Président de la Fédération des coopératives minières du Katanga depuis décembre 2025, dirigeant de Congo Fair Mining et président de CDMC, Serge Mulumba Kalambay porte une ambition construite sur le terrain : organiser les producteurs congolais, préserver leur accès aux marchés et développer la transformation locale des minerais.
En octobre 2011, Serge Mulumba intervient dans un débat dont les conséquences se jouent à plusieurs milliers de kilomètres des institutions américaines. Dans une contribution adressée à la Securities and Exchange Commission, le régulateur boursier des États-Unis, le président de CDMC alerte sur les difficultés des creuseurs congolais face au retrait des acheteurs internationaux. Il reconnaît l’objectif humanitaire de la loi Dodd-Frank, tout en dénonçant les effets économiques qu’il observe dans les communautés minières. Sa position pose une question qui traverse encore son parcours : comment assainir les chaînes d’approvisionnement tout en préservant les revenus des populations qui en dépendent ?
Ce plaidoyer éclaire la singularité d’un dirigeant passé par les médias, l’administration publique et l’entrepreneuriat minier. Avant de représenter des coopératives, Serge Mulumba s’est fait connaître à Kinshasa derrière un microphone. Présentateur de l’émission « Kairos » sur Radio Elikya, puis du journal télévisé en français de la Radio Télévision du Groupe l’Avenir, il accède à la direction générale de RTGA, qu’il exerce de 2003 à 2006. Cette première carrière le familiarise avec la parole publique et les interlocuteurs institutionnels.
Entre novembre 2006 et août 2008, il occupe les fonctions de directeur de cabinet adjoint au ministère des Affaires humanitaires. Son parcours comprend également la direction de Mathys Médias et Communication. Ces expériences dessinent les contours d’un professionnel habitué à faire circuler l’information entre différents milieux. Dans les mines, cette capacité à expliquer les réalités du terrain et à dialoguer avec les décideurs devient particulièrement utile.
Depuis décembre 2009, Serge Mulumba préside CDMC, la Coopérative des artisanaux miniers du Congo, engagée dans les filières de l’étain, du tantale et du tungstène, communément désignées par l’appellation « 3T ». Son activité le place au contact d’un problème central : pour accéder durablement aux acheteurs internationaux, les producteurs doivent pouvoir documenter l’origine des minerais et répondre aux exigences de diligence des chaînes d’approvisionnement.
L’expérience de CDMC prend notamment corps dans Solutions for Hope, une initiative lancée en juillet 2011 par Motorola Solutions et AVX. Le dispositif organise une chaîne d’approvisionnement en tantale congolais avec des intervenants identifiés, depuis les sites miniers jusqu’aux utilisateurs industriels. Un rapport de l’OCDE documente la participation de CDMC et son rôle dans la sensibilisation aux pratiques d’approvisionnement responsable. Cette expérience donne une traduction opérationnelle au plaidoyer de Serge Mulumba : construire les conditions permettant aux minerais congolais de conserver des débouchés.
Elle révèle aussi la complexité de cette démarche. Le même rapport relève des préoccupations concernant la capacité des creuseurs à négocier les prix avec les acheteurs de la coopérative. La traçabilité doit donc s’accompagner d’une réflexion sur les rapports économiques au sein de la filière. Pour un dirigeant de coopératives, la crédibilité se mesure autant à l’accès aux marchés qu’aux conditions proposées aux producteurs.
Avec Congo Fair Mining, dont il assure la direction générale depuis décembre 2020, Serge Mulumba porte une ambition industrielle. Créée à la suite d’une joint-venture entre CDMC Entité SARL et l’entreprise publique SAKIMA, la société vise l’industrialisation de l’exploitation du coltan et le développement de sa transformation en RDC. Son projet prévoit notamment la production de produits intermédiaires du tantale, puis, à terme, de poudre de tantale. Il s’agit d’une trajectoire annoncée, dont la réalisation reste à distinguer des objectifs industriels.
L’enjeu économique est précis : développer au Congo davantage de capacités de traitement, de compétences techniques et de valeur ajoutée. Mais cette ambition rencontre des contraintes majeures. Dans un entretien publié en janvier 2026, Serge Mulumba indiquait que les opérations de Congo Fair Mining étaient temporairement suspendues en raison du conflit et de l’occupation de la zone de Rubaya par des groupes armés. La sécurité demeure ainsi une condition déterminante de la concrétisation du projet.
Sa présidence de la FECOMIKAT élargit désormais sa responsabilité à la représentation collective des coopératives minières du Katanga. Elle prolonge un engagement ancien autour de leur organisation et de leur place dans l’économie minière. Le défi consiste à rapprocher les exigences des marchés internationaux, les ambitions industrielles et les intérêts des producteurs.
Du journal télévisé aux chaînes d’approvisionnement du tantale, Serge Mulumba a déplacé son champ d’action tout en conservant une pratique de représentation et de dialogue. Son parcours met en lumière une question décisive pour l’économie congolaise : quelle place les entrepreneurs et les producteurs nationaux peuvent-ils occuper dans la transformation des ressources du pays ? La portée de son ambition se mesurera à sa capacité à convertir cette représentation en débouchés durables, en capacités industrielles et en retombées pour les communautés minières.
Mérimé Wilson





