Brutus Sadou Diakité, l’ingénieur du numérique chargé d’accélérer les ambitions d’Orange en RDC

À la tête d’Orange RDC depuis septembre 2025, Brutus Sadou Diakité incarne une génération de dirigeants africains formés à la technologie, aguerris à la conduite des opérations et désormais placés au cœur des grandes batailles économiques du numérique. De Bamako à Kinshasa, en passant par Bissau et Casablanca, son parcours raconte une ascension construite dans la durée au sein du groupe Orange. Sa mission congolaise est à la mesure de son expérience : renforcer la qualité des services, accélérer l’innovation et faire progresser l’opérateur sur l’un des marchés les plus stratégiques d’Afrique.
Il arrive en République démocratique du Congo avec un avantage rare : celui de connaître presque toutes les dimensions du métier des télécommunications. Brutus Sadou Diakité a développé des logiciels, piloté des systèmes d’information, supervisé l’expérience client, dirigé une filiale nationale et conduit le déploiement de plateformes numériques à l’échelle de l’Afrique et du Moyen-Orient.
Cette compréhension complète de la chaîne de valeur constitue le fil conducteur de sa carrière. Elle explique également le choix porté sur lui pour diriger Orange RDC, dans un marché où l’enjeu ne se limite plus à vendre des cartes SIM ou des forfaits. Les opérateurs doivent désormais construire des infrastructures résilientes, fluidifier les paiements, sécuriser les transactions, accompagner les entreprises et inventer des services capables de s’intégrer dans la vie quotidienne de millions de personnes.
Une trajectoire construite au cœur de la technologie
L’histoire professionnelle de Brutus Sadou Diakité commence en décembre 2002 chez IKATEL, l’opérateur qui deviendra Orange Mali. Il y entre comme ingénieur en développement de logiciels, quelques mois après l’obtention d’un Master II en télécommunications et informatique à l’Université Côte d’Azur. Il possède alors une solide formation initiale en génie informatique acquise à l’Université Abdelmalek Essaâdi de Tanger.
Sa première fonction est technique, mais sa trajectoire dépasse rapidement la programmation. En avril 2003, il prend la direction du système d’information d’Orange Mali. Il occupera cette responsabilité pendant près de quatorze ans.
La longévité de cette étape est déterminante. Les systèmes d’information constituent le système nerveux d’un opérateur télécoms : facturation, gestion des abonnés, interconnexion des services, sécurisation des données, continuité des opérations et développement de nouvelles offres. En les dirigeant pendant plus d’une décennie, Brutus Sadou Diakité acquiert une connaissance profonde de l’entreprise, de ses processus et de ses contraintes industrielles.
En mars 2017, il devient directeur général adjoint d’Orange Mali. Son périmètre s’élargit alors aux services et à l’expérience client, aux achats, à la logistique ainsi qu’aux systèmes d’information. Le technicien change de dimension. Il ne pilote plus seulement des infrastructures numériques : il coordonne des fonctions directement liées à la performance opérationnelle, à la satisfaction des abonnés et à la maîtrise des coûts.
Cette progression interne révèle une méthode de leadership fondée sur la connaissance du terrain. Diakité n’accède pas à la direction générale par une trajectoire extérieure au secteur. Il grandit au sein de l’opérateur, apprend ses métiers, accompagne ses transformations et construit progressivement sa légitimité managériale.
L’épreuve de la direction générale en Guinée-Bissau
En janvier 2020, Brutus Sadou Diakité est nommé directeur général d’Orange Bissau. Cette première expérience à la tête d’une filiale lui permet de confronter son expertise technologique aux réalités d’un marché national.
Sous sa direction, Orange Bissau engage un important programme de modernisation de son réseau mobile et d’extension de sa couverture rurale. L’investissement annoncé atteint 13,4 milliards de FCFA. Le projet comprend le déploiement de 150 nouvelles antennes et l’extension des services de télécommunications à plus de 1 000 villages.
Au-delà de sa dimension technique, cette opération touche à un enjeu essentiel du développement africain : le désenclavement numérique des territoires. Étendre un réseau dans les zones rurales permet de rapprocher les populations des services financiers mobiles, de l’information, de l’éducation et des opportunités économiques.
Cette expérience bissau-guinéenne confirme le passage de Brutus Sadou Diakité du statut d’expert à celui de dirigeant capable d’arbitrer entre investissements, performance commerciale, qualité de service et impact territorial.
De la direction d’une filiale à la stratégie digitale régionale
En juillet 2023, il rejoint Casablanca pour prendre la direction d’Orange Digital Platforms au sein d’Orange Middle East and Africa. Ce changement d’échelle le place au centre de la transformation numérique du groupe dans une région devenue l’un de ses principaux moteurs de croissance.
À ce poste, Brutus Sadou Diakité travaille sur des plateformes conçues pour mutualiser les innovations et accélérer le déploiement de nouveaux services dans plusieurs pays. Il supervise notamment le développement de Max it, la super-application d’Orange réunissant télécommunications, paiements, services financiers et usages numériques au sein d’une interface unique. Au moment de sa nomination en RDC, la plateforme comptait 22 millions d’utilisateurs actifs.
Cette expérience régionale enrichit son profil d’une compétence devenue capitale : la capacité à penser les télécommunications comme un écosystème de services. Le réseau reste indispensable, mais la valeur se déplace progressivement vers les plateformes, la donnée, l’expérience utilisateur et les services financiers numériques.
Brutus Sadou Diakité arrive ainsi à Kinshasa avec une lecture élargie du secteur. Il maîtrise à la fois l’infrastructure qui rend la connexion possible et les usages qui permettent de la transformer en valeur économique.
La RDC, un mandat à forte intensité stratégique
La nomination de Brutus Sadou Diakité à la tête d’Orange RDC intervient dans un marché à la fois immense, concurrentiel et complexe. La taille du territoire, la dispersion de la population, les besoins énergétiques des infrastructures, le coût des équipements et les attentes croissantes des consommateurs imposent aux opérateurs une discipline d’investissement considérable.
À son arrivée, Orange représente 28,2 % des revenus du marché congolais des télécommunications au premier trimestre 2025, derrière Airtel et Vodacom. Dans l’Internet mobile, sa part de marché s’établit à 29,8 %. Orange Money détient alors 15,86 % du marché des services financiers mobiles, loin derrière M-Pesa et Airtel Money.
Ces indicateurs définissent clairement l’ampleur de sa mission. Pour progresser, Orange RDC doit simultanément améliorer la disponibilité du réseau, renforcer la qualité de l’expérience client, accroître la compétitivité d’Orange Money et développer des services numériques adaptés aux usages congolais.
Le parcours du nouveau directeur général répond précisément à cette équation. Son expérience dans les systèmes d’information lui apporte la culture de la fiabilité. Son passage à la direction générale d’Orange Bissau lui donne la maîtrise de l’exécution opérationnelle. Son rôle au sein d’Orange Digital Platforms lui permet d’intégrer les nouvelles logiques de plateforme, d’innovation et de convergence des services.
Un dirigeant à la double culture technique et managériale
Brutus Sadou Diakité a consolidé son expérience professionnelle par une formation continue de haut niveau. À sa formation en génie informatique et en télécommunications s’ajoutent un Master II en gestion des entreprises de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, un Executive MBA de l’IAE Paris–Sorbonne Business School et un Executive MBA d’HEC Paris.
Cette double culture constitue l’une des principales forces de son profil. Il comprend la technologie sans perdre de vue la création de valeur. Il peut dialoguer avec les ingénieurs sur la robustesse des plateformes, avec les financiers sur la rentabilité des investissements, avec les équipes commerciales sur l’expérience client et avec les pouvoirs publics sur l’inclusion numérique.
Dans un secteur où les frontières entre télécommunications, finance, commerce et services numériques deviennent de plus en plus poreuses, cette polyvalence n’est plus un simple avantage. Elle représente une condition essentielle du leadership.
Transformer la connectivité en valeur économique
Le mandat de Brutus Sadou Diakité en RDC sera jugé sur des résultats concrets : la qualité du réseau, la progression de la couverture, la satisfaction des abonnés, la croissance d’Orange Money et la capacité de l’opérateur à devenir un partenaire plus puissant de la transformation numérique du pays.
Son parcours montre toutefois qu’il dispose des outils nécessaires pour affronter cette équation. Parti du développement logiciel, il a franchi méthodiquement les niveaux de responsabilité jusqu’à diriger l’une des filiales les plus stratégiques du groupe Orange en Afrique.
À Kinshasa, Brutus Sadou Diakité ne prend donc pas seulement la tête d’un opérateur de télécommunications. Il prend position au cœur d’une infrastructure économique essentielle. Dans une RDC où le téléphone mobile devient à la fois moyen de communication, portefeuille financier, outil commercial et porte d’entrée vers les services publics, la performance d’un opérateur influence directement la capacité du pays à élargir l’accès au numérique.
Le défi qui l’attend est considérable. Il correspond aussi parfaitement à la trajectoire d’un ingénieur devenu stratège, convaincu que la technologie ne prend toute sa valeur que lorsqu’elle améliore concrètement l’expérience des utilisateurs et accompagne la transformation des économies.
Mérimé Wilson



