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Djo Tshiabadala, du cœur des réseaux à la direction technologique d’Orange RDC

Dans les télécommunications, les dirigeants les plus visibles sont rarement ceux qui font tenir le réseau. Pourtant, derrière chaque appel établi, chaque transaction numérique, chaque gigaoctet échangé et chaque promesse d’extension de couverture se trouve une infrastructure dont la disponibilité ne tolère que peu d’improvisation. Djo Tshiabadala appartient à cette catégorie de dirigeants construits dans les profondeurs techniques de l’industrie. Ingénieur électricien de formation, passé par Tigo puis Orange, il occupe depuis septembre 2023 la fonction de Chief Technology Officer d’Orange en République démocratique du Congo, au terme d’une trajectoire professionnelle d’environ vingt ans consacrée presque exclusivement aux réseaux télécoms.

Son parcours raconte davantage qu’une progression hiérarchique. Il illustre le passage d’un ingénieur chargé de maintenir des équipements critiques à un dirigeant désormais confronté aux arbitrages d’investissement, à la qualité de service, à la transformation des infrastructures et à l’une des équations numériques les plus complexes du continent : connecter durablement un pays de la dimension de la RDC.

L’école du réseau avant celle du management

Diplômé de la Faculté polytechnique de l’Université de Kinshasa, où il suit entre 1998 et 2005 une formation d’ingénieur civil électricien, option électronique, Djo Tshiabadala entre dans l’industrie en 2006 chez Oasis, opérateur de Tigo RDC appartenant alors au groupe Millicom.

Le point de départ est résolument technique. NSS Engineer, puis NSS Team Leader à partir de 2007, il travaille au cœur du réseau : maintenance des équipements, configurations, résolution des incidents, sauvegarde des données techniques et support aux opérations. En 2009, il devient Core Network Operations Manager. Son périmètre s’élargit alors à la disponibilité du réseau cœur, à la gestion des incidents selon les niveaux de service, au support technique et au suivi des indicateurs de performance.

Cette première séquence est structurante. Dans les télécommunications, le réseau cœur est moins visible qu’une campagne commerciale, mais il concentre une partie essentielle de la résilience de l’opérateur. C’est là que se construisent chez Tshiabadala les réflexes qui traverseront ensuite sa carrière : disponibilité, capacité, performance, anticipation des incidents et discipline opérationnelle.

Chez Orange, de la qualité du réseau à son architecture

En 2012, il rejoint Orange RDC. Le changement d’entreprise s’accompagne progressivement d’un changement d’échelle.

D’abord responsable de la gestion des services, il travaille sur les indicateurs de qualité des réseaux 2G et 3G, l’expérience des utilisateurs et le respect des engagements de qualité de service. En 2015, comme Network Performance Manager, son rôle se rapproche encore davantage de l’expérience réelle du client : analyse des KPI, optimisation des réseaux 2G, 3G et LTE, benchmarking, accompagnement des offres commerciales et suivi de la qualité des solutions destinées aux entreprises.

C’est un moment important dans sa trajectoire. La technologie cesse progressivement d’être uniquement une infrastructure à maintenir : elle devient un produit dont la qualité influence directement la compétitivité commerciale.

À partir de 2016, il prend des responsabilités croissantes sur l’ingénierie du réseau cœur, avant de diriger des périmètres couvrant notamment le Core Network, la transmission, l’IP/MPLS et les plateformes de services. Il intervient alors sur la planification des capacités, l’intégration technologique, les projets, ainsi que sur la préparation et l’optimisation des budgets CAPEX et OPEX.

Cette année-là correspond également à une transformation majeure du marché. Orange finalise, en avril 2016, l’acquisition de 100 % de Tigo RDC auprès de Millicom, une opération de consolidation stratégique pour l’opérateur français. Sur son profil professionnel, Tshiabadala indique avoir participé au chantier de fusion des deux réseaux en étant chargé du volet Core & IP. Une expérience particulière pour un ingénieur qui connaissait déjà intimement les environnements des deux opérateurs.

Le détour stratégique par les partenaires

Sa nomination en 2021 comme Partner Manager, après près d’une décennie passée dans les fonctions réseaux d’Orange, constitue une rupture intéressante.

Pour un technicien pur, cette mobilité aurait pu sembler latérale. Elle apparaît plutôt comme une étape de préparation au management technologique de haut niveau. Un CTO moderne ne pilote plus seulement des équipements. Il doit négocier avec les équipementiers, comprendre les modèles économiques des fournisseurs, arbitrer entre innovation et rentabilité, maîtriser les coûts et inscrire la technologie dans la stratégie générale de l’entreprise.

Deux ans plus tard, en septembre 2023, Djo Tshiabadala prend la direction technologique d’Orange RDC.

Son arrivée intervient à un moment où la qualité du réseau devient un marqueur stratégique pour l’entreprise. Orange RDC avait déjà été distingué en 2023 pour ses performances réseau ; en 2024, l’opérateur annonce avoir reçu pour la deuxième année consécutive un prix de meilleur réseau en RDC attribué par Ookla. Le trophée est notamment remis à Djo Tshiabadala en sa qualité de directeur technique, aux côtés d’autres responsables d’Orange.

La distinction reste le résultat d’un travail collectif. Mais elle intervient précisément sur le terrain qui résume toute sa carrière : transformer une architecture technique complexe en qualité de service perceptible par l’utilisateur.

Le défi change désormais d’échelle

En 2026, l’enjeu n’est cependant plus simplement de disposer d’un réseau performant. Il s’agit de le faire évoluer assez vite pour suivre l’explosion des usages numériques dans un marché devenu extrêmement concurrentiel.

À fin 2025, l’ARPTC comptabilisait 22,29 millions d’abonnements mobiles actifs chez Orange RDC, derrière les 26,40 millions de Vodacom et devant Airtel. Orange avait toutefois enregistré un recul de 3,3 % au quatrième trimestre après une forte progression au cours des trimestres précédents. Ces variations rappellent une réalité : dans les télécommunications congolaises, la bataille des infrastructures est directement liée à celle des parts de marché.

La data devient centrale. L’ARPTC constate que le marché congolais de l’Internet mobile demeure fortement concentré autour de trois opérateurs représentant ensemble plus de 95 % des souscriptions. Dans le même temps, Orange étend progressivement son empreinte dans le fixe : après Kinshasa et Lubumbashi, l’entreprise a lancé sa fibre à Kolwezi en avril 2025.

Un autre changement structurel est intervenu en décembre 2025 avec l’obtention par Orange RDC d’une Licence Réseaux et Services Unifiée, regroupant notamment les précédentes autorisations 2G, 3G, 4G, fibre et VSAT dans un cadre de neutralité technologique. L’entreprise présente ce nouveau régime comme un levier destiné à faciliter les futurs déploiements d’infrastructures et de services.

Sous la direction générale de Brutus Sadou Diakite, en fonction depuis octobre 2025, Orange RDC affirme désormais vouloir poursuivre les investissements dans ses réseaux, étendre la fibre et améliorer la couverture sur les 145 territoires du pays.

C’est ici que la fonction de Djo Tshiabadala prend sa véritable dimension.

Un dirigeant technologique produit par l’écosystème congolais

Son profil présente une singularité : il n’est pas arrivé à la direction technologique par une succession de postes internationaux ou par une trajectoire généraliste. Il a grandi avec le réseau congolais.

Il en a connu les générations technologiques, les contraintes d’exploitation, les exigences de disponibilité, les chantiers d’intégration, les problématiques de capacité, le développement de la data et désormais l’extension de la fibre. Cette continuité lui donne une connaissance opérationnelle du marché difficile à reproduire par une seule lecture stratégique.

Elle ne garantit naturellement pas les résultats futurs. Les défis restent considérables : couverture d’un territoire continental, coûts énergétiques, disponibilité des infrastructures, croissance de la consommation data, exigences de cybersécurité, optimisation des investissements et pression concurrentielle.

Mais c’est précisément sur ces arbitrages que se jouera désormais la suite de son parcours.

Après avoir appris à faire fonctionner le réseau, puis à mesurer sa performance, à concevoir son évolution et à gérer son écosystème de partenaires, Djo Tshiabadala doit aujourd’hui contribuer à préparer son prochain cycle.

Dans une économie congolaise où la connectivité devient progressivement une infrastructure aussi déterminante que l’énergie ou les transports, le CTO n’est plus seulement le gardien des équipements. Il devient l’un des architectes de la capacité numérique du pays. Et c’est probablement cette transformation du métier qui donne aujourd’hui au parcours de Djo Tshiabadala sa portée la plus intéressante.

Mérimé Wilson

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