Sandrine Tshiamala, de la donnée à la mine intelligente, une trajectoire au service du capital humain congolais

Dans le parcours de Sandrine Tshiamala, les changements de secteur ne constituent pas des ruptures. Ils dessinent plutôt une progression méthodique : comprendre les chiffres, analyser les marchés, anticiper les transformations et, désormais, préparer les compétences dont la République démocratique du Congo aura besoin pour mieux valoriser son potentiel minier.
Formée en économie à George Mason University, aux États-Unis, elle commence sa carrière chez Wells Fargo, où elle travaille dans l’analyse du risque de crédit immobilier. En 2007, son retour en RDC marque son entrée dans l’univers des grandes industries. Chez BHP Billiton, elle prend en charge des responsabilités financières, administratives et de contrôle pendant plus de cinq ans. Elle bénéficie également d’un programme de développement en finance et en leadership en Afrique du Sud.
Cette expérience lui permet de maîtriser les exigences d’un groupe minier international : discipline budgétaire, contrôle des opérations, qualité du reporting et gestion dans des environnements multiculturels. Sandrine Tshiamala poursuit ensuite son parcours dans les télécommunications. Chez Airtel RDC, elle pilote le reporting, les budgets et les prévisions. Chez Vodacom, elle devient responsable de l’intelligence de marché et de la tarification.
Elle ne se contente alors plus de mesurer la performance. Elle contribue à éclairer les décisions commerciales dans un secteur où les prix, les usages et la concurrence évoluent rapidement. Ses activités ultérieures de consultante indépendante, puis sa mission auprès de Raxio Data Centres, prolongent cette spécialisation dans l’analyse des marchés et le pilotage de projets.
Former avant de transformer
En 2021, Sandrine Tshiamala engage un virage entrepreneurial en fondant Kolesha et en prenant la direction de Play & Code Academy RDC. Son ambition est claire : rapprocher les enfants et les jeunes Congolais de la programmation, de la robotique et des compétences numériques.
Ce positionnement repose sur une conviction économique profonde. Dans un pays où la jeunesse représente une part majeure de la population, l’accès au code et aux technologies ne relève pas uniquement de l’éducation. Il devient un enjeu de compétitivité nationale.
Son engagement comme directrice de la formation au sein de Women in Tech DR Congo et son passage comme mentor auprès de l’UNICEF renforcent cette dimension inclusive. En août 2024, une initiative menée avec Women in Tech DR Congo a notamment permis à 31 jeunes filles issues d’orphelinats de Kinshasa de découvrir la robotique et les disciplines STEAM.
Faire entrer la technologie dans la chaîne de valeur minière
En fondant KOLESHA Mining en 2025, Sandrine Tshiamala rassemble les différentes composantes de son parcours : la finance, l’analyse des données, la technologie, la formation et sa connaissance de l’industrie extractive.
L’entreprise veut accompagner la modernisation du secteur minier congolais par le développement des compétences, l’intelligence artificielle, l’exploitation des données et les pratiques durables. Son partenariat annoncé avec Mineral-X, initiative de l’Université Stanford spécialisée dans l’innovation appliquée aux minerais critiques, traduit cette volonté de connecter l’expertise congolaise aux écosystèmes scientifiques internationaux.
L’enjeu dépasse la seule adoption de nouveaux outils. Il s’agit de permettre à la RDC de produire davantage d’intelligence, de savoir-faire et de compétences autour des ressources qu’elle fournit au monde. La présence de Sandrine Tshiamala parmi les intervenants du Stanford Mineral-X Symposium 2026 donne à cette ambition une visibilité internationale.
KOLESHA Mining demeure une jeune structure. Sa crédibilité se mesurera désormais à sa capacité à former des professionnels, déployer des solutions concrètes et produire des résultats vérifiables dans les opérations minières. Mais son positionnement touche déjà l’un des défis majeurs de l’économie congolaise : transformer une puissance géologique en puissance technologique et humaine.
Sandrine Tshiamala incarne ainsi une génération de dirigeantes qui ne considère plus le numérique comme un secteur isolé. Elle en fait un instrument de souveraineté économique, capable de relier l’éducation des jeunes, la place des femmes, la compétitivité des entreprises et l’avenir industriel de la RDC.
Mérimé Wilson



