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Djo Moupondo, du studio d’enregistrement à la gouvernance bancaire : le parcours d’un bâtisseur d’écosystèmes

Lorsqu’il prend, en février 2026, la présidence du comité Éthique et Conformité de Trust Merchant Bank, Djo Moupondo franchit une nouvelle étape dans une trajectoire professionnelle difficile à enfermer dans une seule catégorie. L’homme qui siège depuis août 2024 au conseil d’administration de la banque congolaise a d’abord construit sa carrière dans la musique, avant de s’imposer dans les ressources humaines, le conseil, l’investissement et la gouvernance d’entreprise. Son parcours raconte moins une succession de reconversions qu’une même ambition poursuivie sur plusieurs terrains : transformer le talent, les idées et les organisations en actifs durables.

Stockholm, laboratoire d’un entrepreneur culturel

Né en République démocratique du Congo et installé en Suède au début des années 1990, Djo Moupondo grandit entre plusieurs univers culturels. À Stockholm, la musique devient son premier espace d’expression, mais également son premier apprentissage de l’entreprise.

Après une formation en production musicale à Kulturama en 2000-2001, il s’engage dans l’aventure du groupe Avalon aux côtés de son frère Mohombi. En 2001, il lance SueCo Production, une structure consacrée à la production musicale et événementielle. Cette expérience lui permet de comprendre très tôt que la création artistique ne peut s’inscrire dans la durée sans organisation, financement, distribution et stratégie commerciale.

Djo Moupondo complète alors son profil par un cursus en entrepreneuriat et innovation à Södertörn University, avec une spécialisation en ethnologie. Ce double regard, à la fois économique et culturel, deviendra l’une des signatures de son parcours. Il ne considère pas la culture comme un simple espace de divertissement, mais comme une industrie susceptible de créer de la valeur, des emplois et de l’influence.

En 2007, SueCo Production est intégrée à La Clique Music, dont il devient le président. Le label développe des activités dans la production, l’édition musicale, le management d’artistes, la distribution et l’événementiel. Pendant quatorze ans, de 2008 à 2022, Djo Moupondo accompagne notamment la carrière internationale de Mohombi. Il apprend ainsi à identifier un potentiel, bâtir une marque, négocier avec des partenaires internationaux et organiser une croissance sur plusieurs marchés.

Le retour en RDC et la transformation de Sodeico

En 2007, Djo Moupondo revient en République démocratique du Congo et rejoint Sodeico, l’entreprise familiale fondée en 1987. Il y commence comme directeur de la qualité avant de devenir directeur commercial, directeur général adjoint chargé des opérations, puis responsable du développement.

Cette progression est révélatrice de sa méthode. Plutôt que d’intégrer immédiatement le sommet de l’organisation familiale, il en traverse plusieurs fonctions structurantes. La qualité lui apprend la maîtrise des processus ; le commercial, la conquête des marchés ; les opérations, la discipline d’exécution ; le développement, la projection stratégique.

À partir de 2017, il dirige Sodeico Development, société de conseil spécialisée dans le développement des affaires, les études de marché, la gestion de projets et l’accompagnement des entreprises souhaitant se développer en Afrique. Depuis septembre 2019, il occupe la fonction d’Executive Director de Sodeico Holding, groupe panafricain présent notamment dans les ressources humaines, le conseil, les services financiers, la distribution, l’assainissement, l’immobilier et l’agriculture.

Son apport dépasse ainsi la gestion quotidienne. Il participe au passage d’une entreprise historiquement centrée sur les ressources humaines à une holding multisectorielle. Cette diversification traduit une lecture pragmatique du marché africain : les besoins des entreprises ne sont pas cloisonnés. Le capital humain, le financement, l’exécution opérationnelle, la connaissance des marchés et l’accès aux réseaux constituent les différentes pièces d’une même infrastructure économique.

Du développement d’entreprises à l’investissement d’impact

En octobre 2021, Djo Moupondo prend la présidence de DRC Impact Angels. L’initiative entend accompagner les PME, les start-up et les entrepreneurs congolais par l’investissement, mais également par l’expertise, la structuration et le mentorat.

Ce positionnement répond à l’une des principales fragilités de l’écosystème entrepreneurial congolais : de nombreux projets disposent d’un potentiel réel, mais restent freinés par une gouvernance insuffisante, une faible préparation financière ou un accès limité au capital patient.

Son approche de l’investissement conserve quelque chose de son expérience dans la musique. Dans les deux univers, il s’agit de détecter un talent encore imparfait, de l’aider à clarifier son identité, de structurer son modèle économique et de l’accompagner jusqu’au marché. Djo Moupondo applique ainsi à l’entrepreneuriat une logique de développement de talents éprouvée dans l’industrie créative.

Harvard, Stockholm et la montée en puissance du dirigeant

À mesure que ses responsabilités s’élargissent, Djo Moupondo renforce sa formation. Entre 2021 et 2023, il suit le programme Owner/President Management, cohorte OPM59, de Harvard Business School Executive Education. Conçu pour les propriétaires, présidents et dirigeants d’entreprises en croissance, ce parcours porte notamment sur la stratégie, la transformation, la gestion des risques et la pérennisation des organisations.

Il poursuit cette montée en compétence avec un Executive MBA à la Stockholm School of Economics, achevé en mai 2025. Ces formations ne constituent pas une rupture avec son expérience entrepreneuriale. Elles lui permettent plutôt de formaliser près de deux décennies de pratique et de passer d’une logique de développement d’activités à une réflexion plus large sur l’allocation du capital, la gouvernance et la transmission.

À la TMB, le passage de l’entrepreneur au gardien de la gouvernance

Sa nomination comme administrateur indépendant de Trust Merchant Bank en août 2024 marque cette évolution. Depuis l’acquisition de 85 % de son capital par le groupe bancaire kényan KCB en décembre 2022, la TMB se trouve au croisement de plusieurs enjeux : intégration régionale, transformation numérique, inclusion financière, maîtrise des risques et préservation d’une connaissance approfondie du marché congolais.

En lui confiant ensuite la présidence de son comité Éthique et Conformité, la banque place Djo Moupondo sur un terrain où la réputation, la responsabilité et la qualité des décisions deviennent aussi importantes que la croissance. Ce mandat traduit une évolution significative : l’entrepreneur habitué à créer et développer des activités participe désormais à la surveillance d’une institution financière systémique.

Cette nouvelle responsabilité résume peut-être le mieux sa trajectoire. Djo Moupondo a appris à produire dans la musique, à exécuter dans les services aux entreprises, à investir dans l’entrepreneuriat et à superviser dans la banque. Sa singularité réside dans cette circulation entre création, capital humain, stratégie et gouvernance.

Dans une économie congolaise qui doit simultanément faire émerger ses champions, professionnaliser ses PME et renforcer la crédibilité de ses institutions, son parcours incarne une génération de dirigeants diasporiques décidés à convertir leur expérience internationale en capacités locales. Son prochain défi sera de transformer cette diversité d’engagements en résultats mesurables et durables. C’est à cette condition que son parcours, déjà remarquable par son amplitude, prendra toute sa portée économique.

Mérimé Wilson

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