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Laurent Munzemba Kompa, le contrôleur devenu bâtisseur d’institution

Comment un auditeur formé à Dakar, Abidjan et Paris a transformé un décret congolais en instrument financier

En juin 2026, Laurent Munzemba Kompa quitte la direction générale du Fonds de Garantie de l’Entrepreneuriat au Congo après cinq années et un mois de mandat. La séquence mérite d’être regardée pour ce qu’elle est : l’un des rares cas, dans l’écosystème des établissements publics congolais, où un dispositif né sur le papier est devenu un mécanisme financier effectivement utilisé par les banques et par les entrepreneurs.

Le FOGEC a été créé par le décret n°20/032 du 31 octobre 2020. Il s’inscrit comme le pilier financier du Programme National de Développement de l’Entrepreneuriat Congolais, dans un pays où les micro, petites et moyennes entreprises représentent 90 % du tissu économique mais ne pèsent que 20 % du produit intérieur brut, faute d’accès au crédit et de garanties matérielles à présenter aux banques. Un décret ne résout pas ce déséquilibre. Il faut une équipe, des procédures, des conventions bancaires, une doctrine de risque et une capacité à convaincre des directions de crédit prudentes. C’est précisément le terrain sur lequel le parcours de Laurent Munzemba Kompa prend son sens.

Une formation par l’audit, pas par la politique

Le profil est celui d’un technicien de la mesure. Diplôme universitaire de technologie en finances et comptabilité à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar entre 1999 et 2001, maîtrise en sciences et techniques comptables et financières à l’Université de Cocody d’Abidjan entre 2001 et 2003, puis diplôme supérieur de gestion et de comptabilité et certificat professionnel en audit à l’INTEC de Paris entre 2010 et 2012. Trois écoles, trois normes, une même discipline.

L’expérience suit la même logique d’exigence. De février 2007 à août 2009, il est superviseur d’audit chez PwC Côte d’Ivoire à Abidjan, sur des mandats en télécommunications, brasserie, assurance et industrie, tout en appartenant à l’équipe régionale de formation. De septembre 2009 à octobre 2010, il dirige des missions d’audit et de conseil chez CKA Audit entre Kinshasa et Lomé, avec la responsabilité d’ouvrir et de développer le bureau de Kinshasa. D’octobre 2010 à avril 2012, il est manager d’audit chez KPMG RDC, en charge des filiales de groupes internationaux, où il définit l’approche générale des missions, évalue le contrôle interne et supervise la production des rapports.

Puis vient le basculement vers l’entreprise. Responsable du contrôle de gestion de Bracongo d’avril 2012 à février 2014, il installe la préparation budgétaire, le reporting groupe et les indicateurs de performance par département et par processus. Il occupe la même fonction chez Millicom RDC de juin 2014 à septembre 2015, où il supervise la migration du plan comptable général congolais vers le référentiel OHADA. De septembre 2015 à août 2018, il est directeur financier adjoint d’International Container Terminal Services à Matadi, au moment de la mise en service du terminal à conteneurs, un projet d’infrastructure lourde qui impose une lecture financière de long terme. D’avril 2019 à juin 2021, enfin, il est directeur du contrôle d’Activa Assurances RDC, secteur où la maîtrise du risque n’est pas un exercice théorique.

Cette accumulation n’est pas anecdotique. Un fonds de garantie n’est ni une banque ni une agence de subvention. C’est un mécanisme d’ingénierie du risque, qui suppose de savoir lire un bilan, contester un business plan, dimensionner une exposition et parler le langage des directions de crédit. Le mandat de 2021 a été confié à quelqu’un dont c’était exactement le métier.

Cinq ans pour passer de la feuille blanche au décaissement

Laurent Munzemba Kompa est nommé directeur général du FOGEC le 27 mai 2021 par ordonnance du président Félix Tshisekedi. L’institution existe alors juridiquement et à peu près rien d’autre. Il décrira lui-même cette situation de départ comme un ensemble de lettres sur une feuille blanche.

La montée en charge se lit dans les chiffres communiqués par l’institution. Lors de la rencontre avec la presse du 17 décembre 2025 consacrée aux cinq premières années du fonds, le bilan présenté portait sur 300 entrepreneurs accompagnés et 3 200 000 dollars de financements obtenus. Le bilan présenté lors du lancement de la quatrième cohorte, en mai 2026, faisait état de plus de 5,3 millions de dollars injectés dans l’écosystème entrepreneurial, de plus de 450 micro, petites et moyennes entreprises accompagnées directement ou indirectement, et de plus de 2 500 emplois générés à travers le pays. L’accélération sur les derniers mois du mandat suggère un dispositif arrivé à maturité opérationnelle plutôt qu’un effet d’annonce.

La méthode est aussi intéressante que le volume. Le fonds n’a jamais prêté directement : il a sécurisé le crédit accordé par des institutions financières partenaires, ce qui suppose de bâtir la confiance opération après opération. L’intervention menée après l’incendie du marché de Binza Météo illustre cette ingénierie : le crédit provenait du Fonds de promotion de l’industrie sous garantie du FOGEC, complété par une couverture assurantielle mobilisée avec l’ARCA, une approche collective qui réduit le risque pour les institutions financières et mutualise les expertises.

Une doctrine assumée, et ses limites reconnues

La ligne directrice tient en une phrase que le dirigeant a répétée : la RDC ne peut pas indéfiniment adosser sa prospérité à un secteur minier majoritairement tenu par des opérateurs étrangers, et l’entrepreneuriat national est le véhicule de la diversification. L’ambition affichée était de faire du fonds un fabricant de millionnaires congolais, objectif dont il reconnaissait publiquement en décembre 2025 qu’il n’était pas atteint, l’accompagnement plafonnant alors autour de 50 000 dollars de crédit bancaire garanti. Cette lucidité sur le plafond du dispositif est rare dans la communication institutionnelle congolaise et constitue, en soi, un élément du bilan.

Les chantiers ouverts en fin de mandat prolongent cette logique. Les critères d’éligibilité ont été rendus publics, le dépôt des dossiers a été ouvert en présentiel, en ligne et via les partenaires institutionnels, un processus de digitalisation a été engagé et l’ouverture de huit antennes provinciales était programmée à l’horizon 2026. Le fonds a par ailleurs pris place dans les échanges continentaux réunissant à Dakar les acteurs africains de la garantie financière.

Après le mandat

Par ordonnance présidentielle du 3 juin 2026, une nouvelle équipe a été désignée à la tête du FOGEC, avec Mukanya Katanga Evariste à la présidence du conseil d’administration, Luto Nzolantima à la direction générale et Okama Ntiwa Ntiawi à la direction générale adjointe.

Le calendrier personnel de Laurent Munzemba Kompa dit quelque chose de la suite. D’octobre 2025 à juin 2026, en parallèle de ses fonctions, il a suivi le certificat exécutif en stratégie d’entreprise, management et business models innovants de HEC Paris, de niveau master. Après quinze années passées à mesurer, contrôler et sécuriser, l’investissement porte cette fois sur la création de valeur et la croissance. Le mouvement est cohérent pour un dirigeant qui a démontré sa capacité à construire une institution à partir de rien et qui dispose désormais d’un actif rare sur le marché congolais et régional : la connaissance intime, des deux côtés de la table, des mécanismes de financement des petites et moyennes entreprises.

Sur un continent où l’accès au crédit demeure le premier frein à la formalisation, ce type de profil, formé aux normes internationales et rompu à la réalité du terrain, se compte encore en unités.

Mérimé Wilson

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