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Régis Matondo, la rigueur de l’auditeur au service de la finance d’investissement congolaise

Directeur général d’ARIES Capital et associé du Groupe ARIES, Régis Matondo appartient à cette génération de financiers congolais qui ont construit leur expertise à l’international avant de la réinvestir dans les économies africaines. De l’audit à la banque d’affaires, des marchés de capitaux au commerce international, son parcours dessine le profil d’un technicien devenu dirigeant, avec une conviction centrale : aucun investissement durable ne peut se bâtir sans méthode, conformité et discipline financière.

Dans les économies d’Afrique centrale, le problème n’est pas toujours l’absence de projets. Il réside souvent dans leur insuffisante structuration, la faiblesse de leur gouvernance ou leur difficulté à convaincre des investisseurs devenus plus exigeants. C’est précisément dans cet espace, entre l’idée entrepreneuriale et le capital capable de la transformer, que Régis Matondo a progressivement installé son expertise.

Son parcours ne commence ni dans les salles de marché ni dans les opérations spectaculaires de levée de fonds. Il prend racine dans la comptabilité, l’immobilier et le contrôle des organisations. Une école de précision qui lui donnera, au fil des années, une compréhension concrète de la manière dont se construisent, se sécurisent et se valorisent les actifs.

De la comptabilité à la maîtrise des risques

Formé à l’IUT de Limoges, où il obtient un DUT en gestion des entreprises et des administrations, Régis Matondo poursuit son cursus avec un master en gestion de projet à l’Université de Limoges. Il complète ensuite ce socle par un troisième cycle en audit et contrôle de gestion à Paris, avant de suivre une formation de formateur auprès de CEGOS.

Cette trajectoire académique dit déjà beaucoup de son positionnement futur. Elle combine la lecture des chiffres, la conduite des projets, le contrôle des risques et la transmission des connaissances. Quatre dimensions que l’on retrouvera constamment dans sa carrière.

Après une première expérience comme comptable, il rejoint l’univers de la gestion immobilière à Toulouse. Chez Monné-Decroix Gestion, devenue par la suite une composante de Crédit Agricole Immobilier, il exerce comme gestionnaire d’actifs immobiliers. Entre 2009 et 2014, son passage au sein du Groupe Crédit Agricole lui permet d’occuper plusieurs responsabilités dans la comptabilité, l’audit, la formation et le contrôle interne.

Cette période constitue un moment structurant. Dans un grand groupe, la finance ne se limite pas à produire des comptes : elle impose de documenter les décisions, de maîtriser les processus, d’identifier les risques et de rendre l’organisation plus fiable. Régis Matondo y acquiert cette culture de la preuve qui distingue les financiers capables de rassurer durablement banques, actionnaires et investisseurs.

Le tournant du conseil et le choix de l’Afrique

En 2014, il franchit une nouvelle étape en rejoignant le conseil en management et en stratégie. Avec Kimia Consulting, il intervient auprès d’entreprises et d’administrations sur des problématiques de finance, d’organisation et de pilotage. Il ne s’agit plus seulement de contrôler l’existant, mais d’aider les dirigeants à concevoir des trajectoires de transformation.

Son rapprochement avec ARIES Investissements, dont il devient associé en 2015, donne à cette évolution une profondeur africaine. Fondé à Brazzaville, le cabinet accompagne des acteurs publics et privés dans la levée de fonds, le financement de projets, les fusions-acquisitions et le conseil stratégique.

La complémentarité entre les associés constitue l’un des ressorts du modèle. À l’expertise de Loïc Mackosso dans le financement de projets répond le parcours de Régis Matondo dans l’audit, le contrôle interne et la stratégie. L’un travaille sur l’architecture du financement ; l’autre apporte une lecture approfondie des organisations, de leurs processus et de leur capacité à soutenir les engagements pris.

Dans un marché où de nombreux projets échouent à passer le filtre de la bancabilité, cette combinaison est déterminante. Lever des capitaux exige davantage qu’une bonne présentation. Il faut des hypothèses robustes, des comptes fiables, une gouvernance lisible et une capacité d’exécution crédible.

ARIES Capital, le passage vers les marchés financiers

La nomination de Régis Matondo à la direction générale d’ARIES Capital, en juillet 2023, marque une nouvelle étape. L’entité se positionne dans le conseil en investissements financiers, l’ingénierie patrimoniale, la planification financière et l’accompagnement des investisseurs sur les marchés de capitaux.

Le défi dépasse la gestion quotidienne d’une société financière. Il consiste à participer à la construction d’une infrastructure de confiance dans un espace CEMAC encore marqué par la faible profondeur de ses marchés, une culture boursière limitée et un besoin considérable de capitaux de long terme.

Le Groupe ARIES présente aujourd’hui ARIES Capital comme son pôle consacré aux services financiers et aux activités de marché, tandis qu’ARIES Investissements conserve son positionnement de banque d’affaires et de conseil stratégique. Cette organisation traduit une ambition : suivre les projets depuis leur identification jusqu’à leur financement, puis accompagner les investisseurs dans la gestion et la valorisation de leurs actifs.

Le groupe indique avoir instruit plus de 100 milliards de FCFA de projets en quinze années d’activité. En août 2026, ARIES Investissements a également engagé des discussions avec le groupe panafricain United Capital afin d’explorer une collaboration dans le financement de projets structurants en Afrique centrale. Dans cet écosystème en construction, Régis Matondo représente le versant financier, prudentiel et organisationnel d’une ambition devenue plus large.

De Brazzaville à Dubaï, construire des passerelles

Depuis 2024, Régis Matondo exerce parallèlement comme Senior Advisor auprès de Walk In Love LLC, une société basée à Dubaï et active dans l’import-export de produits et d’équipements diversifiés. Son profil professionnel lui attribue un rôle dans la mise en place de la structure locale, sa conformité réglementaire et le déploiement de sa stratégie au Moyen-Orient.

L’entreprise intervient notamment dans l’informatique, le mobilier de bureau, le BTP, l’agro-industrie et les équipements spécialisés. Régis Matondo indique avoir contribué à la conclusion de plus de quinze partenariats avec des fournisseurs et distributeurs, ainsi qu’à la signature de premiers contrats B2B d’un montant cumulé supérieur à 500 000 dollars. Ces résultats chiffrés, publiés sur son profil professionnel, n’ont toutefois pas fait l’objet d’une confirmation financière indépendante.

Cette ouverture vers les Émirats arabes unis n’est pas anecdotique. Dubaï s’est imposée comme une plateforme majeure de commerce, de financement et de réexportation vers l’Afrique. Pour un dirigeant établi à Brazzaville, y développer un réseau revient à rapprocher les entreprises congolaises de fournisseurs, de capitaux et de partenaires internationaux souvent difficiles à atteindre directement.

Le financier qui transmet

Régis Matondo conserve enfin une dimension de formateur. Depuis 2017, son parcours mentionne des interventions pour IFE Luxembourg by Abilways sur le private equity, la lutte contre le blanchiment dans l’industrie des fonds et la valorisation des sociétés de croissance.

Cette activité éclaire sa conception du leadership. Son influence ne se mesure pas uniquement à la fonction occupée, mais à sa capacité à rendre intelligibles des mécanismes financiers complexes. Dans des économies où le manque de compétences spécialisées freine parfois autant les investissements que le manque de capitaux, transmettre devient une forme d’impact.

Le parcours de Régis Matondo raconte ainsi une progression cohérente : comprendre les comptes, contrôler les processus, conseiller les organisations, structurer les investissements, puis diriger une entreprise financière. Sa force réside moins dans la recherche de visibilité que dans l’accumulation méthodique de compétences complémentaires.

L’enjeu est désormais de transformer cette expertise en résultats mesurables : mobiliser davantage de capitaux, élargir l’accès au conseil financier, faire émerger des projets réellement bancables et renforcer la confiance des investisseurs envers le Congo et l’Afrique centrale.

Dans un secteur où la crédibilité se construit lentement et peut disparaître très vite, Régis Matondo avance avec les réflexes de l’auditeur : vérifier avant de promettre, structurer avant de financer et sécuriser avant de développer. Une discipline qui pourrait faire de lui l’un des artisans importants de la nouvelle finance d’investissement congolaise.

Mérimé Wilson

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