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Éliane Munkeni Kiekie, de la discipline des comptes à la deuxième vice-présidence du COMESA Business Council

Élue le 9 juillet 2026 deuxième vice-présidente du COMESA Business Council pour le mandat 2026-2028, Éliane Munkeni Kiekie franchit un nouveau palier dans une trajectoire construite entre expertise comptable, gouvernance d’entreprise, représentation patronale et intégration économique régionale. Derrière cette progression se dessine le parcours d’une dirigeante qui a fait de la rigueur financière un instrument d’influence au service du secteur privé congolais.

À Lusaka, le 9 juillet 2026, son élection n’a pas seulement consacré une personnalité. Elle a également placé la République démocratique du Congo à un niveau plus élevé dans l’architecture régionale de représentation du secteur privé.

Éliane Munkeni Kiekie a été élue deuxième vice-présidente du COMESA Business Council, aux côtés du nouveau président Mucai Kunyiha, représentant de la Kenya Association of Manufacturers. Elle siègera dans cette fonction jusqu’en 2028, au sein d’un conseil d’administration appelé à renforcer la participation des entreprises aux politiques d’intégration, d’investissement et de développement du commerce régional.

Cette responsabilité n’est pas une distinction essentiellement protocolaire. Le COMESA Business Council est l’institution officiellement reconnue pour représenter les intérêts du secteur privé au sein du Marché commun de l’Afrique orientale et australe. Il porte les préoccupations des entreprises auprès des organes de décision régionaux, facilite les alliances commerciales et intervient sur les obstacles à la compétitivité, au commerce transfrontalier et à l’investissement.

Pour la RDC, cette élection ouvre donc un espace supplémentaire de plaidoyer. Pour Éliane Munkeni Kiekie, elle prolonge une ascension méthodique, davantage fondée sur la constance que sur la recherche de visibilité.

Une progression construite au sein du COMESA Business Council

En 2024, Éliane Munkeni Kiekie avait été élue troisième vice-présidente du COMESA Business Council pour le mandat 2024-2026. Deux ans plus tard, elle gagne un rang dans la nouvelle équipe dirigeante. Cette progression traduit la confiance renouvelée des membres de l’organisation et la consolidation de sa position dans les réseaux économiques régionaux.

Le moment est stratégique. Le nouveau conseil d’administration devra notamment accompagner l’alignement du plan stratégique 2027-2030 du CBC sur celui du COMESA pour la période 2026-2030, ainsi que sur la stratégie de mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine. L’enjeu consiste à faire de l’intégration régionale une réalité opérationnelle pour les entreprises, au-delà des accords institutionnels et des déclarations d’intention.

Dans cet environnement, le profil d’Éliane Munkeni Kiekie présente une cohérence particulière. Sa carrière se situe précisément à la jonction entre la gestion financière, la gouvernance institutionnelle, le développement des entreprises et la défense des intérêts du secteur privé.

La rigueur financière comme socle

Avant les conseils d’administration et les fonctions patronales, il y a une technicienne des comptes.

Formée en Belgique, Éliane Munkeni Kiekie est diplômée en comptabilité, fiscalité, audit et gestion administrative de l’École supérieure de la Chambre de commerce belge. Elle a ensuite suivi une spécialisation en gestion financière à l’ICHEC Brussels Management School, couvrant notamment l’équilibre financier de l’entreprise, le diagnostic, les décisions d’investissement et de financement, l’évaluation financière et la gestion de trésorerie.

Cette formation lui apporte une grille de lecture qui restera au cœur de son parcours : une entreprise ne se construit pas uniquement sur une intuition commerciale, mais sur la qualité de ses comptes, la maîtrise de ses risques, la discipline de sa trésorerie et la solidité de sa gouvernance.

Après avoir exercé des responsabilités financières en entreprise à Kinshasa, elle crée en 1992 le cabinet Audit Comptabilité Fiscalité. Elle y développe des activités de certification des états financiers, d’assistance comptable et fiscale, d’accompagnement à la création d’entreprise, de liquidation de structures publiques et privées ainsi que de formation à la gestion. Le cabinet devient le socle entrepreneurial d’une carrière appelée à dépasser progressivement le périmètre de l’expertise comptable.

Ce choix est déterminant. En bâtissant sa propre structure, Éliane Munkeni Kiekie ne se limite pas à conseiller les entrepreneurs. Elle partage leurs contraintes : recherche de clients, conformité réglementaire, gestion des équipes, responsabilité financière et nécessité de préserver la crédibilité de l’entreprise dans la durée.

Des comptes aux conseils d’administration

Au fil des années, cette expertise technique lui ouvre les portes de plusieurs institutions stratégiques de l’économie congolaise.

En juillet 2021, elle est nommée administratrice de la Banque centrale du Congo. Sa présence au sein de l’institut d’émission l’installe au cœur d’une institution chargée de la stabilité monétaire, de la supervision du système financier et de la confiance dans la monnaie nationale. La Banque centrale l’identifie parmi les membres de son conseil d’administration issus de la réorganisation engagée en 2021.

Son parcours public la conduit également chez Orange RDC. Après avoir présidé le conseil d’administration de l’opérateur entre 2018 et 2024, elle demeure administratrice et prend la présidence du comité d’audit. Le rapport de responsabilité sociétale d’Orange RDC pour 2024 la recense parmi les membres du conseil d’administration de l’entreprise.

Cette évolution est révélatrice de son positionnement. Elle passe de la présidence d’un organe de gouvernance à la surveillance de fonctions sensibles : contrôle interne, qualité de l’information financière, maîtrise des risques et respect des mécanismes de conformité. Dans les télécommunications, où se croisent investissements lourds, technologies, régulation, données et services financiers mobiles, le comité d’audit occupe une place essentielle.

Chez Éliane Munkeni Kiekie, la gouvernance n’est donc pas un prolongement honorifique de la carrière. Elle constitue un champ d’exercice à part entière.

Une voix structurée au sein du patronat congolais

C’est également au sein de la Fédération des Entreprises du Congo que sa stature s’est progressivement affirmée. Vice-présidente nationale de la FEC depuis 2019, elle évolue dans l’une des principales plateformes de représentation du secteur privé congolais.

Elle y a longtemps porté les problématiques des femmes entrepreneures, notamment à travers la Commission nationale des femmes entrepreneures. Son action s’est inscrite dans des enjeux concrets : formalisation des activités, accès au financement, fiscalité, formation à la gestion, participation aux marchés et intégration des entreprises dirigées par des femmes dans les chaînes de valeur.

En novembre 2024, elle conduisait encore une délégation de la FEC à l’Agora de la femme congolaise, où les représentantes du secteur privé avaient porté des préoccupations relatives au climat des affaires, à la fiscalité, aux infrastructures, à l’accès aux financements et à la participation des femmes à la sous-traitance minière.

Son engagement repose aussi sur la transmission. Le COMESA Business Council indique qu’elle a été formée comme formatrice par le Programme des Nations unies pour le développement et par l’International Trade Centre, notamment sur les questions liées à l’entrepreneuriat féminin et à la Zone de libre-échange continentale africaine. Elle a également suivi une formation de la CNUCED sur la facilitation des échanges sous l’angle du genre.

Cette dimension est essentielle pour comprendre son parcours. Éliane Munkeni Kiekie appartient à une génération de dirigeantes pour lesquelles l’accès aux responsabilités ne peut être dissocié de la création de mécanismes permettant à d’autres femmes d’entrer dans l’économie formelle, de structurer leurs entreprises et de conquérir de nouveaux marchés.

Transformer une position régionale en résultats

Sa nouvelle responsabilité au COMESA Business Council place désormais cette expérience à une échelle plus large.

Le véritable enjeu ne sera pas seulement de représenter la FEC ou la RDC au sein du conseil d’administration. Il sera de transformer cette position en capacité d’action sur des questions qui conditionnent directement la compétitivité des entreprises congolaises : fluidité des corridors commerciaux, barrières non tarifaires, harmonisation des normes, paiements transfrontaliers, financement des PME, circulation de l’information économique et insertion des femmes entrepreneures dans le commerce régional.

La RDC dispose d’un marché intérieur considérable et partage ses frontières avec neuf pays. Pourtant, ses entreprises restent confrontées à des coûts logistiques élevés, à des infrastructures insuffisantes, à une faible normalisation de certains produits et à un accès encore limité aux mécanismes régionaux de facilitation du commerce. La FEC elle-même identifie ces obstacles comme des freins majeurs à la compétitivité et à la participation des femmes et des jeunes aux échanges continentaux.

C’est sur ce terrain que la nouvelle vice-présidente sera attendue.

Son parcours lui donne plusieurs leviers : la maîtrise des chiffres, l’expérience de la gouvernance, la connaissance des réalités entrepreneuriales, la pratique du plaidoyer patronal et une compréhension directe des contraintes rencontrées par les petites et moyennes entreprises.

Éliane Munkeni Kiekie n’arrive donc pas à la deuxième vice-présidence du COMESA Business Council comme une personnalité extérieure aux problématiques qu’elle devra défendre. Elle y arrive après plus de trois décennies passées à auditer, conseiller, former, administrer et représenter.

Sa progression raconte aussi quelque chose de l’évolution du leadership économique congolais. L’influence ne se construit plus seulement dans les administrations nationales ou les sièges sociaux. Elle se joue également dans les institutions régionales où s’élaborent les normes, les alliances, les politiques commerciales et les futures chaînes de valeur africaines.

En accédant à cette responsabilité, Éliane Munkeni Kiekie porte une voix congolaise dans cet espace de décision. Il lui revient désormais de convertir cette présence en résultats tangibles pour les entreprises, les femmes entrepreneures et l’intégration économique de la RDC.

Mérimé Wilson

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