en septembre 2010 comme chef du département développement RH, puis chef de la division ressources humaines de la filiale de juillet 2012 à mars 2017. En mars 2017, il accède au secrétariat général de Total E&P Congo et entre ainsi au comité de direction. Cent collaborateurs lui sont rattachés, répartis sur les ressources humaines, le médical, la communication, l’informatique, les relations institutionnelles et les moyens généraux. Il devient simultanément directeur général adjoint de Total Congo Services, la structure de gestion des services mutualisés par les deux filiales du groupe dans le pays, et président de la Fédération pétrole d’UNICONGO, l’organisation patronale congolaise, dont il siège au conseil d’administration.
C’est le moment où sa fonction bascule. Un secrétaire général de filiale pétrolière en Afrique centrale n’est pas un administrateur. Il est l’interface permanente entre un actionnaire international, un État hôte, des partenaires sociaux et une opinion locale. Il négocie des accords d’entreprise, il défend une position sectorielle devant l’administration, il arbitre entre l’agenda du siège et la réalité du terrain. Peu de métiers exposent aussi frontalement à la diplomatie d’affaires.
Le poste d’observation continental
En octobre 2020, TotalEnergies le nomme directeur des affaires générales pour l’Afrique, à Paris La Défense, avec douze filiales exploration-production dans son périmètre. Organisation de la direction Afrique, coordination des campagnes RH, communication, actions de responsabilité sociétale, éthique et conformité, relations institutionnelles, relations avec le MEDEF et le Conseil français des investisseurs en Afrique.
Ses trois années sur ce poste valent lecture stratégique du continent. Elles couvrent la période où les majors renégocient leur présence africaine, où la question du contenu local devient centrale dans les contrats, où l’exigence ESG cesse d’être un discours pour devenir une condition de financement. Gatien Dzébas voit ces mutations depuis le point où elles se décident, et pour douze pays à la fois.
En octobre 2023, il revient à Pointe-Noire comme secrétaire général de TotalEnergies E&P Congo, avec un périmètre élargi à la RSE, membre du comité de direction, membre du conseil d’administration d’UNICONGO et président de sa Fédération amont pétrolier. Il décide de quitter le groupe TotalEnergies en décembre 2025.
YAL & Partners, la thèse d’un marché
Trois mois plus tard, le cabinet ouvre. Son objet, tel qu’il le formule, tient en cinq blocs : négociation et diplomatie d’affaires, conseil stratégique et organisationnel, gestion et développement des ressources humaines, responsabilité sociétale, gouvernance.
L’architecture de l’offre mérite d’être regardée de près, parce qu’elle n’est pas générique. Les stratégies de négociation viennent en premier, et ce n’est pas un hasard de mise en page : préparation de négociations complexes, médiation et résolution de conflits, dialogue social, gestion des parties prenantes. Gatien Dzébas est titulaire d’un certificat de négociation, médiation et résolution des conflits de l’ESSEC Business School de Paris, et a suivi le cursus négociation complexe d’ADN Group à Paris. Il vend une discipline qu’il a formalisée, pas seulement pratiquée.
Suivent le conseil en organisation et restructuration, avec audits stratégiques et opérationnels, conduite du changement et gouvernance. La gestion du capital humain, terrain d’origine. L’intermédiation et la représentation, incluant la recherche de financements valorisant le capital vert. Le conseil en communication stratégique, de l’image de marque à la communication de crise. Le cabinet ajoute trois domaines connexes qui disent son positionnement : l’advocacy pour l’accès à l’énergie en Afrique, la conception de politiques RSE avec développement du contenu local et ancrage territorial, et l’ingénierie de projets, des études de faisabilité aux analyses d’impact.
Les cibles annoncées sont cohérentes avec ce spectre : grandes entreprises et PME de l’énergie, des industries extractives et de l’agriculture ; organisations internationales ; institutions publiques et organisations professionnelles. Autrement dit, les quatre familles d’acteurs avec lesquelles le fondateur a passé sa carrière à négocier, chacune depuis l’autre côté de la table.
La méthode se déploie en quatre temps assumés : analyse stratégique des enjeux et des acteurs, conception de solutions sur mesure, mise en œuvre et accompagnement, évaluation et amélioration continue. Trois valeurs structurent le discours du cabinet : l’éthique, l’excellence et l’innovation, auxquelles s’ajoute un engagement durable intégrant les enjeux humains, sociétaux et environnementaux. Sa vision, telle qu’elle est écrite : contribuer à l’émergence d’organisations africaines structurées, performantes et durablement compétitives dans un environnement mondial exigeant.
YAL & Partners : transformer l’expérience en levier de croissance
Après plus de vingt-deux années au sein d’un des plus grands groupes énergétiques mondiaux, Gatien Edgar Dzébas aurait pu poursuivre une carrière internationale. Il choisit pourtant une autre voie : celle de l’entrepreneuriat.
Ce choix n’est ni une rupture ni une reconversion. Il est l’aboutissement d’une conviction forgée au fil des responsabilités exercées entre Douala, Pointe-Noire et Paris : les organisations africaines disposent d’un potentiel considérable, mais leur compétitivité dépend désormais autant de la qualité de leur gouvernance, de leur leadership et de leur capacité à conduire le changement, que de leurs performances économiques.
C’est cette conviction qui le pousse à créer YAL & Partners, un cabinet qui se donne pour mission d’accompagner les dirigeants et les organisations confrontés à des enjeux complexes.
Il pense que la prochaine étape de la croissance du continent ne se jouera pas uniquement dans les investissements ou les infrastructures. Elle reposera aussi sur la capacité des entreprises et des institutions à renforcer leur gouvernance, professionnaliser leur management, sécuriser leurs négociations et développer un leadership leur permettant d’évoluer dans des environnements de plus en plus complexes.
Ce que le marché achète réellement
Il faut nommer l’actif principal de YAL & Partners, car il n’est pas dans la liste des prestations. Cet actif, c’est la capacité à tenir simultanément trois langages : celui du siège d’un groupe international, celui d’une administration africaine, celui d’un partenaire social. Très peu de professionnels du conseil en Afrique centrale les maîtrisent tous les trois, parce que très peu ont occupé les trois positions. Gatien Dzébas les a occupées, à Douala, à Pointe-Noire et à Paris, sur une séquence de vingt-huit ans.
Le second actif est la légitimité sectorielle. Un cabinet qui parle contenu local à un opérateur pétrolier est écouté différemment lorsque son fondateur a présidé la fédération amont pétrolier du patronat national. Un cabinet qui propose du dialogue social est crédible lorsque son fondateur a signé des accords d’entreprise dans un secteur où le rapport de force est réel.
Le troisième, moins visible, est la rigueur analytique du statisticien. Dans un marché où le conseil se réduit trop souvent à une note d’intention bien tournée, revendiquer les études de faisabilité, les analyses d’impact et l’audit chiffré est un positionnement de différenciation, et un retour aux sources.
Le véritable défi consiste désormais à transformer une réputation individuelle en une institution durable. C’est l’ambition affichée par YAL & Partners : bâtir un cabinet reconnu pour sa capacité à accompagner les dirigeants dans leurs enjeux de gouvernance, de transformation, de négociation et de création de valeur durable. Les dix-huit prochains mois diront si elle tient sur le terrain, et si le pluriel du nom, Partners, devient une réalité opérationnelle autant qu’une signature.
Une chose est acquise. Au moment où les économies du golfe de Guinée renégocient leur rapport aux investisseurs internationaux, où le contenu local devient une obligation contractuelle et où l’accès à l’énergie s’impose comme le premier sujet politique du continent, un cabinet fondé par un homme ayant vu ces dossiers depuis l’intérieur d’une major arrive au bon moment sur le bon marché.
Mérimé Wilson



