Diaspora

Hugues Bonshe Makalebo, du pilotage du risque à la diplomatie bancaire africaine

À la tête de Baobab Banque Madagascar depuis 2020, le banquier congolais Hugues Bonshe Makalebo a construit une trajectoire qui relie maîtrise des risques, direction opérationnelle, inclusion financière et influence institutionnelle. De Kinshasa à Antananarivo, son parcours dessine le profil d’un dirigeant africain capable de conjuguer rigueur bancaire, croissance et dialogue économique.

Dans la banque, certains dirigeants viennent du commerce, d’autres de la technologie ou de la stratégie. Hugues Bonshe Makalebo appartient à une autre école : celle du risque. Une discipline exigeante, peu spectaculaire, mais déterminante dans la solidité d’un établissement financier. C’est dans cet univers, au croisement de l’analyse, du contrôle et de la décision, que le banquier congolais a posé les fondations d’une carrière devenue continentale.

Depuis septembre 2020, il dirige Baobab Banque Madagascar. Cette responsabilité place Hugues Bonshe Makalebo au cœur d’un enjeu majeur pour les économies africaines : construire des institutions financières capables de servir les entrepreneurs, les petites entreprises et les populations encore insuffisamment couvertes par les circuits bancaires traditionnels.

Sa mission dépasse aujourd’hui le pilotage d’un bilan. Président de l’Association professionnelle des banques de Madagascar depuis janvier 2025, il participe à la représentation du secteur bancaire auprès des autorités et des différentes parties prenantes de l’économie malgache. Au sein du Groupement des entreprises de Madagascar, il préside également la commission chargée des relations avec les groupements patronaux étrangers. Une fonction qui le positionne à l’intersection de la finance, du secteur privé et de la diplomatie économique.

L’école du risque

Le parcours de Hugues Bonshe Makalebo commence véritablement en 2009 chez ProCredit Bank en République démocratique du Congo. Il y entre comme spécialiste de la gestion des risques, avant de prendre la direction du département consacré à cette fonction. En 2013, il accède au poste de Chief Financial Officer.

Cette progression rapide révèle une maîtrise technique couvrant plusieurs dimensions essentielles de l’activité bancaire : analyse du crédit, maîtrise des risques opérationnels, discipline financière, contrôle des processus et allocation des ressources. Elle lui permet surtout de comprendre la banque depuis son centre de gravité : la capacité à financer l’économie tout en protégeant les dépôts, le capital et la pérennité de l’institution.

En octobre 2014, il est nommé directeur général adjoint d’Equity Bank Congo. Il occupera cette fonction jusqu’en août 2020, traversant une période de profonde évolution du marché bancaire congolais. L’intégration de l’ancienne ProCredit Bank Congo dans le groupe Equity élargit alors son champ de responsabilités. Il ne s’agit plus seulement de mesurer le risque, mais de participer au pilotage d’un établissement confronté aux défis de la croissance, de l’élargissement de la clientèle, de la transformation numérique et de la qualité opérationnelle.

Cette expérience lui apporte une connaissance concrète des réalités bancaires de la RDC : un marché au potentiel considérable, mais marqué par la faible bancarisation, l’importance de l’économie informelle, l’étendue du territoire et la nécessité de bâtir durablement la confiance.

Entre 2016 et 2020, Hugues Bonshe Makalebo siège également au conseil de surveillance de Multipay Congo. Cette fonction renforce son exposition aux systèmes de paiement et aux nouvelles infrastructures financières, à un moment où les transactions électroniques deviennent un levier central de modernisation des économies africaines.

Le défi malgache

Son arrivée à la direction générale de Baobab Banque Madagascar en septembre 2020 constitue un changement d’échelle géographique et managériale. Le banquier congolais quitte Kinshasa pour Antananarivo, dans un contexte économique bouleversé par la pandémie de Covid-19. Il prend les commandes d’une institution dont la vocation repose sur l’accès aux services financiers des microentrepreneurs, des très petites entreprises et des segments insuffisamment servis.

Le défi est double. Il faut préserver la solidité financière de la banque tout en renforçant sa capacité à toucher une clientèle plus large. Cette équation correspond précisément au parcours de Hugues Bonshe Makalebo : associer la prudence acquise dans la gestion des risques à une culture du développement commercial et de l’innovation.

Sous sa direction, Baobab Banque Madagascar consolide son positionnement dans la finance inclusive tout en modernisant son offre. La banque développe les paiements numériques, renforce ses partenariats et élargit ses solutions destinées aux particuliers et aux entrepreneurs. Elle lance notamment des cartes internationales Mastercard et ouvre, en 2024, une première agence Premium à Antananarivo, traduisant une volonté de diversifier les segments de clientèle sans renoncer à sa mission historique.

En mars 2024, Baobab Banque Madagascar signe avec Proparco une garantie de portefeuille de 2 millions d’euros. Ce mécanisme permet à la banque de partager une partie des risques liés au financement de microentreprises vulnérables et d’accroître sa capacité d’intervention. Au moment de l’opération, l’établissement accompagnait plus de 300 000 clients à travers 36 agences et 527 points de service, avec un effectif de 850 collaborateurs, dont 54 % de femmes.

Ces données donnent la mesure de la responsabilité exercée par Hugues Bonshe Makalebo. Diriger une banque inclusive ne consiste pas uniquement à distribuer davantage de crédits. Il faut construire des dispositifs d’évaluation adaptés à des entrepreneurs disposant rarement des garanties et des documents financiers exigés par la banque classique. Il faut également concilier impact social, maîtrise du risque, conformité réglementaire et rentabilité.

De dirigeant bancaire à interlocuteur institutionnel

Son accession à la présidence de l’Association professionnelle des banques de Madagascar marque une nouvelle étape. Hugues Bonshe Makalebo ne porte plus seulement la stratégie de son établissement : il contribue désormais à représenter les intérêts collectifs de l’industrie bancaire.

Cette fonction prend une importance particulière dans un environnement où les banques doivent simultanément répondre aux exigences de stabilité financière, accompagner la transformation numérique, renforcer la cybersécurité, soutenir les entreprises et participer à l’inclusion économique. Le président d’une association bancaire doit faire dialoguer des établissements parfois concurrents autour de préoccupations communes et maintenir une relation constructive avec la banque centrale, les pouvoirs publics, les entreprises et les partenaires au développement.

Son engagement au sein du Groupement des entreprises de Madagascar prolonge cette posture. En présidant la commission chargée des relations avec les groupements patronaux étrangers, il intervient sur un autre terrain stratégique : celui des passerelles entre le secteur privé malgache et les réseaux économiques internationaux.

Cette double responsabilité révèle une évolution importante de son leadership. Le technicien du risque est devenu un dirigeant capable de représenter une profession, de fédérer des acteurs et de participer au dialogue sur l’attractivité économique du pays.

Un ancrage congolais toujours présent

Malgré son implantation à Madagascar, Hugues Bonshe Makalebo conserve un lien direct avec l’écosystème financier congolais. Depuis 2021, il est membre du conseil de surveillance de Baobab RDC. Cette position lui permet de contribuer à la gouvernance, à l’amélioration des processus et au développement des activités de l’institution sur son marché d’origine.

Cette présence simultanée dans les univers bancaires malgache et congolais donne à son profil une dimension particulière. Elle traduit la montée d’une génération de cadres africains capables de transporter leur expertise d’un marché à un autre, tout en comprenant les spécificités réglementaires, sociales et économiques de chaque pays.

Sa formation accompagne cette évolution. Diplômé en finance, banque et assurance de l’Université protestante du Congo, il a complété son cursus par plusieurs programmes spécialisés à la Frankfurt School of Finance & Management, notamment en leadership, développement des affaires et financement des PME. Il est également passé par les académies de ProCredit en Allemagne et en Europe de l’Est, ainsi que par une formation avancée en banque de détail et rentabilité des agences.

Cette combinaison entre formation académique, expertise technique et expérience opérationnelle explique la cohérence de son ascension. Chez Hugues Bonshe Makalebo, le développement commercial ne s’oppose pas à la gestion des risques. Il en constitue le prolongement : croître, mais sur des fondations capables de durer.

Une figure de la mobilité managériale africaine

Le parcours de Hugues Bonshe Makalebo raconte enfin une transformation plus large. Les compétences bancaires africaines circulent désormais davantage entre les régions du continent. Elles se construisent à Kinshasa, se perfectionnent dans des institutions internationales et s’expriment à Antananarivo, Dakar, Abidjan, Nairobi ou Lagos.

Dans ce mouvement, le dirigeant congolais incarne une forme de leadership sobre et structurant. Son influence ne repose pas sur la surexposition, mais sur l’accumulation de responsabilités exigeantes : sécuriser, transformer, développer, gouverner et représenter.

De la gestion des risques à la direction générale, puis de la gouvernance d’entreprise à la représentation institutionnelle, Hugues Bonshe Makalebo a élargi méthodiquement son champ d’action. Son parcours montre qu’un banquier africain peut être à la fois gardien de la solidité financière, acteur de l’inclusion, constructeur de partenariats et interface entre plusieurs économies.

À travers lui, c’est aussi la capacité des talents congolais à exercer leur leadership au-delà des frontières nationales qui s’affirme. Une expertise née en RDC, consolidée par l’expérience internationale et désormais engagée dans la transformation du paysage financier de l’océan Indien.

Mérimé Wilson

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