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Hervé Claude Batukonke, du financement multilatéral à la fabrique industrielle congolaise

À la tête du Fonds de Promotion de l’Industrie depuis août 2025, Hervé Claude Ntumba Batukonke a changé de terrain sans véritablement changer de métier : après plus de deux décennies consacrées au financement du développement au sein du Groupe de la Banque mondiale et de l’IFC, le financier congolais doit désormais convertir cette expérience internationale en capacité d’investissement, de discipline financière et de transformation industrielle pour la RDC. Un an après sa prise de fonctions, les premières orientations de son mandat dessinent une ambition : repositionner le FPI comme une véritable institution de financement du développement.

Il y a, dans la trajectoire d’Hervé Claude Ntumba Batukonke, un changement d’échelle particulièrement intéressant à observer. Pendant une grande partie de sa carrière, il a travaillé dans l’univers où se conçoivent, se structurent et se sécurisent les financements. Depuis 2025, il se trouve désormais de l’autre côté de l’équation : à la tête d’une institution publique congolaise appelée à décider quels projets accompagner, comment préserver ses ressources et, surtout, comment transformer le financement en capacités industrielles réelles.

Nommé Directeur général du Fonds de Promotion de l’Industrie par l’ordonnance présidentielle du 19 juillet 2025, il a officiellement pris ses fonctions le 11 août suivant, succédant à Bertin Mudimu Tshisekedi. Le FPI est aujourd’hui dirigé avec Blaise Mastaky Birindwa comme Directeur général adjoint.

Cette nomination ne représente donc pas simplement l’arrivée d’un nouveau gestionnaire à la tête d’un établissement public. Elle place un professionnel issu de la finance du développement face à l’une des questions les plus complexes de l’économie congolaise : comment convertir l’immense potentiel productif de la RDC en un tissu industriel suffisamment dense, compétitif et bancable ?

Vingt ans dans les mécanismes du financement international

Avant Kinshasa, Hervé Claude Batukonke a construit l’essentiel de son expérience professionnelle dans l’écosystème du Groupe de la Banque mondiale.

Les éléments de parcours rendus publics font état d’environ vingt-deux années passées entre l’International Finance Corporation et la Banque mondiale. Son profil professionnel mentionne notamment une longue période comme Project Finance Officer à l’IFC, à partir de 2003, avant des responsabilités de Regional Finance Officer/Africa Fund Manager à Johannesburg. Une biographie publiée par la George Washington University confirme une carrière de vingt-deux ans au sein de la Banque mondiale et de l’IFC avant son arrivée au FPI.

Ce passage est central pour comprendre le dirigeant qu’il est devenu.

La finance du développement oblige à raisonner simultanément en termes de rentabilité, de risque, d’impact économique, de gouvernance et de soutenabilité. Financer une entreprise industrielle, une infrastructure ou un projet agricole ne consiste pas seulement à mobiliser de l’argent. Il faut comprendre le marché, apprécier les risques techniques, examiner les flux financiers, évaluer la qualité du promoteur et s’assurer que le capital engagé pourra produire l’effet économique recherché.

C’est précisément cette culture que Batukonke semble vouloir transposer au FPI.

Son parcours académique épouse cette orientation. Titulaire d’un MBA en Finance et Corporate Governance de Richfield, obtenu en 2024 selon les informations publiques disponibles, il a auparavant étudié la finance et le management à l’Université de Pretoria. Une biographie professionnelle publiée au moment de son arrivée au FPI mentionne également une spécialisation en couverture financière et marchés de change au département Trésorerie de la Banque mondiale.

Son profil est ainsi moins celui d’un industriel venu de l’usine que celui d’un financier du développement habitué à l’architecture du capital.

Et c’est probablement là que réside la particularité de son mandat.

Au FPI, le financement ne suffit plus

Le Fonds de Promotion de l’Industrie occupe une position singulière dans l’économie congolaise.

Créé en 1989 et transformé par la suite en établissement public, il a notamment pour mission de financer la promotion et l’intégration de l’industrie locale, la valorisation des ressources congolaises, les exportations de produits manufacturés, la recherche appliquée et certaines infrastructures économiques. Parmi ses principales ressources figure la Taxe de Promotion de l’Industrie.

Autrement dit, le FPI se situe exactement au croisement de plusieurs grands défis de la RDC : mobilisation des ressources, transformation locale, financement des entreprises, diversification économique et substitution progressive à certaines importations.

À son arrivée, Batukonke a immédiatement placé la discipline financière parmi ses priorités.

Lors de la remise et reprise du 11 août 2025, il a notamment annoncé sa volonté de systématiser le recensement et le recouvrement des créances du Fonds. Ce positionnement touche à un enjeu fondamental pour une institution de développement : un crédit qui n’est pas remboursé réduit mécaniquement la capacité de financer le projet suivant.

C’est une lecture très financière du développement industriel : le capital public doit circuler, produire, revenir à l’institution et être réalloué.

Moderniser l’institution avant de prétendre transformer l’industrie

Le chantier engagé dépasse toutefois le portefeuille de prêts.

Sous la nouvelle direction, le FPI a travaillé à un Plan d’actions triennal 2026-2028 intégrant notamment modernisation institutionnelle, digitalisation, gouvernance et amélioration des processus. Les premières initiatives de numérisation des opérations internes ont été engagées dès les premiers mois du mandat.

Cette modernisation n’est pas accessoire.

Pour une institution financière publique, la capacité à suivre un dossier depuis sa soumission jusqu’au remboursement, à tracer les décisions, à contrôler les décaissements et à mesurer l’exécution des investissements conditionne directement la qualité du portefeuille.

Batukonke semble également vouloir rapprocher le contrôle financier du terrain.

En mai 2026, il s’est rendu dans le Haut-Katanga pour examiner plusieurs investissements soutenus par le FPI. L’objectif déclaré était notamment de confronter les informations contenues dans les rapports techniques à la réalité des projets. En juillet, une mission similaire au Lualaba combinait identification de nouvelles opportunités, suivi des investissements déjà financés, recouvrement des crédits et collecte de la Taxe de Promotion de l’Industrie.

L’approche révèle une évolution importante : passer du financement administratif au suivi économique du capital engagé.

Faire émerger davantage de projets réellement bancables

Le second enjeu est probablement encore plus difficile.

La RDC ne manque ni d’entrepreneurs ni d’opportunités industrielles. Elle manque souvent de projets suffisamment structurés pour absorber efficacement des financements importants.

En août 2026, devant près de 150 opérateurs économiques réunis avec la Fédération des entreprises du Congo, le FPI a précisé plusieurs critères déterminants dans l’examen des demandes : documentation du projet, existence d’un marché, cohérence technique, gouvernance et capacité démontrée de remboursement.

Derrière cette doctrine se joue l’un des principaux arbitrages de la finance du développement : soutenir l’entrepreneuriat national sans détériorer la qualité financière du portefeuille.

Trop de prudence empêcherait le FPI d’assumer son rôle de catalyseur. Trop de souplesse fragiliserait ses ressources.

L’expérience internationale de Batukonke sera donc moins jugée sur sa capacité à importer des standards que sur son aptitude à les adapter aux contraintes d’entreprises congolaises confrontées au coût du capital, aux infrastructures insuffisantes, à l’énergie, à la logistique et parfois à des structures financières encore fragiles.

Transformer le FPI en passerelle entre capitaux internationaux et industrie congolaise

Une autre dimension de son mandat apparaît progressivement : l’ouverture internationale.

En février 2026, le FPI a engagé une coopération économique avec l’Afrique du Sud autour de l’investissement et de l’industrialisation. Batukonke défend alors une conception de l’industrialisation présentée comme un choix économique structurant pour la RDC.

La même logique apparaît dans ses échanges internationaux.

La George Washington University l’a notamment invité dans ses rencontres consacrées à la finance et au commerce en Afrique, tandis que son profil a également été retenu par le SADC Development Finance Resource Centre pour intervenir sur le financement des infrastructures, les zones économiques spéciales, les partenariats public-privé et le blended finance.

En septembre 2026, cette diplomatie financière s’est encore matérialisée à Kinshasa par des discussions avec la baronne britannique Sandip Verma autour de l’attraction d’investissements britanniques en RDC, en perspective notamment d’un forum économique RDC–Royaume-Uni annoncé à Londres en novembre.

L’enjeu est considérable.

Un FPI moderne ne peut plus être seulement un guichet national distribuant ses propres ressources. Il peut devenir un catalyseur, capable d’utiliser son capital, son expertise et sa connaissance du marché congolais pour rassurer d’autres financeurs, structurer des cofinancements et attirer davantage de capitaux privés.

C’est précisément dans cet espace que l’expérience de Batukonke à la Banque mondiale et à l’IFC peut prendre toute sa valeur.

La bataille de la ressource et de la traçabilité

La dernière actualité de septembre 2026 apporte un autre indice sur l’évolution recherchée.

Le FPI et l’Office de gestion du fret multimodal ont engagé une révision de leur coopération, notamment afin de digitaliser certaines opérations liées à la collecte de la Taxe de Promotion de l’Industrie auprès des importateurs. L’objectif avancé est d’améliorer transparence, célérité et traçabilité.

L’importance de ce chantier dépasse la technique administrative.

Pour financer davantage d’usines, le FPI doit d’abord sécuriser ses propres ressources. Pour sécuriser ses ressources, il doit mieux collecter, mieux tracer et mieux récupérer les financements déjà accordés.

Le cercle peut être vertueux : plus de ressources, une meilleure sélection des projets, davantage de remboursements, puis une capacité accrue de réinvestissement.

Mais ce cercle doit encore être démontré dans la durée.

Un mandat qui se jugera désormais sur les actifs créés

Après une carrière construite au sein des institutions financières internationales, Hervé Claude Ntumba Batukonke est entré dans une phase professionnelle beaucoup plus exposée.

À la Banque mondiale ou à l’IFC, il contribuait à structurer et gérer des financements. Au FPI, il porte désormais une responsabilité directement mesurable dans l’économie réelle congolaise.

Le véritable indicateur de son mandat ne sera donc pas le nombre de forums auxquels le Fonds participe ni même le volume des intentions de financement annoncées. Il faudra regarder les unités de production effectivement installées, les projets achevés, les prêts remboursés, les entreprises devenues plus compétitives, les ressources mieux collectées et la quantité de valeur ajoutée créée en RDC.

C’est là que le parcours international de Batukonke rencontre désormais son test le plus concret.

Pour le financier devenu patron d’un instrument public d’industrialisation, le défi n’est plus seulement de savoir comment financer le développement.

Il consiste désormais à prouver que le financement peut effectivement produire de l’industrie.

Mérimé Wilson

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