Chez Callixte Matala, la trajectoire entrepreneuriale ne suit pas une ligne droite. Elle dessine plutôt une logique d’accumulation : comprendre le financement, apprendre à construire, créer des entreprises, structurer des réseaux d’affaires, puis transformer cette expérience en plateformes susceptibles de relier l’Amérique du Nord et l’Afrique. Installé à Edmonton, en Alberta, le dirigeant évolue aujourd’hui à la croisée de plusieurs univers, de l’immobilier à la santé en passant par le développement des affaires et l’investissement international. Derrière cette diversification se dessine pourtant un fil conducteur : transformer la connaissance des marchés en actifs, en entreprises et en opportunités concrètes.
Son parcours prend une dimension particulière avec Kingsridge Real Estate Development Ltd., dont il est Chief Executive Officer depuis août 2020. L’entreprise matérialise l’un de ses axes les plus structurants : utiliser une expérience entrepreneuriale acquise au Canada pour intervenir sur les problématiques immobilières et de développement urbain africaines, avec notamment un intérêt affiché pour Kinshasa. Son profil professionnel associe d’ailleurs Kingsridge à des projets de développement immobilier dans la capitale congolaise. Dans une métropole confrontée simultanément à la croissance démographique, à l’urbanisation rapide et au besoin considérable de logements structurés, la question immobilière dépasse largement la construction : elle touche au financement, à l’aménagement, à la capacité d’exécution et à la mobilisation de capitaux.
De la banque à la propriété d’entreprise
Pour comprendre cette orientation, il faut revenir à l’une des premières étapes structurantes de son parcours. Entre 2004 et 2010, Callixte Matala travaille chez RBC Royal Bank of Canada comme Commercial Account Manager dans la région de Montréal. Ce passage par la banque commerciale lui permet d’évoluer au contact des entreprises sous un angle déterminant : celui du financement, de la relation bancaire et de l’analyse des besoins économiques des entrepreneurs.
Mais Matala ne reste pas durablement du côté du financement. Dès 2007, il entre lui-même dans l’exécution entrepreneuriale en créant CLX Construction, entreprise qu’il dirige jusqu’en 2015 et qui intervient dans la construction et la rénovation résidentielle et commerciale au Canada. Le changement est significatif. Il ne s’agit plus seulement d’accompagner des entreprises ou d’évaluer leur activité, mais de gérer des opérations, des chantiers, des coûts et des clients.
Cette double culture, financière et opérationnelle, constitue probablement l’une des clés de lecture les plus intéressantes de son parcours. L’immobilier est précisément un secteur où la capacité à bâtir ne suffit pas. Il faut comprendre le capital, la structuration financière, le risque, la commercialisation et la temporalité longue des projets. En passant successivement par la banque puis par la construction avant de prendre la tête de Kingsridge Real Estate Development, Matala a progressivement déplacé son centre de gravité : du financement des entreprises vers la création et le développement d’actifs.
Canada Business Expo, l’autre versant de sa stratégie
Une deuxième dimension complète cette trajectoire. Callixte Matala préside depuis 2015 Canada Business Expo, une plateforme basée à Edmonton et orientée vers le développement des affaires et la mise en relation d’investisseurs. L’organisation se présente comme un espace destiné à connecter entrepreneurs, entreprises et investisseurs internationaux avec des opportunités économiques canadiennes.
Ce positionnement éclaire davantage le rôle que Matala cherche à occuper : non seulement entrepreneur, mais aussi interface entre plusieurs écosystèmes économiques. Son profil public met notamment en avant son expertise du développement des affaires en lien avec les marchés africains. Plus récemment, il a associé Canada Business Expo au projet MAC Summit, consacré notamment aux chaînes de valeur minières, agricoles et carbone autour du corridor de Lobito, avec une volonté affichée de connecter projets africains, investisseurs, banques et décideurs internationaux.
Cette orientation est particulièrement pertinente pour la RDC. Le pays dispose d’actifs miniers majeurs mais reste confronté à un défi récurrent : transformer son potentiel en projets structurés, finançables et capables d’attirer durablement des capitaux internationaux. Matala s’intéresse publiquement à cette problématique, notamment à la question de l’attraction des investissements internationaux vers la RDC.
Sa valeur ajoutée potentielle se situe précisément dans cet espace souvent complexe entre opportunité locale et exigences du capital international.
Un portefeuille entrepreneurial qui dépasse l’immobilier
La trajectoire de Callixte Matala ne se limite toutefois pas au couple finance-immobilier. Depuis novembre 2019, il préside également The Allergy Clinic Inc., structure de santé implantée à Edmonton. L’établissement, spécialisé notamment dans l’allergologie et l’immunologie clinique, apparaît toujours actif et a poursuivi ses recrutements de professionnels médicaux au cours des dernières années, Matala étant publiquement identifié comme interlocuteur de la structure sur certaines offres.
Cette incursion dans la santé peut sembler éloignée de ses autres activités. Elle révèle pourtant une constante : son entrepreneuriat s’organise autour de structures opérationnelles et de services réels, plutôt que d’un positionnement limité au conseil. Des registres publics canadiens attestent également de son implication dans plusieurs structures entrepreneuriales enregistrées au Canada.
Sa formation apporte une autre dimension à ce profil international. Son parcours mentionne notamment Concordia University, dans le domaine du business et du commerce, ainsi qu’un passage par la University of the Witwatersrand, en Afrique du Sud. Entre l’Amérique du Nord et l’Afrique australe, cette exposition à plusieurs environnements économiques correspond à ce qui deviendra progressivement son terrain d’action professionnel : comprendre des marchés différents et tenter de les connecter.
Le défi désormais : transformer les connexions en projets
Le parcours de Callixte Matala raconte finalement une évolution assez nette. Celle d’un professionnel passé de la banque commerciale à l’entrepreneuriat, puis de la construction au développement immobilier, avant d’élargir son champ d’action à la santé et à la création de plateformes internationales d’investissement.
Pour la RDC, l’intérêt de ce profil se situe moins dans le nombre d’activités qu’il cumule que dans la question qu’il pose : comment mobiliser l’expérience, les réseaux et les standards de la diaspora pour construire des projets réellement exécutables sur le continent ?
Kingsridge Real Estate Development constitue, à cet égard, un test important. L’ambition immobilière autour de Kinshasa devra se mesurer à des réalités très concrètes : sécurisation foncière, financement, infrastructures, capacité de construction, accessibilité des logements et gouvernance des projets. C’est sur cette capacité d’exécution, plus que sur les intentions, que pourra se mesurer la portée économique de l’initiative.
Callixte Matala appartient ainsi à une génération d’entrepreneurs installés hors du continent qui cherchent à faire évoluer leur relation avec l’Afrique : ne plus être seulement une diaspora de transferts, mais devenir une diaspora d’investissement, d’actifs, de réseaux et de projets. Dans son cas, la banque lui a donné une lecture du capital, la construction celle de l’exécution, et l’entrepreneuriat international celle des connexions. Reste désormais l’étape la plus décisive : convertir cet assemblage d’expériences en réalisations suffisamment fortes pour changer d’échelle.
Mérimé Wilson





