Nos CEO

Ika de Jong, de l’écran au conseil, l’itinéraire d’une entrepreneure des médias

Journaliste, animatrice, cofondatrice de Good Life TV, fondatrice du cabinet IDJ Consulting et présidente d’une fondation dédiée à l’éducation, Ika de Jong a transformé une notoriété médiatique construite entre l’Europe et Kinshasa en une véritable plateforme entrepreneuriale. Portrait d’une femme qui a compris avant beaucoup d’autres la valeur économique de l’influence.

Dans l’économie des médias africains, la frontière entre notoriété et entreprise est souvent mal comprise. Beaucoup confondent audience et modèle d’affaires. Ika de Jong, elle, a méthodiquement converti la première en second. Son parcours, de Kinshasa à Amsterdam puis retour, raconte l’émergence d’un nouveau métier sur le continent : celui d’entrepreneur de l’influence.

Une trajectoire forgée entre deux continents

Née à Kinshasa d’un père d’origine hollando-congolaise originaire de Kisangani et d’une mère aux racines portugaises et musongye du Kasaï-Oriental, Ika de Jong Kibonge grandit dans la capitale congolaise, où elle suit des études commerciales au complexe scolaire Matanelo. À 17 ans, elle quitte la RDC pour Amsterdam, où elle obtient un diplôme universitaire en management, complété par une formation en déontologie journalistique. Ce double bagage, gestion et journalisme, structurera toute la suite : la rigueur de l’entrepreneure au service de la passion du média.

Cette identité plurielle se traduit par un atout professionnel rare : la maîtrise de sept langues, qui lui permet de circuler avec aisance entre les mondes culturels et d’affaires européens et africains.

Good Life TV, le pari du contenu africain positif

En 2013, en Belgique, elle cofonde avec son associé Tuba Delo la web télévision Good Life TV. Le constat fondateur est d’une lucidité toute stratégique : les médias européens ne permettaient pas de diffuser du contenu africain de qualité, l’image du continent y étant systématiquement filtrée sous un angle négatif. Plutôt que de s’en plaindre, Ika de Jong crée le canal manquant.

Le positionnement éditorial, la valorisation de la culture et des réussites africaines, rencontre son public. La chaîne construit son audience à travers des entretiens avec des personnalités de premier plan du continent : le prix Nobel Denis Mukwege, les stars Fally Ipupa et Koffi Olomidé, le basketteur Serge Ibaka, ou encore Samuel Eto’o. En 2016, la reconnaissance continentale arrive avec la co-animation des All Africa Music Awards (AFRIMA) à Lagos, aux côtés de la Sud-Africaine Bonang Matheba et du Marocain Ahmed Soultan.

IDJ Consulting, la monétisation de l’expertise

L’étape suivante marque le passage décisif du média au conseil. Avec IDJ Consulting, Ika de Jong structure une offre de services en communication digitale, marketing et événementiel. L’entreprise capitalise sur un actif que peu de consultants peuvent revendiquer : une expérience vécue de la construction d’une marque personnelle et d’une audience de premier plan sur les réseaux sociaux.

Cette expertise se diffuse notamment à travers des masterclasses, devenues l’une des signatures de son activité : à Kinshasa dès novembre 2020 sur la maîtrise de l’image sur les réseaux sociaux, à Bunia en mars 2024 sur l’entrepreneuriat féminin, puis à Kolwezi en avril 2025 sur les enjeux du numérique. Le choix des villes n’est pas anodin : au-delà de la capitale, c’est l’ensemble du territoire économique congolais, y compris les pôles miniers, qui est visé. Sa doctrine tient en deux verbes qu’elle martèle : construire son image, puis l’entretenir, en sachant quand, comment et pourquoi communiquer.

La reconnaissance et l’engagement

Les distinctions ont accompagné cette montée en puissance : premier prix Médias à La Nuit des Mérites en Belgique en 2018, Femme africaine valorisante en 2019, Digital African Media Award en 2024. La même année, la Chambre nationale des femmes cheffes d’entreprises et entrepreneures du Congo lui décerne le trophée Women Business Champion, consécration qui acte son statut d’entrepreneure à part entière, au-delà de sa notoriété médiatique. En novembre 2023, son livre autobiographique J’y ai cru, paru chez Ecki Publications, reçoit le Prix de la littérature lors de la soirée des Arts Prix Lokumu à Kinshasa, révélant une capacité à transformer son propre parcours, y compris l’épreuve du cancer qu’elle a affrontée, en récit de résilience.

L’engagement sociétal complète l’édifice. À travers la fondation IDJ, elle œuvre pour l’accès à l’éducation des enfants congolais, en équipant des écoles sous-dotées en bancs, manuels et fournitures. Une philanthropie de terrain, cohérente avec son discours constant d’encouragement à l’entrepreneuriat congolais : ne pas avoir peur de se lancer, se relever après l’échec.

Ce que son parcours dit du marché

Le cas Ika de Jong mérite l’attention des observateurs de l’économie des médias pour une raison précise : il illustre la maturation du marché congolais de la communication. Dans un pays où les marques, les institutions et les dirigeants investissent massivement le terrain digital, l’expertise en stratégie d’influence devient un service à forte valeur ajoutée. Ceux qui, comme elle, ont bâti leur crédibilité par la pratique avant d’en faire un métier de conseil, disposent d’un avantage compétitif durable. De l’écran au conseil, Ika de Jong n’a pas changé de métier : elle a remonté la chaîne de valeur.

Mérimé Wilson

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page