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Etienne-Claude Mabunda : après 21 ans chez Rawbank, un banquier de la croissance prend les commandes d’Ecobank RDC

Dans la banque, les changements d’institution au plus haut niveau disent souvent davantage qu’une simple nomination. Celui d’Etienne-Claude Mabunda en est un. Après vingt et une années passées à gravir pratiquement tous les étages de la banque commerciale chez Rawbank, de la clientèle de détail aux grandes entreprises, des PME aux institutions, le banquier congolais rejoint en septembre 2026 Ecobank RDC comme Directeur Général et Administrateur Exécutif. Un changement de maison, mais surtout un changement d’échelle de responsabilité. Sa nomination à la tête de la filiale congolaise du groupe panafricain a été rapportée par plusieurs sources professionnelles et économiques ces dernières semaines.

Mabunda arrive chez Ecobank avec un avantage difficile à fabriquer rapidement : une connaissance de terrain extrêmement profonde de l’économie bancaire congolaise. En août, lorsqu’il annonçait son départ de Rawbank, il mettait lui-même un chiffre sur cette fidélité : vingt et une années. Entré dans la banque en 2005, il en sort en 2026 après avoir accompagné une période majeure de son développement et terminé son parcours comme Directeur commercial et membre du Comité exécutif.

Du guichet à la stratégie nationale

Sa trajectoire est intéressante parce qu’elle ne commence pas dans les états-majors. Retail Officer, Private Banking Officer, Corporate Banking Officer : Mabunda apprend d’abord la banque depuis la relation client. Il passe ensuite par Lubumbashi, où il travaille au développement commercial dans la région minière, avant de prendre des responsabilités plus larges sur les PME puis sur le Corporate & Institutional Banking.

Cette progression lui donne une lecture particulièrement transversale du marché : le particulier et l’entrepreneur, le sous-traitant et la multinationale, les télécommunications, les mines, les infrastructures, l’énergie, le secteur public.

À partir de 2009, il prend notamment des responsabilités dans le développement du marché des PME. Quelques années plus tard, il dirige le Corporate & Institutional Banking. En 2016, alors que la baisse des cours des matières premières fragilise l’environnement minier congolais, Rawbank explique dans son rapport annuel que l’activité CIB pilotée par Mabunda cherche de nouveaux relais dans les télécommunications, notamment à travers les réseaux de collecte de cash. C’est déjà une caractéristique de son parcours : ne pas seulement gérer un portefeuille, mais déplacer l’effort commercial lorsque la structure du marché change.

Au cœur de la montée en puissance de Rawbank

Lorsqu’il devient Directeur commercial en avril 2018, son périmètre change radicalement. Il ne s’agit plus uniquement de développer une catégorie de clientèle mais d’articuler les différents moteurs commerciaux de la banque : grandes entreprises, institutions, PME, particuliers et réseau.

L’échelle est considérable. En mars 2024, IFC évaluait le bilan de Rawbank à 5,2 milliards de dollars, avec environ 29 % du marché congolais en termes d’actifs. La banque poursuivait parallèlement l’élargissement de son financement des PME, des femmes entrepreneures et des grandes chaînes de valeur. Son rapport 2024 faisait notamment état d’une hausse de 20 % des volumes de crédits accordés au segment PME.

Mabunda évolue aussi au contact des dossiers qui changent progressivement la sophistication de la banque congolaise. Mines, trade finance, financements structurés, grands comptes, télécoms : Rawbank a notamment annoncé une levée internationale de 200 millions de dollars destinée à la chaîne de valeur minière congolaise. Encore en mai 2026, le ministère congolais du Commerce extérieur le présentait comme Directeur commercial de Rawbank lors de discussions consacrées au financement de filières agricoles prioritaires.

C’est donc moins un spécialiste d’un produit bancaire qu’un banquier de l’écosystème économique congolais qu’Ecobank recrute.

Ecobank, le test du passage à la direction générale

Son arrivée chez Ecobank RDC ouvre toutefois un chapitre différent.

À Rawbank, Mabunda était l’un des hommes de la croissance commerciale. Chez Ecobank, il doit désormais répondre de l’ensemble : développement des revenus, allocation du capital, maîtrise du risque, conformité, qualité des actifs, transformation digitale, ressources humaines, efficacité opérationnelle et gouvernance.

Le passage est important. Savoir conquérir des clients n’est pas exactement le même métier que diriger une banque. Mais son parcours présente précisément l’intérêt d’avoir progressivement élargi son champ de lecture, des opérations de clientèle aux grandes institutions et aux stratégies nationales.

Il rejoint également une organisation dont la logique diffère de celle de Rawbank. Ecobank RDC appartient à une plateforme bancaire panafricaine présente dans 35 pays du continent, avec une infrastructure permettant d’accompagner entreprises et flux financiers au-delà du seul marché congolais. Pour Mabunda, l’enjeu sera donc de combiner son capital relationnel local avec la puissance transfrontalière du groupe.

Sa formation ajoute une dimension internationale à ce profil très congolais. Passé par l’Université catholique de Louvain, HEC Montréal et la Frankfurt School of Finance & Management, où il a suivi un MBA, il associe formation en gestion, exposition internationale et deux décennies d’exécution bancaire sur le terrain.

Un transfert qui dit quelque chose du marché bancaire congolais

Le recrutement d’Etienne-Claude Mabunda possède enfin une dimension concurrentielle difficile à ignorer. Ecobank ne recrute pas seulement un dirigeant expérimenté : elle va chercher chez un concurrent direct un cadre qui connaît les entreprises, les institutions, les secteurs moteurs et les mécanismes de conquête du marché congolais.

Dans un secteur où Rawbank, EquityBCDC, TMB, Ecobank et d’autres établissements cherchent simultanément à capter les grands flux corporate, les PME formelles, les nouveaux usages digitaux et une population encore largement sous-bancarisée, le capital humain devient lui-même un élément de compétition.

Etienne-Claude Mabunda a passé vingt et un ans à apprendre comment construire une franchise commerciale bancaire en RDC. À Ecobank, la question change désormais : peut-il transformer cette maîtrise du marché en capacité de direction générale et donner une nouvelle accélération à une banque disposant, derrière elle, d’un réseau panafricain ?

C’est à cette mesure que son nouveau mandat sera jugé.

Mérimé Wilson

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