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Branham Kintombo, du contrôle des risques bancaires au défi du financement des PME congolaises

Directeur général du Fonds d’impulsion, de garantie et d’accompagnement (FIGA) depuis mars 2024, Branham Kintombo incarne une génération de dirigeants financiers congolais dont l’expertise s’est construite dans la maîtrise des risques, la gouvernance bancaire et le contrôle des engagements. Après plus d’une décennie dans les établissements de crédit, il met aujourd’hui cette expérience au service d’un enjeu économique majeur : faciliter l’accès au financement des entrepreneurs congolais sans compromettre la solidité des mécanismes de garantie.

Le 30 juillet 2026, Branham Kintombo présente aux autorités de tutelle le plan stratégique « ACCÉLÉRATION 2026-2027 » du FIGA. La rencontre débouche sur la signature d’un contrat de performance de la direction générale. Derrière cet exercice de planification se dessine une ambition plus exigeante : faire d’un instrument public de soutien à l’entrepreneuriat un véritable catalyseur du financement des petites entreprises congolaises.

Pour cet ancien spécialiste du risque bancaire, l’équation possède une dimension particulière. Pendant une grande partie de sa carrière, son métier a consisté à protéger les banques contre les engagements excessifs, les défaillances de remboursement et les insuffisances du contrôle interne. Désormais, il dirige une institution dont la mission est précisément de partager une partie de ces risques pour encourager les établissements financiers à prêter davantage.

Ce changement de perspective constitue le fil conducteur de sa trajectoire. Il éclaire aussi les choix d’un dirigeant placé au croisement de trois impératifs : soutenir l’initiative privée, rassurer les partenaires financiers et préserver les ressources publiques.

Une carrière construite dans les métiers exigeants du contrôle bancaire

La formation de Branham Kintombo porte déjà l’empreinte de cette spécialisation financière. Après une licence en administration des affaires obtenue en 2008 à HEEC Business School de Marrakech, au Maroc, il poursuit ses études à l’ESG Maroc, où il décroche en 2010 un master 2 en audit et contrôle de gestion.

C’est à Brazzaville qu’il construit ensuite son expérience professionnelle. En février 2011, il rejoint LCB Bank comme contrôleur permanent. Cette première fonction le confronte aux mécanismes quotidiens de sécurisation de l’activité bancaire : vérification des opérations, contrôle des dossiers de crédit, surveillance des comptes dormants, examen des incidents et respect des procédures internes.

En janvier 2012, il évolue vers les fonctions d’auditeur interne et d’inspecteur. Ses interventions couvrent des domaines aussi divers que les opérations de crédit, les garanties, les transferts financiers, le fonctionnement du back-office et les dispositifs de prévention des fraudes.

Cette expérience lui apporte une connaissance transversale du fonctionnement d’une banque. Il ne s’agit plus seulement de vérifier la conformité d’une opération, mais de comprendre comment les défaillances organisationnelles, humaines ou techniques peuvent fragiliser un établissement financier.

Une compétence qui deviendra déterminante dans la suite de son parcours.

De la Banque congolaise de l’habitat à UBA : la montée en responsabilité

En mai 2015, Branham Kintombo rejoint la Banque congolaise de l’habitat (BCH) comme responsable du service Contrôle des engagements et risque de crédit.

Il y prend part à un chantier structurant : la modernisation du dispositif de contrôle interne et son adaptation aux exigences réglementaires de la Commission bancaire de l’Afrique centrale (COBAC).

Ses responsabilités dépassent progressivement le contrôle des dossiers individuels. Il intervient dans la surveillance du portefeuille de crédit, le suivi des garanties, l’identification des créances en difficulté et l’organisation des mécanismes de recouvrement.

Il pilote également des travaux de refonte du contrôle permanent, avec la formalisation de procédures, la création de tableaux de bord, l’organisation de comités spécialisés et le déploiement d’outils de suivi dans le réseau bancaire.

Cette période marque une évolution importante : le technicien du contrôle devient un responsable chargé de concevoir et de coordonner des dispositifs de gestion des risques.

En mai 2019, il rejoint UBA Congo, filiale du groupe bancaire panafricain United Bank for Africa. Il y occupe les fonctions de responsable d’équipe du risque de crédit et assume également l’intérim de la direction des risques.

Son périmètre d’intervention s’élargit aux risques de marché, aux risques opérationnels et à la continuité des activités.

La période est particulièrement formatrice. Entre les exigences prudentielles de la COBAC et les perturbations provoquées par la pandémie de Covid-19, les établissements bancaires doivent renforcer leur capacité de résistance aux chocs.

Branham Kintombo participe notamment à la mise en place et à l’amélioration de la cartographie des risques, des procédures de déclaration des incidents, des dispositifs de recouvrement et des plans de continuité des activités.

Ces responsabilités renforcent sa maîtrise d’un principe fondamental du financement : l’efficacité d’une politique de crédit dépend autant de la qualité de l’analyse initiale que de la capacité à surveiller les engagements dans la durée.

Le FIGA, passage de la sécurité bancaire au financement du développement

En mai 2021, Branham Kintombo rejoint le Fonds d’impulsion, de garantie et d’accompagnement des micros, très petites, petites et moyennes entreprises et de l’artisanat (FIGA), comme directeur des risques et engagements.

Créée par la loi du 5 juillet 2019, cette institution répond à une difficulté structurelle de l’économie congolaise : l’accès limité des petites entreprises aux financements formels.

Pour de nombreux entrepreneurs, obtenir un crédit bancaire reste une épreuve. L’insuffisance des garanties, la faible formalisation des activités, la qualité variable des informations financières et les incertitudes sur les flux de trésorerie compliquent l’analyse du risque par les prêteurs.

La mission du FIGA consiste à réduire cette difficulté en intervenant à plusieurs niveaux : préparation des projets, partage du risque de crédit avec les banques et établissements de microfinance, puis accompagnement des bénéficiaires.

À la direction des risques, Branham Kintombo travaille sur la structuration des dispositifs de garantie, le suivi des engagements, la qualité du portefeuille et la surveillance des contreparties.

En mars 2023, il franchit une nouvelle étape en assurant, parallèlement à ses responsabilités techniques, l’intérim de la direction générale.

Le 20 mars 2024, le Conseil des ministres confirme sa nomination à la tête du FIGA.

Cette promotion marque le passage d’une responsabilité fonctionnelle à une responsabilité institutionnelle. Il lui revient désormais de piloter l’ensemble de l’établissement, d’en assurer la gestion financière et administrative, de mettre en œuvre les orientations du conseil d’administration et de développer les partenariats nécessaires à ses interventions.

Surtout, il doit transformer une expertise centrée sur la maîtrise du risque en une capacité à mobiliser des financements au profit de l’économie réelle.

Des mécanismes de garantie aux premiers résultats mesurables

Sous la direction de Branham Kintombo, le FIGA poursuit la structuration de ses mécanismes d’intervention et le développement de ses partenariats avec les institutions financières.

Le bilan de l’exercice 2025, présenté au conseil d’administration en février 2026, permet de mesurer l’étendue de cette activité.

Les données communiquées par le FIGA font état de 9 924 promoteurs touchés par le volet impulsion, de 1 634 bénéficiaires accompagnés et de 1,342 milliard de FCFA mobilisé dans le cadre de la garantie au profit de 5 281 bénéficiaires.

Ces chiffres reflètent l’activité déclarée de l’institution. Ils ne constituent toutefois pas, à eux seuls, une mesure de la rentabilité ou de la pérennité des entreprises soutenues, deux dimensions essentielles pour apprécier l’impact économique du dispositif.

L’un des mécanismes déployés est KOLISA, destiné notamment aux artisans, commerçants et porteurs d’activités génératrices de revenus. Selon le bilan institutionnel, plus de 5 200 crédits KOLISA ont été accordés en 2025 avec la garantie du FIGA.

L’année 2025 est également marquée par le développement de partenariats. En août, le FIGA conclut notamment des accords avec l’Organisation de développement des entreprises locales (ODEL) et la Caisse de participation à la promotion des entreprises et à leur développement (CAPPED).

Ces collaborations répondent à une logique financière précise : rapprocher les entrepreneurs des établissements prêteurs, mutualiser une partie du risque et améliorer les conditions dans lesquelles les projets peuvent accéder au crédit.

Pour Branham Kintombo, dont la carrière s’est construite sur l’analyse des engagements bancaires, ce modèle permet de travailler sur les deux dimensions du problème : les besoins de financement des entreprises et les exigences de sécurité des institutions financières.

Une transformation institutionnelle à conduire

La transformation du FIGA en établissement public à caractère industriel et commercial (EPIC) constitue un autre enjeu important de son mandat.

Cette évolution statutaire vise à renforcer l’autonomie de gestion de l’institution, à améliorer ses capacités opérationnelles et à faciliter la mobilisation de ressources auprès de partenaires publics et privés.

Elle impose également un niveau élevé d’exigence en matière de gouvernance, de transparence financière et de contrôle des engagements.

Le parcours de Branham Kintombo paraît particulièrement adapté à cette dimension du chantier. Ses expériences successives dans l’audit, le contrôle interne, le risque de crédit et la réglementation bancaire lui donnent une connaissance concrète des mécanismes de surveillance financière.

Mais la gestion d’un fonds public de garantie soulève des défis qui dépassent ceux d’une banque commerciale. Il faut concilier l’objectif d’inclusion financière avec la nécessité de préserver durablement les capacités d’intervention du fonds.

Une garantie publique n’élimine pas le risque. Elle en modifie la répartition. Sa pertinence repose donc sur la qualité de la sélection des projets, la solidité des partenaires financiers, le suivi des remboursements et la capacité à couvrir les éventuelles défaillances.

ACCÉLÉRATION 2026-2027 : passer de la structuration à la performance

La feuille de route présentée le 30 juillet 2026 marque une nouvelle séquence pour le FIGA.

Baptisée « ACCÉLÉRATION 2026-2027 », elle prévoit le renforcement des programmes d’accompagnement, l’amélioration des mécanismes de financement et de garantie, ainsi que la modernisation des services destinés aux entrepreneurs.

La signature d’un contrat de performance de la direction générale introduit également une logique de résultats dans la conduite des objectifs institutionnels.

En septembre 2026, le FIGA lance, avec l’ONG PRATIC, le programme O-SEED, consacré à l’entrepreneuriat étudiant. Après une présélection de 50 porteurs de projets, le dispositif prévoit de retenir 15 candidats pour un parcours d’incubation.

Cette initiative illustre une approche qui ne réduit pas l’entrepreneuriat à la seule mise à disposition de financements. La formation, la structuration des projets, l’accompagnement technique et la préparation à l’accès au crédit deviennent des composantes complémentaires.

À mesure que ces programmes se développent, la question déterminante sera celle de leur efficacité dans la durée.

Combien de projets accompagnés deviennent des entreprises opérationnelles ? Quelle part des financements garantis bénéficie à des entrepreneurs qui auraient autrement été exclus du crédit ? Quel est le comportement des portefeuilles financés ? Combien d’emplois durables sont effectivement créés ?

Ces indicateurs permettront de distinguer la progression de l’activité institutionnelle de son impact réel sur l’économie congolaise.

Pour Branham Kintombo, l’enjeu dépasse ainsi la croissance du nombre de bénéficiaires. Il consiste à démontrer qu’un mécanisme public de garantie bien gouverné peut contribuer à orienter davantage de ressources financières vers les petites entreprises, tout en maintenant une discipline rigoureuse dans la gestion des risques.

Son parcours présente, de ce point de vue, une cohérence singulière : après avoir consacré plus de dix ans à protéger les établissements financiers contre les risques du crédit, il dirige aujourd’hui une institution chargée de rendre ce même crédit accessible à davantage d’entrepreneurs.

C’est dans sa capacité à concilier ces deux exigences, inclusion financière et discipline de gestion, que se mesurera la portée de son action à la tête du FIGA.

Mérimé Wilson

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