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Du redressement d’Airtel à la gouvernance monétaire : Alain Kahasha, l’école panafricaine de l’exécution

Passé par British American Tobacco, Coca-Cola, Vodacom et Airtel, Alain Kahasha Ntumwa Ntarhiba a dirigé quatre filiales de télécommunications en Afrique centrale et de l’Ouest avant de mettre son expérience au service de la gouvernance institutionnelle et de la réflexion panafricaine. Derrière les restructurations, les redressements de marges et les conquêtes commerciales se dessine une conviction constante : aucune transformation ne tient durablement sans l’adhésion des équipes.

Il existe des dirigeants qui construisent leur réputation dans la stabilité. Alain Kahasha Ntumwa Ntarhiba appartient à une autre catégorie : celle des dirigeants que l’on appelle lorsque l’entreprise doit changer de trajectoire, retrouver de la discipline opérationnelle, mobiliser ses équipes ou restaurer sa capacité de croissance.

De Kinshasa à Niamey, de Libreville à Brazzaville, son parcours s’est formé au contact de marchés complexes, caractérisés par la pression réglementaire, l’intensité concurrentielle, les contraintes d’infrastructures et la nécessité d’adapter rapidement les modèles économiques. Pendant plus de vingt-cinq ans, dont treize à la tête de filiales de multinationales, cet ingénieur congolais a développé une compétence devenue sa signature : transformer une ambition stratégique en résultats opérationnels.

Après avoir dirigé successivement Airtel Niger, Airtel RDC, Airtel Gabon et Airtel Congo-Brazzaville, il intervient aujourd’hui dans des espaces où se croisent gouvernance, finance, infrastructure numérique et réflexion sur l’avenir du continent. Administrateur de la Banque centrale du Congo depuis 2021 et cofondateur de MANSSAH, il prolonge ainsi son parcours d’opérateur par une présence dans les lieux où se pensent les institutions, le développement et la souveraineté économique africaine.

« Une stratégie ne produit des résultats durables que lorsque les équipes comprennent la destination et décident de la porter. »

De l’ingénierie à la conquête des marchés

La trajectoire d’Alain Kahasha commence loin des états-majors et des conseils d’administration. Diplômé ingénieur civil électricien de la Faculté polytechnique de Mons, en Belgique, il complète sa formation par un master en management des télécommunications. Ce double socle, technique et managérial, jouera un rôle déterminant dans une carrière construite à l’intersection de la technologie, du commerce et de la stratégie.

Il débute en 1998 chez British American Tobacco en République démocratique du Congo, dans des fonctions d’ingénierie de production et d’ingénierie technique. Deux ans plus tard, il rejoint Coca-Cola comme responsable du développement des marchés et des ventes pour l’ouest de la RDC, couvrant notamment Kinshasa, le Katanga et le Kasaï.

Ce passage de l’usine au marché n’est pas anodin. Il l’oblige à comprendre la chaîne de valeur dans son ensemble : produire, distribuer, rendre le produit disponible, encadrer les équipes commerciales et adapter l’exécution aux réalités territoriales. Dans des économies où la logistique et la distribution sont souvent aussi importantes que le produit lui-même, cette expérience lui fournit une première école de management.

En 2003, il entre chez Vodacom RDC. Il y exerce plusieurs responsabilités, notamment celles de directeur régional dans de vastes zones opérationnelles, puis de directeur des produits et du sponsoring. Il découvre alors une industrie appelée à bouleverser les économies africaines : les télécommunications mobiles.

Le téléphone n’est déjà plus seulement un outil de communication. Il devient progressivement un instrument d’accès aux services, un canal de distribution et, avec l’essor du mobile money, une infrastructure financière. Pour Alain Kahasha, cette industrie offrira le terrain sur lequel se déploieront pleinement ses aptitudes commerciales, opérationnelles et humaines.

La construction d’un dirigeant panafricain

En 2006, Alain Kahasha rejoint Celtel Congo, devenu ensuite Zain puis Airtel, comme directeur des ventes et de la distribution. Après un passage dans les mêmes fonctions au Gabon, il est nommé en 2010 directeur général d’Airtel Niger.

Cette nomination marque un changement d’échelle. Il ne s’agit plus de piloter une direction commerciale, mais d’assumer l’ensemble des performances d’une filiale : revenus, réseau, distribution, relation avec le régulateur, maîtrise des coûts, qualité de service, climat social et engagement des collaborateurs.

Au Niger, son mandat est associé au renforcement du leadership commercial d’Airtel. Le bilan professionnel publié autour de son parcours fait état d’une progression de la part de marché des abonnés, passée de 51,34 % en 2012 à 58,37 % en 2014. Il souligne également un indice d’engagement des collaborateurs de 4,6 sur 5, présenté comme le meilleur du groupe pendant trois années consécutives. Ces résultats racontent les deux faces de sa méthode : gagner sur le marché tout en maintenant un niveau élevé de mobilisation interne.

Cette capacité à associer performance commerciale et engagement humain deviendra l’un des fils rouges de sa carrière. Chez lui, le leadership ne se réduit pas à fixer des objectifs. Il consiste à les rendre compréhensibles, à installer une discipline d’exécution et à faire de chaque responsable un relais de la stratégie.

En décembre 2014, il prend la direction générale d’Airtel RDC, quelques semaines après avoir occupé le poste de directeur des opérations. La mission exige une intervention profonde sur l’organisation. Selon les éléments professionnels communiqués, environ 30 % du capital humain est renouvelé afin de rajeunir et de redynamiser l’entreprise. Dans le même temps, la filiale renforce son contrôle des coûts, recherche davantage de synergies entre ses centres opérationnels et réduit ses dépenses d’exploitation.

L’enjeu ne consiste pas uniquement à diminuer les charges. Il s’agit de reconstruire une organisation capable de décider plus vite et d’utiliser plus efficacement ses ressources. La restructuration est accompagnée d’un programme d’appui à l’entrepreneuriat destiné aux collaborateurs quittant l’entreprise, une approche qu’Alain Kahasha reproduira dans d’autres filiales.

Au Gabon, le redressement par la discipline

Lorsqu’il prend la direction d’Airtel Gabon en 2016, l’environnement est particulièrement exigeant. Le marché des télécommunications y est relativement mature, avec une pénétration mobile élevée, une concurrence soutenue et une pression croissante sur les revenus traditionnels. Les opérateurs doivent investir dans la qualité du réseau, accélérer le développement de la donnée et préparer la montée des services financiers mobiles.

Le mandat gabonais constitue l’une des séquences les plus significatives de son parcours. Le bilan présenté autour de son expérience attribue à son équipe une amélioration de la marge brute d’exploitation, passée d’environ 7 % à plus de 40 % en trois ans. La filiale mène parallèlement une restructuration de ses effectifs et de son organisation, avec l’objectif déclaré d’améliorer durablement sa performance.

Ces chiffres doivent être compris au-delà de leur dimension financière. Faire progresser une marge dans les télécommunications suppose d’agir simultanément sur plusieurs leviers : maîtrise des dépenses, productivité du réseau, rentabilité de la distribution, qualité des investissements, segmentation commerciale, développement de la donnée et capacité à monétiser les nouveaux usages.

L’expérience gabonaise révèle surtout un dirigeant de transformation. Alain Kahasha ne se contente pas de gérer les équilibres existants. Il remet en question les structures, réalloue les ressources et installe une culture de responsabilité. Cette méthode peut être exigeante. Mais elle repose sur une idée simple : une entreprise ne peut durablement protéger l’emploi, investir dans son réseau et servir ses clients que si son modèle économique reste solide.

À Brazzaville, accélérer la bascule numérique

En avril 2020, au moment où la pandémie de Covid-19 bouleverse les économies et les modes de consommation, Alain Kahasha prend la direction générale d’Airtel Congo-Brazzaville.

L’entreprise doit alors maintenir ses opérations, répondre à l’augmentation des besoins de connectivité et accélérer la dématérialisation de certains parcours clients. Son bilan professionnel met notamment en avant une transformation majeure dans la distribution des recharges téléphoniques : la part réalisée par les canaux mobiles serait passée de 32 % à 98 %.

Cette évolution illustre une transformation plus large des télécommunications africaines. L’opérateur n’est plus seulement un fournisseur de minutes et de données. Il devient une plateforme numérique intégrant paiement, distribution, services financiers et relation client.

La restructuration conduite au Congo-Brazzaville aurait parallèlement entraîné une réduction des effectifs de 33 %, sans interruption de l’activité ni contentieux judiciaire ultérieur, selon les informations professionnelles publiées autour de son mandat.

C’est ici que se manifeste l’une des forces attribuées à Alain Kahasha : savoir dialoguer avec des interlocuteurs aux intérêts différents. Autorités publiques, régulateurs, syndicats, actionnaires, fournisseurs et collaborateurs ne regardent jamais une restructuration sous le même angle. La mission du dirigeant consiste à créer suffisamment de confiance pour préserver l’entreprise sans nier les conséquences humaines des décisions.

L’humain comme infrastructure de la transformation

Le parcours d’Alain Kahasha pourrait être résumé par une succession de chiffres : parts de marché, marges, réductions de coûts, engagement des salariés ou progression des transactions numériques. Mais cette lecture serait incomplète.

Au centre de sa pratique managériale se trouve le développement des personnes. Ses collaborateurs le décrivent comme un dirigeant attaché au mentorat, à la responsabilisation des équipes et à la clarté des objectifs. Son management repose moins sur la multiplication des instructions que sur l’alignement : chacun doit comprendre la destination, son rôle et les résultats attendus.

Cette approche répond à une réalité souvent négligée dans les grandes transformations africaines. Les stratégies échouent rarement par manque de présentations ou d’indicateurs. Elles échouent lorsque les équipes ne se les approprient pas, lorsque les responsabilités restent confuses ou lorsque la direction sous-estime les résistances internes.

Alain Kahasha semble avoir fait de cette équation humaine une compétence centrale. Même lorsqu’il restructure, il cherche à organiser l’après. Les programmes de préparation à l’entrepreneuriat destinés à certains salariés sortants témoignent de cette volonté de ne pas considérer la séparation comme la fin de toute responsabilité.

Il ne s’agit pas d’effacer la dureté d’une réduction d’effectifs. Il s’agit de reconnaître qu’un leadership responsable se mesure aussi à la manière dont il accompagne les décisions difficiles.

De l’entreprise à l’institution

Après son départ de la direction d’Airtel Congo-Brazzaville en 2023, Alain Kahasha rejoint Airtel Africa comme conseiller spécial senior auprès du directeur général du groupe. Depuis Dubaï, il intervient notamment sur des dossiers sensibles concernant les opérations d’Afrique francophone et sur les relations avec les parties prenantes de haut niveau.

Ce passage du pilotage direct d’une filiale au conseil stratégique de groupe représente une évolution logique. Après avoir dirigé plusieurs marchés, il met son expérience au service de problématiques transversales : environnement réglementaire, dialogue institutionnel, gouvernance des filiales et gestion des situations complexes.

Son rôle d’administrateur à la Banque centrale du Congo, exercé depuis 2021, élargit encore son champ d’intervention. La présence de profils issus de l’entreprise au sein des organes de gouvernance institutionnelle peut apporter une lecture complémentaire des transformations financières : digitalisation des paiements, inclusion financière, supervision des établissements, montée du mobile money et articulation entre banques et opérateurs technologiques.

Selon les informations professionnelles communiquées à CONGOCEO, il siège également depuis décembre 2023 comme administrateur indépendant de Bandwidth and Cloud Services Group, une responsabilité qui l’inscrit dans les enjeux d’infrastructures numériques et de connectivité du continent.

À travers ces mandats, son parcours change de nature. Il n’est plus seulement question de transformer une entreprise. Il s’agit de contribuer à la qualité des décisions, à la solidité des institutions et à la gouvernance d’infrastructures essentielles.

MANSSAH, ou la transmission comme engagement

La création de MANSSAH en 2023 constitue probablement l’expression la plus politique, au sens noble, de son engagement. Aux côtés de personnalités africaines issues des médias, de l’entreprise, de la finance, de l’agriculture, du droit et de la société civile, Alain Kahasha participe à un mouvement qui ambitionne de repenser les conditions du renouveau africain.

MANSSAH se définit comme une initiative collective tournée vers la renaissance du continent. Alain Kahasha y contribue notamment dans les commissions consacrées à l’économie et à la finance, à la gouvernance et aux institutions, ainsi qu’aux sciences et aux technologies.

Cette implication prolonge une préoccupation ancienne : la jeunesse, la transmission des compétences et la formation d’une nouvelle génération de dirigeants africains. Lors d’une conférence organisée à Kinshasa en décembre 2025, il a notamment insisté sur l’empathie, l’intelligence émotionnelle et l’altruisme comme composantes d’un leadership capable de produire des résultats durables.

Le propos résume une partie de sa philosophie. La performance n’est pas opposée à l’humain. Elle dépend de lui.

Un leadership forgé dans la complexité africaine

Alain Kahasha appartient à une génération de dirigeants africains formés dans les multinationales, mais dont l’expertise s’est construite au contact direct des réalités du continent.

Son terrain n’a jamais été abstrait. Il est fait de marchés fragmentés, de systèmes de distribution informels, de négociations réglementaires, de contraintes logistiques, d’équipes multiculturelles et de consommateurs qui adoptent parfois les technologies plus rapidement que les organisations.

Cette expérience lui confère une compréhension particulière de l’exécution en Afrique. Une stratégie ne peut pas y être simplement importée depuis un siège international. Elle doit être traduite, adaptée et incarnée localement.

Son parcours raconte également la transformation progressive du rôle des dirigeants africains. Longtemps chargés d’exécuter les orientations définies ailleurs, certains deviennent désormais administrateurs, conseillers de groupes, entrepreneurs intellectuels et acteurs de la gouvernance économique.

Alain Kahasha représente cette évolution. Il est passé de l’ingénierie à la vente, de la distribution à la direction générale, de la transformation d’entreprise à la gouvernance institutionnelle. À chaque étape, il a conservé le même principe directeur : fixer une ambition lisible, mobiliser les personnes et mesurer l’exécution.

Dans une Afrique qui ne manque ni de stratégies ni de potentiel, mais qui reste confrontée au défi de leur mise en œuvre, cette culture du résultat constitue peut-être sa contribution la plus importante.

Mérimé Wilson

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