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Augustin Nkuba Kasanza, l’ingénieur appelé à remettre SONAHYDROC au centre du jeu énergétique congolais

Dans l’économie congolaise, certains postes ne relèvent pas seulement de l’administration d’une entreprise publique. Ils concentrent une part de souveraineté, de stratégie industrielle et de crédibilité nationale. La direction de SONAHYDROC SA appartient à cette catégorie. À la tête de la Société nationale des hydrocarbures du Congo depuis 2023, Augustin Nkuba Kasanza occupe aujourd’hui une fonction dont l’importance dépasse largement la gestion d’un portefeuille pétrolier. Dans une RDC qui cherche à mieux maîtriser ses ressources, sécuriser son approvisionnement, relancer l’exploration et construire une chaîne énergétique plus robuste, son profil d’ingénieur international prend une résonance particulière.

L’homme n’arrive pas dans ce secteur par hasard. Son parcours s’est construit loin des raccourcis, dans les environnements exigeants de l’ingénierie, de l’exploration, de l’aval pétrolier, de la restructuration d’entreprises et de la gouvernance énergétique. Formé à la Faculté polytechnique de Mons en Belgique, puis passé par l’école de Schlumberger à Port Harcourt, au Nigeria, Augustin Nkuba Kasanza appartient à cette génération rare de dirigeants congolais capables de parler à la fois le langage du terrain, celui des ingénieurs, celui des investisseurs et celui de l’État.

Ses premières années professionnelles donnent le ton. Après une expérience dans l’ingénierie industrielle, notamment aux ACEC de Charleroi, puis à la SOMINKI dans l’Est du pays, il entre en 1984 chez Schlumberger comme ingénieur géophysicien. Cette immersion dans les opérations d’exploration pétrolière, entre rigueur scientifique, sécurité des opérations et lecture technique des sous-sols, forge une culture professionnelle qui restera l’un des marqueurs de sa trajectoire. Dans les hydrocarbures, la décision stratégique n’a de valeur que si elle repose sur une compréhension précise de la donnée technique. Nkuba l’apprend tôt.

Son passage chez Mobil Oil, puis dans l’univers ExxonMobil, élargit ensuite son champ d’action. À partir de 1987, il évolue au sein de Mobil Oil Congo dans des fonctions opérationnelles liées aux lubrifiants, aux installations industrielles, à la maintenance, à la construction d’infrastructures et à la distribution pétrolière. Ce n’est plus seulement l’ingénieur qui s’affirme, mais le manager capable de transformer des actifs, de structurer des équipes et de conduire des projets dans un secteur où la moindre faiblesse logistique peut devenir un problème économique national.

La suite de son parcours confirme cette montée en puissance. À Paris, au sein de Mobil Africa, il intervient sur plusieurs filiales africaines, dans une logique d’appui opérationnel, de diffusion des standards techniques et de formation des compétences. En Zambie, puis en Jamaïque, il prend des responsabilités de direction générale dans des marchés aux contraintes différentes, mais avec une même exigence : redresser, organiser, rendre compétitif, sécuriser les opérations. Cette expérience internationale, au croisement de l’Afrique, de l’Europe, de l’Amérique du Nord et des Caraïbes, donne à son profil une densité particulière dans le paysage congolais.

Ce qui distingue Augustin Nkuba Kasanza n’est pas seulement la longueur de son CV. C’est la cohérence de son parcours. Peu de dirigeants passent avec autant de continuité de l’amont à l’aval, de la technique à la stratégie, de l’entreprise privée internationale à la gouvernance publique. Après ExxonMobil, son expérience se prolonge dans le conseil et l’investissement, notamment à travers Orely Consulting, avant un retour marqué vers l’exploration en Afrique de l’Est avec Camac Energy et Erin Energy au Kenya. Là encore, le sujet n’est pas simplement managérial. Il touche aux contrats pétroliers, aux relations avec l’État, aux communautés locales, aux données géologiques et à la conformité aux standards internationaux.

Ce bagage explique pourquoi son retour dans les institutions congolaises a pris une signification particulière. À partir de 2019, il est sollicité comme expert auprès de la Présidence de la République, avant d’occuper des fonctions de premier plan au ministère des Hydrocarbures. Dans un secteur où la RDC doit arbitrer entre potentiel géologique, contraintes environnementales, besoins budgétaires, dépendance aux importations, attentes sociales et transition énergétique mondiale, l’expertise technique devient un enjeu de souveraineté. Nkuba apporte alors une lecture structurée : les hydrocarbures ne peuvent plus être traités comme une simple rente potentielle, mais comme une chaîne de valeur à organiser, sécuriser et gouverner.

Sa nomination à la direction générale de SONAHYDROC SA en 2023 intervient dans ce contexte. L’entreprise publique, héritière d’une longue histoire institutionnelle, porte une mission complexe : participer à l’exploration, soutenir la valorisation des ressources nationales, contribuer à l’approvisionnement du pays en produits pétroliers et retrouver une place plus visible dans la stratégie énergétique congolaise. Pour Augustin Nkuba Kasanza, l’enjeu est double. Il s’agit d’abord de consolider l’entreprise de l’intérieur, par la discipline, la compétence, la gouvernance et la montée en capacité des équipes. Il s’agit ensuite de replacer SONAHYDROC dans la stratégie nationale, non comme un acteur périphérique, mais comme l’un des instruments de la souveraineté énergétique de la RDC.

L’actualité récente donne à cette mission une dimension nouvelle. En avril 2025, le gouvernement congolais a adopté un projet de décret portant régime d’attribution des droits pétroliers à SONAHYDROC pour les blocs 1 et 2 du Graben Albertine, dans le cadre d’une stratégie de relance de l’exploration et de dynamisation de la production pétrolière. Cette orientation traduit un choix politique et industriel : renforcer le rôle de la société nationale dans les actifs stratégiques, tout en organisant les partenariats nécessaires avec des opérateurs capables d’apporter capitaux, technologies et expertise.

Cette évolution place SONAHYDROC devant une responsabilité plus lourde. Le Graben Albertine n’est pas seulement une zone de potentiel pétrolier. C’est un espace stratégique, frontalier, sensible, qui impose une gouvernance exigeante, une maîtrise des données, une capacité de négociation et une vigilance environnementale. Dans un tel cadre, l’expérience internationale d’Augustin Nkuba Kasanza devient un actif institutionnel. Elle permet d’aborder les dossiers non pas sous l’angle de l’annonce, mais sous celui de l’exécution : quelles données ? quels contrats ? quels risques ? quels partenaires ? quelle valeur réelle pour l’État ? quelle formation pour les ingénieurs congolais ?

En février 2026, lors d’une conférence-débat organisée à l’Université de Kinshasa autour des hydrocarbures, Augustin Nkuba a replacé ces enjeux dans une perspective plus large. Il a évoqué l’objectif de repositionner le secteur comme levier de croissance et de souveraineté, avec une trajectoire visant une progression de la production pétrolière nationale, tout en insistant sur la valorisation du gaz naturel, du méthane du lac Kivu, du gaz de pétrole liquéfié, la réduction du torchage, la lutte contre la déforestation, la formation des ressources humaines et la maîtrise des données pétrolières nationales. Le discours traduit une conviction : l’énergie congolaise ne peut être pensée uniquement en barils, mais en système.

C’est précisément là que réside la portée de son leadership. Augustin Nkuba Kasanza n’incarne pas un modèle de dirigeant spectaculaire. Il appartient plutôt à la catégorie des bâtisseurs méthodiques, de ceux dont l’influence se mesure dans la structuration des dossiers, la qualité des arbitrages, la discipline des équipes et la capacité à inscrire une entreprise publique dans le temps long. Dans un pays où les hydrocarbures restent à la fois une promesse économique, une source de débats et un enjeu de souveraineté, ce type de profil compte.

La RDC dispose d’un potentiel énergétique réel, mais ce potentiel ne produira de valeur que s’il est encadré par des institutions solides, des contrats maîtrisés, des compétences nationales renforcées et une vision claire de la place de l’État dans la chaîne de valeur. À SONAHYDROC, Augustin Nkuba Kasanza se trouve au cœur de cette équation. Son défi n’est pas seulement de gérer une société nationale. Il est de contribuer à transformer une ambition énergétique en capacité industrielle, une ressource géologique en valeur économique, et une entreprise publique en outil crédible de souveraineté.

Dans cette trajectoire, le dirigeant congolais apparaît moins comme un homme de rupture que comme un homme de reconstruction. Son parcours international lui donne la hauteur. Son expérience technique lui donne la méthode. Sa connaissance de l’État lui donne le sens des contraintes. Reste désormais l’essentiel : convertir cette accumulation d’expérience en résultats mesurables pour SONAHYDROC, pour le secteur des hydrocarbures et pour la République démocratique du Congo.

Mérimé Wilson

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