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Trish Kalombola, l’architecte discrète de la connectivité congolaise qui s’impose dans les cercles du leadership africain

À première vue, les tours de télécommunications ont peu de choses spectaculaires. Elles se dressent en périphérie des villes, longent les grands axes, apparaissent au milieu de territoires parfois difficiles d’accès. Pourtant, derrière chacune d’elles se joue une partie essentielle de l’économie contemporaine : permettre à un téléphone de se connecter, à une entreprise d’échanger des données, à un paiement mobile de circuler, à une communauté de rejoindre l’économie numérique. En République démocratique du Congo, où la géographie rend le déploiement des infrastructures particulièrement exigeant, cette bataille de la connectivité est aussi une bataille de développement.

C’est dans cet univers de capital intensif, de technologie et d’exécution opérationnelle que Trish Kalombola construit depuis plusieurs années l’une des trajectoires managériales les plus intéressantes de la nouvelle génération congolaise.

Aujourd’hui Chief Executive Officer de TowerCo of Africa DRC, une entreprise appartenant au groupe panafricain AXIAN Telecom, elle a progressivement quitté le terrain exclusivement financier sur lequel elle s’était formée professionnellement pour accéder à la conduite globale d’une entreprise d’infrastructures. Son parcours réunit désormais trois dimensions rarement concentrées dans un même profil : finance, télécommunications et gouvernance.

Et en 2026, son périmètre dépasse désormais largement TowerCo.

De la finance à la direction générale

La trajectoire de Trish Kalombola est d’abord celle d’une professionnelle des chiffres.

Avant de devenir CEO, elle passe par plusieurs grandes organisations du secteur des télécommunications et des technologies : Airtel Money, Vodacom, Liquid Intelligent Technologies puis Helios Towers. Les responsabilités qu’elle y exerce sont principalement liées à la finance, au pilotage de la performance et, progressivement, à la direction d’entreprise.

Chez Helios Towers, son ascension est particulièrement significative. Un document officiel présenté lors du Capital Markets Day 2022 du groupe la fait apparaître parmi les dirigeants pays en qualité de Deputy Managing Director de Helios Towers DRC. Elle se trouve alors au cœur d’un métier extrêmement particulier : celui des towercos, ces entreprises qui construisent, exploitent et mutualisent les infrastructures physiques utilisées par les opérateurs télécoms.

Ce passage est décisif.

La finance lui a appris à mesurer la performance. Les infrastructures vont l’obliger à en comprendre les fondations physiques : investissements lourds, disponibilité des équipements, énergie, qualité de service, déploiements géographiques, relations avec les opérateurs, réglementation, rentabilité à long terme.

Lorsqu’elle prend la direction de TowerCo of Africa DRC, Trish Kalombola change donc d’échelle. Elle ne pilote plus seulement une fonction. Elle doit arbitrer une entreprise.

Et le terrain congolais ne laisse guère de place à la théorie.

Connecter un pays-continent

La RDC pose aux opérateurs d’infrastructures un problème économique singulier : comment étendre efficacement la connectivité dans un territoire de plus de 2,3 millions de kilomètres carrés, avec des infrastructures énergétiques et logistiques très inégalement réparties ?

Pour une towerco, la question ne consiste donc pas uniquement à construire des pylônes. Il faut également trouver des solutions pour leur alimentation énergétique, leur maintenance, leur sécurité, leur disponibilité et leur exploitation économique.

TowerCo of Africa fait partie du portefeuille télécoms d’AXIAN, groupe panafricain présent dans plusieurs marchés. La société se définit comme un opérateur d’infrastructures télécoms et dispose notamment d’activités en RDC, en Ouganda, en Tanzanie et à Madagascar.

Sous la direction congolaise de Trish Kalombola, l’enjeu dépasse donc la seule croissance du parc d’infrastructures. Il s’agit de contribuer à créer les couches physiques indispensables à l’expansion de l’économie numérique.

TowerCo of Africa met d’ailleurs en avant, à propos de sa dirigeante, son travail autour de l’extension de la connectivité, des infrastructures durables et des solutions énergétiquement plus efficientes.

C’est probablement là que se situe la dimension stratégique de son métier.

Parce qu’avant les applications, les fintechs, l’intelligence artificielle ou l’e-commerce, il faut des réseaux. Et avant les réseaux, il faut des infrastructures.

Trish Kalombola évolue précisément dans cette économie invisible qui rend l’économie numérique possible.

Une dirigeante issue de l’écosystème congolais

Son parcours présente également une caractéristique importante : il s’est largement construit depuis la RDC.

Les FEMTECH Awards RDC la présentent comme une dirigeante « née, formée et forgée en RDC », arrivée aux responsabilités de direction après plus d’une décennie dans les télécommunications, la finance et les infrastructures. Cette dimension locale distingue une trajectoire souvent observée dans les économies africaines : celle de cadres ayant construit leur expertise au contact direct de marchés complexes avant d’accéder aux responsabilités régionales ou internationales.

Cela compte.

Car diriger une entreprise d’infrastructures en RDC suppose une compréhension très concrète de contraintes que l’on retrouve moins dans les marchés matures : dispersion territoriale, coûts énergétiques, contraintes logistiques, besoins massifs d’investissement et forte croissance de la demande numérique.

Le leadership de Kalombola semble ainsi s’être forgé moins dans la visibilité que dans l’exécution.

Une culture probablement héritée de la finance : mesurer, sécuriser, arbitrer, délivrer.

De CEO à administratrice

Depuis 2025, un second chapitre de sa carrière se dessine : celui de la gouvernance d’entreprise.

UBA RDC l’a intégrée parmi les administrateurs indépendants de son nouveau conseil d’administration. Celui-ci a officiellement pris ses fonctions et tenu sa première session du 11 au 13 novembre 2025 à Kinshasa, avant que sa nouvelle composition ne soit rendue publique en janvier 2026.

La banque souligne également son expérience de gouvernance auprès d’Ecobank DRC, Vodacash et TowerCo of Africa, ainsi que son mandat d’administratrice indépendante au sein d’Angola Integrated Services.

Cette évolution n’est pas anecdotique.

Passer du comité exécutif au conseil d’administration signifie changer de perspective. Le dirigeant opérationnel doit obtenir des résultats ; l’administrateur doit questionner la stratégie, apprécier les risques, examiner l’allocation du capital, protéger la qualité de la gouvernance et contribuer aux choix qui engagent l’entreprise à long terme.

Chez Trish Kalombola, cette combinaison de responsabilités dessine progressivement un profil de dirigeante capable de naviguer entre opérations, finance et conseil stratégique.

La durabilité comme sujet de gouvernance

Son management chez TowerCo semble également intégrer une dimension ESG croissante.

Le 30 septembre 2024, Trish Kalombola a signé au nom de TowerCo of Africa DRC la lettre d’engagement de l’entreprise auprès du Pacte mondial des Nations unies. La société y affirme son adhésion aux dix principes portant notamment sur les droits humains, les conditions de travail, l’environnement et la lutte contre la corruption.

L’engagement est particulièrement pertinent dans l’industrie des infrastructures télécoms.

Une towerco consomme de l’énergie, déploie des actifs sur de nombreux territoires, travaille avec une chaîne étendue de fournisseurs et doit entretenir des relations permanentes avec les communautés, les autorités publiques et les opérateurs privés.

La durabilité cesse alors d’être un élément de communication périphérique : elle devient une question de coûts, de gestion des risques et de pérennité des investissements.

Une reconnaissance qui dépasse la RDC

En novembre 2024, Trish Kalombola franchit une autre étape lorsque son nom apparaît parmi les 50 lauréates des InspiringFifty Africa Awards 2024, programme qui distingue des femmes actives dans les sciences, les technologies, l’ingénierie et les mathématiques sur le continent.

La reconnaissance est révélatrice du déplacement de son profil.

Elle n’est plus seulement identifiée comme une cadre financière devenue directrice générale. Elle commence à apparaître dans les réseaux continentaux liés à la technologie, aux infrastructures et au leadership féminin.

En avril 2025, elle intervient notamment en Ouganda lors du Forward Faster Now Africa – SDGs Activation Day, organisé autour des Objectifs de développement durable. Aux côtés de représentants des Nations unies et de dirigeants d’entreprises africaines, elle participe à une discussion consacrée à l’égalité de genre dans l’entreprise.

Quelques semaines plus tard, à Kinshasa, Raxio Data Centres l’invite à échanger avec ses collaboratrices sur son parcours et les réalités du leadership. Elle fait également partie du jury de l’édition 2025 du Prix Orange de l’Entrepreneur Social en Afrique et au Moyen-Orient en RDC.

Progressivement, l’experte devient aussi passeuse d’expérience.

INSEAD, ou la volonté de continuer à se transformer

L’un des développements les plus intéressants de sa trajectoire intervient en 2026.

Trish Kalombola Atia rejoint la toute première promotion du Global Executive MBA Flex d’INSEAD. Le programme inaugural réunit 59 dirigeants représentant 37 nationalités. Elle y apparaît officiellement en qualité de CEO de TowerCo of Africa DRC.

Le symbole est fort.

Au moment même où sa carrière atteint un niveau élevé de responsabilités, elle retourne dans une logique d’apprentissage. Dans son témoignage publié par INSEAD, elle explique avoir été attirée par la diversité internationale de l’école et par son approche de la transformation du leadership, tout en conservant la possibilité de rester pleinement engagée dans ses fonctions de CEO.

Cette décision raconte quelque chose de son positionnement actuel.

Trish Kalombola n’est probablement plus dans la seule phase d’ascension verticale de carrière. Elle entre dans une période où la question devient : comment élargir son champ de leadership ?

Direction générale. Gouvernance bancaire. Infrastructures. Développement durable. Réseaux panafricains. Formation internationale.

Les pièces commencent à former un ensemble.

Une nouvelle génération de dirigeantes congolaises

Le cas Trish Kalombola est finalement intéressant pour ce qu’il dit de la transformation du leadership économique en RDC.

Son parcours ne correspond ni à celui d’une entrepreneure devenue célèbre par une startup, ni à celui d’une héritière installée à la tête d’un groupe familial. Il appartient à une autre catégorie, parfois moins médiatisée mais fondamentale pour la solidité d’une économie : celle des dirigeants professionnels ayant gravi progressivement les niveaux de responsabilité au sein de grandes organisations.

Elle commence par les chiffres.

Elle apprend les télécommunications.

Elle découvre les infrastructures.

Elle accède à la direction générale.

Puis viennent les conseils d’administration, les enceintes internationales et l’élargissement académique.

Cette construction méthodique explique sans doute pourquoi son profil mérite aujourd’hui davantage d’attention.

Dans une RDC où l’économie numérique doit encore résoudre l’immense défi de l’accès, Trish Kalombola dirige une entreprise positionnée précisément sur l’un des maillons les plus stratégiques de cette transformation : l’infrastructure qui permet de connecter le territoire.

Mais sa trajectoire commence désormais à dépasser son entreprise.

Entre TowerCo of Africa, le conseil d’administration d’UBA RDC et le Global Executive MBA d’INSEAD, Trish Kalombola entre progressivement dans cette catégorie de dirigeants congolais dont l’influence se construit à l’intersection de l’expertise opérationnelle, du capital, de la gouvernance et des réseaux internationaux.

Une progression sans rupture spectaculaire, mais avec une remarquable cohérence.

Et dans le monde des affaires, ce sont souvent ces trajectoires-là qui durent.

Mérimé wilson

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