Passé par Vodacom/Vodafone, BCS, MTN, Smile Communications, INGEKORA et CSquared, Alain Malanda dirige depuis mars 2025 les activités de SICPA en République démocratique du Congo. Derrière cette succession de responsabilités se dessine surtout une évolution cohérente : celle d’un ingénieur télécom devenu dirigeant généraliste, de plus en plus exposé aux questions de stratégie, de gouvernance, de régulation et de transformation institutionnelle.
Dans la carrière d’Alain Malanda, le changement de secteur intervenu en mars 2025 pourrait, à première vue, apparaître comme une rupture. Après plus de deux décennies passées dans les télécommunications, les réseaux et les infrastructures numériques, le dirigeant congolais prend la direction générale de SICPA en République démocratique du Congo. Son nouveau terrain n’est plus seulement celui de la connectivité : il touche désormais à la traçabilité, à la conformité, à la sécurisation des flux et à la protection des recettes publiques. Son profil professionnel confirme qu’il occupe cette fonction depuis mars 2025.
La transition est pourtant moins radicale qu’elle n’en a l’air. Elle prolonge un parcours construit autour d’une même compétence : piloter des systèmes complexes à l’intersection de la technologie, de l’investissement, des opérations et des institutions.
SICPA RDC intervient notamment aux côtés de la Direction générale des douanes et accises dans le dispositif congolais de traçabilité des droits d’accises. L’entreprise indique également participer à des solutions liées à la protection du franc congolais et, en 2025, avoir accompagné la DGDA dans la promotion de l’application DGDA Connect permettant aux consommateurs de vérifier certains produits. Pour Malanda, l’enjeu dépasse donc la gestion classique d’une filiale technologique : son mandat se situe dans un univers où les solutions techniques rencontrent directement la fiscalité, la régulation, l’État et la confiance économique.
De la transmission au commandement
L’histoire professionnelle d’Alain Malanda commence pourtant très loin des fonctions de direction générale.
Formé au Bulawayo Polytechnic, au Zimbabwe, où il suit entre 1998 et 2002 un National Diploma en électronique, il entre dans la vie active par la technique. Une première expérience aux National Railways of Zimbabwe l’expose dès 1999 aux systèmes de télécommunications et de transmission.
Mais c’est surtout son long passage dans l’écosystème Vodacom/Vodafone en RDC qui constitue la matrice de son parcours.
À partir de 2002, il progresse des fonctions de spécialiste radio et transmission vers le management de la planification, de l’optimisation et des infrastructures. Cette ascension interne le conduit finalement au poste de Senior Executive Head of Engineering, qu’il occupe entre 2013 et 2015. Les éléments professionnels qu’il publie font état, à ce niveau, du pilotage de plusieurs subdivisions techniques et d’équipes importantes, dans un environnement marqué par de lourds investissements en infrastructures télécoms.
Ce passage est essentiel pour comprendre le dirigeant qu’il deviendra. Malanda ne rejoint pas le management général depuis une fonction commerciale ou financière : il y arrive par l’ingénierie, les architectures réseau, la performance opérationnelle et l’exécution de projets complexes.
Cette culture de l’infrastructure restera le socle de ses responsabilités ultérieures.
Une carrière qui prend une dimension africaine
La deuxième phase de son parcours l’éloigne progressivement de la seule ingénierie pour l’installer dans des responsabilités régionales.
En 2016, à Nairobi, il devient Chief Operations Officer de Bandwidth and Cloud Services Group (BCS). Selon les éléments de carrière communiqués sur son profil, il y intervient sur un réseau de fibre de plus de 2 500 kilomètres couvrant plusieurs marchés d’Afrique de l’Est et centrale, avec des projets allant du Kenya à l’Ouganda, en passant notamment par le Rwanda, la Tanzanie et la RDC. Il indique également avoir participé à l’implantation de BCS au Congo et à l’obtention d’un premier marché portant sur un réseau métropolitain de fibre à Goma.
Vient ensuite MTN Zambia, où il intervient comme Network Consultant en 2016-2017. Le déplacement géographique est significatif : l’ingénieur congolais accumule désormais des expériences dans des marchés africains aux structures réglementaires, commerciales et infrastructurelles différentes.
À Kinshasa, il retrouve ensuite des fonctions exécutives chez Smile Communications, dont il devient Chief Operations Officer. Son champ de responsabilité s’élargit : opérations, vente, distribution, marketing, service client, support technique et préparation budgétaire.
Le technicien de réseau est alors devenu un manager d’entreprise.
Chez INGEKORA, où il est Regional Director entre 2019 et 2021, cette évolution se poursuit. Ses responsabilités associent développement commercial, déploiement de fibre, technologies mobiles, sécurité des réseaux et développement de solutions satellitaires sur les marchés d’Afrique centrale et occidentale.
CSquared, le passage décisif vers la direction pays
C’est toutefois avec CSquared que cette transformation prend sa forme la plus lisible.
Alain Malanda rejoint l’entreprise en 2021 comme Country Lead, avant d’en devenir Country Manager en avril 2022. Il restera à la tête des activités congolaises jusqu’en février 2025.
CSquared développe en Afrique un modèle d’infrastructures télécoms en accès ouvert destiné notamment aux opérateurs mobiles et fournisseurs d’accès Internet. En RDC, l’entreprise a engagé ses activités à partir de 2021 avec des licences permettant notamment le développement d’infrastructures métropolitaines et FTTx.
Malanda devient alors l’un des visages publics de cette stratégie à Kinshasa.
Lors du développement des activités de CSquared en RDC, il défend publiquement le principe d’une infrastructure fibre partagée, censée réduire le coût du déploiement pour les opérateurs et favoriser, à terme, une connectivité plus accessible. En 2023, lorsqu’un partenariat est signé entre CSquared et Raxio pour renforcer la connectivité autour des infrastructures de data centers, il relie déjà explicitement fibre, hébergement des données, entrepreneuriat numérique et développement de contenus locaux.
Ce passage par CSquared marque une évolution supplémentaire : Malanda ne gère plus simplement la technologie. Il doit articuler infrastructure, investisseurs, clients, partenaires institutionnels et stratégie pays.
C’est précisément cette combinaison qui prépare la séquence SICPA.
Une formation qui raconte elle aussi une transformation
La particularité du profil d’Alain Malanda tient également à la manière dont il a progressivement élargi son corpus académique parallèlement à ses responsabilités.
À son diplôme initial en électronique s’ajoute d’abord un MBA en Business Administration and Management à MANCOSA, suivi entre 2012 et 2018. Son mémoire porte sur les obstacles à la croissance du Mobile Money de MTN en Zambie : déjà, la réflexion ne porte plus uniquement sur la technologie, mais sur le modèle économique qui permet de la transformer en adoption et en revenus.
Il poursuit avec un MSc en Information Systems Management à l’University of Salford, achevé en 2021, avec un travail consacré à la compétitivité du secteur des télécommunications en RDC.
Plus récemment, il retourne dans la même université pour un MSc en Management Research, achevé en mars 2026. Cette fois, son sujet s’éloigne des télécoms : son mémoire étudie le rôle de l’intelligence artificielle dans l’éducation à partir des perceptions des apprenants, éducateurs et administrateurs de l’Academy of Science and Technology, ASCITECH. Son intérêt pour le secteur éducatif n’est pas entièrement nouveau : en 2021, l’organisation IDÉE soulignait déjà son implication dans un projet d’éducation entrepreneuriale au sein d’ASCITECH.
Depuis août 2026, une nouvelle couche s’ajoute à cette construction : Alain Malanda prépare à The University of Law un Master of Laws (LLM) en International Corporate Governance, dont l’achèvement est prévu en 2027.
La succession est révélatrice : électronique, administration des affaires, systèmes d’information, recherche en management, puis gouvernance d’entreprise.
Ce n’est plus seulement une accumulation de diplômes. Elle accompagne le déplacement progressif de son centre de gravité professionnel : des équipements vers l’entreprise, puis de l’entreprise vers les institutions et la gouvernance.
Chez SICPA, un nouveau test de leadership
C’est probablement sous cet angle que son arrivée à SICPA RDC prend tout son sens.
Pendant la majeure partie de sa carrière, Alain Malanda a travaillé sur les infrastructures qui permettent aux économies modernes de communiquer. Il se retrouve aujourd’hui à la tête d’une organisation dont les technologies visent davantage à permettre aux institutions et aux marchés de vérifier, tracer et sécuriser.
Dans les deux cas, la technologie n’est qu’une partie de l’équation.
Le fonctionnement d’un réseau télécoms à l’échelle d’un pays exige des investissements, une maîtrise opérationnelle, des relations avec les régulateurs et une compréhension fine du marché. Les systèmes de traçabilité et de sécurisation des recettes publiques ajoutent une dimension supplémentaire : ils touchent à la relation entre entreprises, administration, consommateurs et finances publiques.
C’est là que le parcours d’Alain Malanda devient particulièrement intéressant à observer. Après avoir grandi dans l’univers de l’infrastructure physique, puis dirigé des activités nationales de connectivité, il entre dans celui des infrastructures de confiance.
À mesure que la RDC digitalise ses administrations, renforce ses dispositifs de contrôle et cherche à améliorer la traçabilité des flux économiques, la frontière entre ingénierie, gouvernance et politique publique devient de plus en plus étroite.
Alain Malanda semble avoir construit sa carrière précisément dans cet espace : là où la technologie cesse d’être une fin en soi pour devenir un instrument de transformation économique et institutionnelle.
Mérimé Wilson





