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Paul Obambi, le conglomérat fait homme

Fondateur et Président-Directeur Général de Sapro Group, président de la Chambre de commerce, d’industrie, d’agriculture et des métiers de Brazzaville depuis plus de vingt-cinq ans, Paul Obambi est l’incarnation du capitalisme entrepreneurial congolais. À 71 ans, le premier opérateur privé du pays continue de peser sur les grands débats économiques nationaux.

Il y a des chefs d’entreprise qui bâtissent une société. Et il y a ceux qui bâtissent un système. Paul Obambi appartient sans conteste à la seconde catégorie. Né le 13 décembre 1954 à Brazzaville, fils de commerçants originaires d’Owando, dans la Cuvette, cet économiste de formation a construit en trois décennies l’un des conglomérats privés les plus diversifiés d’Afrique centrale.

Du fonctionnaire à l’entrepreneur

Le parcours commence pourtant dans le service public. Étudiant à l’université Marien-Ngouabi de Brazzaville, Paul Obambi se spécialise ensuite en économie et analyse financière au Centre international de perfectionnement des cadres des postes et télécommunications de Toulouse, avant d’obtenir un doctorat en économie. Chef de division puis directeur de l’Office national des postes et télécommunications (ONPT), il rejoint en 1986 le groupe Pierre Otto Mbongo, alors actif dans les corps gras, la peinture, l’avitaillement maritime et l’hôtellerie.

Quatre ans plus tard, il franchit le pas décisif : l’indépendance. En 1990, il acquiert la société des Déménagements du Congo (DEMECO), qu’il revend pour créer en 1992 Translo, première filiale de ce qui deviendra Sapro Group. Spécialisée dans le transit des matériels pétroliers et la gestion du parc à conteneurs de Pointe-Noire, Translo positionne d’emblée le jeune groupe sur un segment à forte valeur ajoutée : la logistique au service de l’industrie pétrolière.

La stratégie de l’opportunité industrielle

La grande vague de privatisations de 1994 offre à Paul Obambi son accélérateur. Il rachète la savonnerie Savco, puis étend ses activités au BTP dès 1995 avec la création de Génie civil, travaux et bâtiment (Getrab), qui réalisera notamment la tour de l’ARC (Assurance et Réassurance du Congo) à Brazzaville, en association avec un partenaire italien. Fin 2007, l’acquisition de Congo Oil, devenue X-Congo Oil, étend le périmètre du groupe à la distribution de produits pétroliers, jusqu’en République démocratique du Congo voisine.

Aujourd’hui, Sapro Group déploie ses activités dans l’agroalimentaire (avec notamment les jus de fruits Délice, pionniers du 100 % pur jus au Congo), la parachimie, le BTP, la communication extérieure via Media International, les mines et les hydrocarbures. Ses implantations couvrent le Congo, la Centrafrique, la RD Congo, la Côte d’Ivoire, mais aussi la France et la Chine. Dans le secteur minier, Sapro Mayoko SA porte l’un des projets ferrifères les plus ambitieux du pays, avec un accord d’infrastructure ferroviaire signé avec l’opérateur Thelo DB.

Un quart de siècle à la tête de la Chambre de commerce

L’autre visage de Paul Obambi est institutionnel. Président de la Chambre de commerce, d’industrie, d’agriculture et des métiers (CCIAM) de Brazzaville depuis la fin des années 1990, il est devenu la voix la plus durable du secteur privé congolais. La Lettre du Continent le qualifiait dès 2016 de premier opérateur privé de la République du Congo, et son influence dépasse les frontières nationales à travers La Maison de l’Afrique, structure basée à Paris qui promeut les économies de dix pays francophones auprès des investisseurs internationaux.

Cette longévité institutionnelle lui confère une autorité singulière dans le débat économique. Dernière illustration en date : le 2 juin 2026, lors d’une session de dialogue public-privé convoquée à Brazzaville par la ministre du Commerce Jacqueline Lydia Mikolo, Paul Obambi a plaidé avec force pour la réhabilitation de la mercuriale, cet instrument de référence des prix abandonné depuis des décennies. Son argument est limpide : sans référentiel de prix affiché et opposable, le marché congolais reste livré à la spéculation, au détriment du consommateur comme de l’opérateur formel. La revendication prend un relief particulier à l’heure où la Zone de libre-échange continentale africaine impose aux économies de la sous-région une mise à niveau accélérée de leurs infrastructures commerciales.

L’héritage en construction

Distingué Grand Officier en novembre 2006, classé parmi les cinquante premiers managers africains dès 2007, lauréat des Bâtisseurs de l’économie africaine en 2010 à Abidjan, Paul Obambi a accumulé les reconnaissances continentales. Mais l’essentiel est peut-être ailleurs : dans sa conviction, répétée depuis trois décennies, que le Congo a besoin de champions privés nationaux capables de rivaliser avec les groupes internationaux sur leur propre terrain.

« Il faut multiplier les Paul Obambi au Congo et à travers l’Afrique », déclarait-il en 2014. Douze ans plus tard, la formule n’a rien perdu de sa pertinence : dans une économie encore dominée par la rente pétrolière et les opérateurs étrangers, l’émergence d’une génération d’industriels congolais demeure l’un des défis structurels du pays. Paul Obambi en aura été, quoi qu’il advienne, le précurseur le plus obstiné.

Mérimé Wilson

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